7 janvier 2013

En famille, l’amour ne va pas forcément de soi

Spécialiste de la famille au CHUV, France Frascarolo-Moutinot propose de profiter de ce début d’année pour se demander si nos ­mani­fe­stations d’affection touchent toujours juste.

Un papa joue avec son enfant dans un gros carton
L’amour, 
c’est aussi 
des moments de qualité 
passés 
ensemble. (Photo: Plainpicture)
Temps de lecture 4 minutes

Et si nous parlions d’amour familial? Codirectrice de l’Unité de recherche familiale du CHUV, France Frascarolo-Moutinot le constate souvent: alors que, dans nos sociétés industrialisées, la relation parent-enfant se base sur l’amour, «ce mot reste banni du langage des professionnels». La littérature scientifique, notamment, évoque les interactions, l’harmonie, les types de langage. Mais rarement les sentiments. «Pourtant, même au niveau clinique, quand on regarde certaines familles, on a l’impression que l’amour est palpable alors que dans d’autres on en vient à douter de son existence.»

Pourtant, selon France Frascarolo-Moutinot, la nouvelle année qui débute pourrait être l’occasion d’évoquer l’amour autrement que comme une expérience intime vécue a priori par tous les parents. Par exemple, en s’interrogeant sur la manière dont chacun exprime ses sentiments, dans la mesure où ce sentiment intime doit bien être extériorisé, manifesté pour être reçu. Or, «il existe souvent un hiatus entre l’amour que tous les parents pensent avoir donné à leurs enfants et ce que ces derniers disent, à l’âge adulte, avoir reçu durant leur enfance».

Cinq expressions observables du sentiment d’amour

Et France Frascarolo-Moutinot de citer un spécialiste en développement personnel américain, Gary Chapman, et ses cinq expressions du sentiment d’amour en manifestations observables: la parole, bien sûr, les cadeaux, les services que l’on rend, les actes physiques (comportements sensuels et sexuels entre amoureux, mais aussi embrasser, enlacer, prendre par la main, etc.), mais aussi les moments «de qualité» passés ensemble, où «l’important est l’attention accordée à l’autre, et non seulement le fait d’être ensemble».

L’amour reste un mot banni du langage des professionnels.

La plupart d’entre nous utilisons alternativement ces différents langages, avec une prédilection pour certains d’entre eux. Evidemment, deux partenaires privilégiant un même type de langage auront davantage de chances de se sentir aimés et compris. Vis-à-vis d’un enfant, il s’agit de comprendre ce qu’il désire avant tout. Puis de l’aider à l’obtenir. On en arrive là à la définition en trois points de l’amour selon Barry Neil Kaufman, un autre spécialiste du développement personnel: accepter l’autre tel qu’il est, lui souhaiter le meilleur selon sa définition à lui et mettre tout en œuvre pour l’aider à y parvenir.

Apprendre à décoder les besoins de l’enfant

C’est l’exemple de l’enfant qui désire un vélo. Ou demande un ballon sous le sapin. Attentionnés et pleins d’amour, ses parents les lui ont achetés. Mais il est possible qu’au-delà du plaisir d’être gâté, l’enfant souhaitait avant tout que l’on aille se balader ou jouer au terrain de foot avec lui. Bref, signale Gary Chapman, «si nous voulons répondre à leurs besoins psychiques, nous devons apprendre à parler leur langue».

Pour France Frascarolo-Moutinot, le contexte particulier de la relation parent-enfant situe avant tout le langage de l’amour du côté de la parole, des gestes physiques et des moments de qualité. «Je reste souvent surprise d’entendre tout l’amour que les parents portent à leurs enfants, puis de constater le peu de place et de temps laissé à ces messages d’amour dans une journée.» Du coup, elle en appelle à se retrouver davantage dans la pro-action et l’anticipation plutôt que devant la réaction face aux différents événements et obligations du quotidien, afin de retrouver une «bonne qualité de vie familiale favorisant le développement de l’enfant».

Il ne s’agit pas de culpabiliser. Notre rythme de vie oblige souvent à jongler entre notre vie professionnelle et notre vie de famille, et pour beaucoup assumer les deux en même temps représente une vraie course contre la montre. «Mais on peut par exemple prendre un peu de recul et se demander: qu’est-ce que j’ai, qu’est-ce que nous avons envie de mettre en place en tant que parents pour être bien tous ensemble?»

Il n’y a pas de réponse toute faite ou définitive, mais se poser la question permet d’être à l’écoute des besoins de chacun. «L’amour transparaît à travers les petits gestes quotidiens, et c’est à chaque famille de trouver un langage commun pour que les enfants puissent réellement recevoir comme tel l’amour que leurs parents leur portent.» Une jolie résolution de début d’année, non?