13 mars 2018

La passion volatile de Julien Jaggi

Julien Jaggi et son grand-papa sont à la tête d’un élevage de soixante pigeons voyageurs à Coinsins (VD). De vrais sprinters ailés, avec lesquels ils organisent des courses.

Julien Jaggi et son grand-papa
Julien Jaggi et son grand-papa espèrent chaque année trouver un champion parmi leurs jeunes pigeons. (Photo: Fred Merz)

Ils sont là, tranquilles volatiles dans une volière de Coinsins (VD). Une soixantaine de pigeons, l’œil fixe et perlé, plumage nacré tirant sur le mauve avec de beaux reflets d’émeraude. En fait, ce sont bien plus que de simples pigeons de l’asphalte. Eux, ce sont des voyageurs. De vrais petits bolides montés sur pattes, qui peuvent pousser des pointes à plus de 103 km/h. Des sprinters ailés, des formules 1 de l’azur!

C’est bien ce talent athlétique qui fascine Julien Jaggi. Un ado de 15 ans qui préfère s’occuper des pigeons plutôt que de jouer sur l’ordi. Et qui partage cet impressionnant cheptel avec son grand-papa. «Quand il a commencé à s’intéresser aux courses, je lui ai proposé de choisir ses pigeons, la moitié pour lui et la moitié pour moi», explique Jean Jaggi, jovial retraité qui s’est piqué au jeu de la compétition volatile il y a une trentaine d’années. L’adolescent a donc soigneusement choisi ses protégés, qu’il a bagués d’un anneau fluo: de splendides spécimens blancs mouchetés de gris, parmi lesquels certains ont même l’honneur d’avoir un nom, comme Farine ou Barbe blanche…

Ronds mais pas gras

Ainsi le tandem participe en chœur aux différentes courses de pigeons, organisées chaque week-end en Suisse, entre mi-mai et fin juillet. «En tout, j’ai déjà gagné dix-neuf prix», murmure Julien. Il a la victoire modeste: l’année dernière, il a raflé cinq coupes alors que son grand-père n’en a remporté qu’une. Et un de ses protégés a même été sacré «as pigeon», une distinction qui récompense le volatile qui a cumulé le plus de points en une année. «On peut gagner différents lots. Les coupes, on en a déjà plein une chambre. Julien préfère l’argent et moi les bouteilles», rigole Jean Jaggi.

En tout, j’ai déjà gagné dix-neuf prix

Julien Jaggi

Pour arriver à cette performance, sûr qu’il faut entraîner les athlètes. Il s’agit de les lâcher d’abord à 500 m du pigeonnier, puis d’augmenter progressivement la distance. «Ils montent, ils s’ébrouent et, généralement arrivent avant nous à la maison!» Oui, les pigeons reviennent fissa au bercail, pressés de retrouver leur case et surtout leur mangeoire. Il faut dire qu’avant une compétition, leur alimentation est légèrement modifiée. «Pour les courses, ils doivent être ronds, mais pas gras. Certains colombophiles pèsent les graines, moi j’y vais à l’œil. L’important est qu’ils aient suffisamment faim pour rentrer. Et quand ils arrivent, ils reçoivent des cacahuètes dont ils raffolent. Ça les stimule pour revenir plus vite!», précise Jean Jaggi.

Un hobby un brin anachronique

Un élevage de soixante individus, avec une quarantaine de naissances au printemps, on imagine les corvées d’entretien. Julien vient volontiers aider son grand-papa à nettoyer les volières «quand il a le temps ou pendant les vacances». Mais ce qu’il préfère, c’est baguer les plus jeunes et surtout participer aux courses. «C’est comme un jeu. Je me mets dans le pigeonnier et j’ouvre la petite porte quand ils arrivent. Après il faut les attraper le plus vite possible», explique Julien. Il s’agit en effet de saisir la bague et de la mettre dans le «constateur», une sorte de boîtier d’un autre âge, qui enregistre aussitôt le jour, l’heure et la seconde, faisant foi pour le concours.

Certains pigeons arrivent toujours en retard, d’autres s’égarent en route ou se font prendre par les autours.

Jean Jaggi

Car tout se joue à la seconde, le temps d’écart entre les concurrents étant parfois infime. Une course, ce sont plus de 500 oiseaux, embarqués par camion et qui sont lâchés en même temps pour retrouver chacun leur nichoir, parcourant des distances étonnantes en un temps record: 86 km depuis Morat en moins d’une heure, 180 km depuis Aarau en deux heures dix ou même 260 km depuis Kreuzlingen en trois heures. L’attente est parfois longue, à guetter l’horizon, d’autant que l’on ne sait jamais qui sera de retour. «Certains pigeons arrivent toujours en retard, d’autres s’égarent en route ou se font prendre par les autours. On en perd chaque fois une partie. Mais c’est super beau de les voir arriver en vol, c’est le meilleur moment!», rayonne Jean Jaggi. Passion d’un autre âge, le pigeon, comme un hobby un brin anachronique. Celui qui servait autrefois de messager pour les soldats de l’armée suisse jusqu’en 1996 joue aujour­d’hui les traits d’union ailés entre les générations. Tout en gardant sa part de mystère. «On ne sait pas comment ces oiseaux font pour trouver leur chemin. Odorat, champs magnétiques? Les scientifiques s’interrogent toujours» , souligne Jean Jaggi.

Pour l’heure, Jean Jaggi et son petit-fils vont bientôt s’occuper des sélections, organiser les accouplements des reproducteurs, en choisissant les meilleurs que leurs yeux d’aigle ont déjà repérés en automne. Et qui donneront naissance, qui sait, à de futurs champions. «Chaque année, on espère qu’il y aura une fusée parmi les jeunes», sourient les deux complices.

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