25 avril 2018

Douce flânerie d’Yverdon à Grandson

Entre histoire, patrimoine et nature, Pierre Corajoud nous entraîne dans une balade du Nord vaudois et nous enjoint à jeter un œil nouveau sur des paysages familiers.

Vue depuis le lac sur Grandson et son château
Une vue magnifique sur le château de Grandson conclut cette promenade par les chemins de traverse (photo: Laurent de Senarclens).

«L’évasion est à deux pas de chez soi.» Tel est, depuis belle lurette, le credo de l’écrivain Pierre Corajoud, auteur de nombreux guides de balades couvrant essentiellement le canton de Vaud.

Inutile de se rendre à l’autre bout du monde pour être dépaysé! Il suffit parfois simplement de changer son regard…

Pierre Corajoud

Aujourd’hui, c’est sur un parcours proposé par Promotion Santé Vaud (lire aussi notre encadré ci-dessous) qu’il nous entraîne, d’Yverdon à Grandson. «L’idée étant de se laisser surprendre, même dans des lieux qui nous sont les plus familiers.»

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L’expérience débute ainsi sur la place de la Gare d’Yverdon: dans cet environnement bétonné, où les passants ont plutôt tendance à filer entre un train et un bus, un pin sylvestre dresse ses majestueuses branches. «Pas sûr que tout le monde ne le remarque: pourtant il est de belle taille!» On prend donc quelques instants pour l’admirer et force est de constater qu’on n’y avait jamais, avant, prêté attention.

Les yeux grand ouverts, nous entamons donc notre promenade en gagnant la rue des Remparts. L’occasion pour Pierre Corajoud de rappeler que le lac de Neuchâtel s’étendait autrefois beaucoup plus loin qu’à l’heure actuelle et que les fortifications permettaient de se protéger de ses fluctuations. «Avec la correction des eaux du Jura, entreprise au XIXe siècle, le niveau du lac s’est abaissé de près de deux mètres et demi.»

Un petit parfum du Moyen Âge

Nous nous engageons à présent dans le vieil Yverdon en empruntant d’étroits passages aux allures de traboules lyonnaises. L’un d’entre eux, en particulier, attise notre curiosité: une ruelle portant le doux nom de… Punaise! «Au Moyen Âge, c’est ici que les habitants des alentours déversaient leurs ordures ménagères: il s’agissait donc d’égouts à ciel ouvert. En vieux français, punaise signifiait puant.» Si ce n’est quelques sacs-poubelles égarés et une plaque explicative, rien ne subsiste aujourd’hui de ce passé odorant.

Nous arrivons sur la rue du Four, chère aux yeux de Pierre Corajoud. «Même si c’est l’un des trois axes principaux de la Vieille-Ville, il est moins passant et commerçant que les autres. Il compte plusieurs magnifiques édifices bâtis en pierre jaune d’Hauterive.» La teinte typique de cette roche de la région – qui avait poussé Alexandre Dumas à qualifier Neuchâtel de motte de beurre – scintille en effet sous le soleil de cette fin de matinée.

Plusieurs façades des bâtiments de la rue du Four sont construites avec la pierre jaune typique d’Hauterive (photo: Laurent de Senarclens).

Un poumon de verdure en ville

«Venez, nous allons jeter un œil côté jardin!» Sortant des sentiers battus, notre guide nous emmène à l’arrière de ces villas cossues. Sur le banc d’une place de jeu, nous observons la végétation naissante (après tout, nous ne sommes qu’au début du printemps…) qui habite ces petites cours privatives. «Le centre d’Yverdon étant plutôt minéral, c’est agréable de voir un peu de vert!»

Les platanes résistent bien à la pollution, ce qui explique leur présence fréquente en ville (photo: Laurent de Senarclens).

C’est justement vers un autre arbre que nous nous dirigeons, après avoir emprunté la rue des Moulins, franchi la médiévale porte de Gleyres – «Saviez-vous qu’elle avait été condamnée pendant quatre cents ans?» – et traversé la passerelle Bel-Air surplombant le canal de la Thièle. Au bord de l’eau se dresse un impressionnant platane taillé en gobelet. Cinq branches partent de la base du tronc et filent dans les airs. «Il doit avoir une bonne centaine d’années.

Les platanes étant très résistants à la pollution, ils sont souvent plantés en ville.

Pierre Corajoud

Des travaux d’aménagement plus que centenaires

Nous quittons alors les rives de la Thièle, endiguée au milieu du XIXe siècle pour assainir la marécageuse plaine de l’Orbe, pour nous enfiler sur un petit chemin courant entre les immeubles et nous arrivons bientôt à la rue Saint-Georges et à son alignée de maisons individuelles, typiques du début du XXe siècle. «On retrouve ce genre d’habitations à divers endroits d’Yverdon. Là logeait la classe moyenne: les gens avaient de l’espace sans toutefois devoir débourser trop d’argent.»

Échappant à la circulation, nous longeons ensuite le canal du Mujon sur plusieurs centaines de mètres et, à mesure que nous nous approchons du lac, cygnes et canards se font de plus en plus présents. Nous croisons aussi un ginkgo sur notre route: «Ses feuilles en éventail sont en fait des aiguilles qui se sont collées entre elles. Cet arbre existait déjà avant les dinosaures et a évolué avec le temps.» Puis nous pénétrons dans une zone plus boisée et nous nous dirigeons en direction de Grandson.

Une réserve qui séduit oiseaux aquatiques et castors

Après la ville – nous traversons encore le quartier de la copropriété Foulques-Grèbes, avec ses maisons familiales datant des années 1980 –, place à la nature! Au sommet des peupliers, principaux résidents de cette forêt, foisonnent des boules de gui, tandis qu’une réserve naturelle accueille les oiseaux d’eau de la région, paradis des ornithologues.

La nature et le calme ponctuent le parcours varié de la balade (photo: Laurent de Senarclens).

Nous tombons bientôt, au bord du canal du Bey, sur la souche d’un saule où se devinent les traces de dents des castors. Saluant au passage un geai des chênes ainsi qu’un cygne égaré dans un champ, nous nous autorisons un petit détour jusqu’à la berge du lac, histoire d’apercevoir, se découpant au pied du Jura, le château de Grandson. Nous approchons du but…

Le temps de nous attarder devant un charmant petit étang pourvu d’un observatoire à oiseaux (aujourd’hui, seuls quelques canards sont là) et de répondre à un quiz mis en place par les bûcherons du coin, nous revoilà au bord du lac et finalement à Grandson. Par la ruelle de Montagny, nous atteignons la charmante église Saint-Jean-Baptiste, réputée pour ses chapiteaux romans.

L’église romane Saint-Jean-Baptiste de Grandson est classée monument historique d’importance nationale (photo: Laurent de Senarclens).

Nous entraînant une dernière fois sur les chemins de traverse, Pierre Corajoud nous guide vers un passage menant sur le chemin de la Poteylaz, porte d’entrée vers la campagne: «Là aussi, il suffit de peu pour se retrouver dans un autre univers!» Et si l’envie vous vient de prolonger le voyage, rien de tel qu’une visite du château de Grandson…

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