23 mai 2018

Di-Meh, le rappeur suisse qui monte

Son rap entêtant fait briller la scène suisse jusqu’à Paris. Alors que son dernier album vient de sortir le 10 mai, l’artiste genevois revient sur les traces de sa fulgurante ascension.

Di-Meh
Di-Meh au bar branché du Kraken, à Genève. Une ville qu’il connaît comme sa poche. (Photo: Nicolas Schopfer )
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Lunettes fumées, grillz doré sur les dents et tenue aux couleurs pop, la dégaine de Di-Meh ne fait pas dans l’improvisation. Sur scène ou Instagram, elle est maîtrisée comme une punchline. À seulement 22 ans, ce Genevois a réussi à se faire un nom dans le milieu du rap et son succès dépasse largement les frontières suisses. Avec son collectif genevois SuperWak Clique – réunissant notamment ses acolytes Slimka et Makala – il est devenu le fer de lance de cette nouvelle scène qui fait du bruit jusqu’à Paris. Il faut dire que Di-Meh – verlan de son prénom ­Mehdi – entraîne sa rime depuis plus de dix ans. D’albums en clips vidéo, de concerts enflammés en buzz sur la Toile, il a été reconnu en peu de temps comme l’un des artistes les plus prometteurs de sa génération. Et pour cause, son rap est puissant, ses textes taillés sur un flow captivant et des sons carrés, aux influences trap ou électro. L’écouter, c’est entrer en transe, danser, taper du pied.

«Ouais personne peut me nuire/ jeune reubeu sûr de lui», peut-on ­entendre sur son titre Focus. À le voir galvaniser le public sur scène, Di-Meh a l’air d’avoir de l’assurance à revendre. Mais face à nous, loin des stroboscopes, le rappeur a le regard un peu préoccupé et la mine fatiguée. «Cette année a été très intense et difficile sur le plan personnel», lance-t-il accoudé au bar branché du Kraken, à deux pas du skatepark de Plainpalais, «sa deuxième maison».

Du skate au micro

«Je traîne dans ce coin depuis que je suis tout petit. C’est là que j’ai commencé à faire du skateboard et que j’ai découvert le rap.» À 12 ans, il monte pour la première fois sur scène à la maison de quartier de la Jonction et gagne un tournoi d’improvisation peu de temps après. «J’ai tout de suite su que je voulais faire ça de ma vie. C’était une évidence. J’étais prêt à vivre comme un clochard pour y arriver.» Di-Meh a la dalle, comme il dit. Rien ne l’arrête. Il faut dire que les perspectives que lui offre le milieu scolaire ne font pas rêver l’adolescent d’alors.

J’étais prêt à vivre comme un clochard pour y arriver

Di-Meh

«J’étais dans une école de blédards. À 12 ans, on m’a dit que je n’irais même pas au cycle et que je devrais vite me mettre à travailler.» Issu de parents immigrés d’origine maghrébine, Di-Meh comprend très tôt que son futur se construira davantage sur les scènes que sur les bancs de l’école. Et sa famille ne l’a pas freiné dans sa lancée. «Mes parents m’ont fait confiance et m’ont laissé beaucoup de liberté par rapport à ma passion.» L’héritage culturel de sa famille a même été une source d’inspiration pour le jeune rappeur. «Mon père est soufi et cette spiritualité m’a beaucoup influencé pour le côté trance sur scène.»

Percer à Paname

Parallèlement à la musique, le Genevois se lance néanmoins dans un ­apprentissage de vendeur. Pendant quatre ans, il enchaîne les boulots dans des magasins axés sur la culture urbaine. Doué et entêté, il s’évade de temps en temps à Paris, quitte à devoir resquiller le TGV pour arriver à destination. «J’y ai passé beaucoup de temps entre mes 14 et mes 20 ans, parce que si tu veux percer dans le rap, il faut aller à Paris.» Mais si dans la Ville Lumière tout semble possible, la réalité est un peu plus amère. «J’étais naïf quand j’étais gamin. On m’a promis beaucoup de choses, mais j’ai fini par comprendre que ce qui se disait le soir ne voyait pas le jour. Ça m’a appris à avoir les pieds sur terre.»

Genève toujours

Bien que le jeune rappeur continue de passer du temps dans la capitale française, Genève reste son repaire. «Je connais cette ville comme ma poche. Je l’aime parce qu’elle est cosmopolite. Et ici, tout le monde traîne ensemble, il n’y a pas cette barrière raciale comme en France.» Et quand on lui demande qui sont ses modèles de rap, il rétorque du tac au tac: «Les grands de ma ville, les anciens de Genève.» Parmi eux, M.A.M., Inas, Zrink… La liste est longue mais Di-Meh veut les énumérer un par un. «C’est bon, tu les as tous notés?» s’assure-t-il. Une façon peut-être de rendre hommage à ceux qui, contrairement à lui, n’ont pas réussi à occuper le devant de la scène musicale.

«Nous les Suisses, on doit toujours faire trois fois plus le taf que les autres. On n’a jamais eu de portes ouvertes alors qu’il y a plein de talents ici.» Un état de fait que Di-Meh aimerait changer. «On voudrait faire bouger les choses, pourquoi pas monter des structures pour qu’un jour la Suisse soit sur la carte artistique mondiale.» Et c’est bien parti pour. Avec son collectif, il est déjà monté sur quelques-unes des plus grandes scènes de la région et cet été, il débarquera sur celle du Paléo Festival.

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