21 juillet 2017

Quand ça me démange de gratter

Pierre Wuthrich
Pierre Wuthrich.

Par Pierre Wuthrich, rédacteur en chef adjoint de Migros Magazine.

Lorsque je suis dans une gare et attends un train – ce qui m’arrive ma foi souvent (d’être dans une gare) –, j’aime bien m’offrir un billet de la Loterie Romande. Comme dans la vie, je préfère les valeurs sûres et demande à la kiosquière un Tribolo. Parfois, dans les grands jours, je me laisse tenter par un Caraïbes (parce que ça sonne bien) ou par un Magot (parce que ça claque plutôt pas mal).

Le fin du fin, c’est bien sûr le Rento. Car outre le plaisir du jeu qu’il procure, il pose une question existentielle: la bourse ou la vie. Comprenez une somme immédiate ou un gain fixe par mois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je me prends alors au jeu des hypothétiques calculs et des prévisions optimistes quant à l’avenir, allant jusqu’à esquisser la possibilité ultime: devenir le propre artisan de sa vie.

Une fois assis dans le train, le grattage peut commencer. Pour faire durer le plaisir (et rendre le trajet plus agréable), je découvre le plus lentement possible chaque case, m’offre des pauses, relis le règlement avant de poursuivre le jeu. A chaque fois, je suis très proche de gagner une coquette somme et me mets à rêver. Mais l’espoir est généralement de courte durée. Car au final, ce qui était prévisible arrive: je me retrouve avec un ticket perdant. Et la vie monotone comme un paysage de zones industrielles qui ne cesse de défiler de reprendre ses droits…

Au sortir du train, dans les passages sous-voie, des affiches annoncent des concerts, des expos, des spectacles. En bas, en tout petit, le logo de la Loterie Romande est apposé. Mes deux francs bêtement perdus sont finalement intelligemment réinjectés dans la société. A ma manière, me voilà devenu mécène.

Ce sentiment, je l’éprouve aussi en faisant mes courses dans les magasins de mon employeur. En achetant un yogourt, une banane ou une salade, je sais qu’une petite partie du prix servira la cause commune et n’ira pas enrichir un propriétaire assis sur une montagne de lingots. C’est que le Pour-cent culturel Migros, aussi, sait se montrer généreux.

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