25 août 2014

East London, le haut lieu arty et branché de Londres

En marge de Big Ben et des attractions touristiques, l’East London est devenu en quelques années le quartier des arty et des branchés où il fait bon flâner les jours de marché. Balade au cœur de ce poumon artistique, sur les traces du street art et de Jack l’Eventreur.

Au détour d’une rue, sur une palissade ou une porte, les graffitis explosent. Ici, une œuvre du célèbre Banksy.
Au détour d’une rue, sur une palissade ou une porte, les graffitis explosent. Ici, une œuvre du célèbre Banksy.

Bien sûr, il y a Big Ben et son incontournable son qui marque l’heure anglaise, Oxford Street et sa foule assoiffée de shopping, la reine et son Palais de Buckingham.

Mais en dehors des incontournables circuits touristiques bat à l’est de la ville le cœur d’un Londres multiculturel et artistique. Celui de l’East End, comme le nomment les Londoniens, autrefois point de chute des immigrants sans le sou et connu pour avoir abrité de nombreux criminels dont le célèbre Jack l’Eventreur. Mais les choses ont depuis bien changé.

De mal famé à hype

De populaire et mal famé, l’Est londonien est devenu l’un des endroits les plus recherchés. Repaire des bobos et des branchés, on trouve désormais galeries d’art, bureaux d’architectes et boutiques vintage. Ses quartiers se nomment Shoreditch, Spitalfields ou Dalston, Hackney, Bethnal Green ou encore Whitechapel.

Certains sont devenus inaccessibles au commun des mortels tandis que d’autres demeurent pour encore quelque temps multiculturels et populaires. Récemment, l’implantation du site des derniers Jeux olympiques d’été à mis en lumière cette région en plein boom.

Mark Odell, guide East London. London East.
Mark Odell, guide.

C’est à Liverpool Station, poumon ferroviaire entre la City et l’East End, que commence notre périple. Rendez-vous a été fixé par Mark Odell, jeune guide à l’accent aussi british qu’une tasse d’earl grey, reconnaissable à son parapluie orange. Au programme le «hidden London», le Londres caché, entre passé et présent, où sévissait feu Jack l’Eventreur et où s’expriment désormais les grands noms du street art.

On commence par remonter le long de Bishopsgate en direction des vestiges des murailles médiévales qui marquaient l’entrée dans la City. En face de nous, the Gherkin (le cornichon comme ont surnommé les Londoniens le bâtiment de Swiss Re dessiné par Norman Foster) dévoile sa silhouette de verre oblongue parmi les buildings et nous rappelle qu’ici bat aussi l’un des cœurs de la finance mondiale.

Le pub Dirty Dicks.
Le pub Dirty Dicks.

Mais nous ne sommes pas venus voir les traders à l’œuvre et c’est vers une drôle d’enseigne qui se détache dans le ciel que notre guide attire notre attention. «L’homme qui y est représenté s’appelle Dirty Dicks. Il était propriétaire de ce pub au début du XIXe siècle et est devenu célèbre le jour où, après avoir perdu sa femme, il décida de ne plus se laver ni même de se changer, pas plus que de nettoyer son établissement.» Son pub est ainsi devenu «le plus sale» de Londres, attirant une foule de curieux des kilomètres à la ronde.

Du quartier des armes au repaire de Jack l’Eventreur

Nous laissons sa devanture boisée typique pour tourner un peu plus loin dans Brushfield Street. A mesure que nous remontons la rue, des noms évocateurs se détachent des murs de briques.

Gun Street, Artillery Lane, Fort Street témoignent que du temps d’Henri VIII, l’endroit abritait une fabrique d’armes. Aujourd’hui, les étroites ruelles évoquent l’atmosphère du Londres de Dickens qui aimait traîner dans le coin. Le dédale de ruelles abrite restaurants italiens et indiens. Çà et là, des inscriptions en caractères hébraïques rappellent qu’au XIXe le quartier était aussi celui de la communauté juive ashkénaze ayant fui la Russie et ses persécutions.

L’Old Spitalfields Market.
L’Old Spitalfields Market.

Retour sur Brushfield Street où les halles superbement restaurées de l’Old Spitalfields Market grouillent de monde. On pénètre sous l’immense verrière à l’armature de métal, symbole de l’architecture victorienne, dans ce marché couvert qui accueillait à l’origine une foire au bétail. Stands d’habits, de disques et de nourriture ont remplacé les étals de viande. Et c’est au son de Joy Division que nous slalomons entre vinyles et t-shirts pour ressortir sur Commercial Street.

La Christ Church of Spitalfields.
La Christ Church of Spitalfields.

Devant nous, le clocher blanc de Christ Church of Spitalfields fait face à une devanture devenue célèbre: celle du Ten Bells, le pub où sévissait Jack l’Eventreur puisque cinq de ses victimes y étaient clientes.

Des œuvres à prix d’or sous protection

Nous voici à l’orée de Whitechapel et de Brick Lane, où passé et présent se télescopent à coups de graffitis. Frontière de cette aire de jeu dédiée au street art, Fashion Street offre la première fresque. Sur une palissade de bois, un soldat à cheval de l’Ancien Empire transperce de son épée l’œil globuleux d’un monstre vert. Son visage est absent, mais un bec noir grossièrement sprayé lui donne un air de fantôme ridicule. L’œuvre, signée de l’Irlandais Conor Harrington et de l’Allemand Ronzo, témoigne de l’activité foisonnante des graffeurs dans cette portion de la ville.

Space Invaders, fresques colorées ou tout de noir et blanc tel «The Crane» (la Grue) du Belge Roa qui domine Brick Lane, le quartier regorge de trésors aujourd’hui savamment protégés. Le plus célèbre, recouvert d’une boîte en plexiglas après le vol d’une partie de la pièce, est sans aucun doute la «Pink Car» du mystérieux Banksy dans la cour de l’Old Truman Brewery. «C’est toute l’ironie, relève notre guide. Autrefois interdits, les graffitis sont désormais volés tant ils ont pris de la valeur.»

La «Pink Car» de Banksy.
La «Pink Car» de Banksy.

Il est midi et, en ce dimanche de marché, la foule se presse sur Brick Lane. On tente de se frayer un chemin entre un concert improvisé de punks sur le retour et les serveurs enturbannés des curry houses de Banglatown qui nous pressent de venir goûter à leur cuisine. Pas le temps, ce sera pour une prochaine fois.

On remonte la rue en direction d’Aldgate East, longeant Whitechapel Road pour achever notre visite. Là où était exhibé dans une boutique un certain Joseph Merrick, plus connu sous le nom d’Elephant Man... L’East End a décidément encore de nombreux secrets à dévoiler. Sûr que cette première escapade n’est que le début de la fin.

Texte: © Migros Magazine – Viviane Menétrey
Photos: Tania Araman - ddp Imagaes, laif / Andrea Artz – mauritius images

Auteure: Viviane Menétrey

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