24 janvier 2019

En route vers les sommets

Robert Epiney travaille sur la ligne emblématique du val d’Anniviers. Au volant de son car postal, il assure depuis trente ans la liaison entre la plaine et les villages de montagne.

Robert Epiney connaît le Val d'Anniviers comme sa poche (Illustration: Martin Haake).

Il a l’oeil qui pétille, la moustache qui frétille et un accent valaisan à couper au couteau. Robert Epiney est connu comme le loup blanc dans sa vallée. C’est une authentique figure locale, qui s’investit sans compter dans la promotion de sa région, dont il préside la société de développement.

Mais si ce solide et sympathique gaillard, qui adore crapahuter dans la montagne et carillonner à l’église de Grimentz comme son père et son grand-père avant lui, jouit d’une telle notoriété, c’est surtout parce qu’il est l’un des plus anciens chauffeurs de car postal du val d’Anniviers et qu’il a trimballé à ce titre des générations d’Anniviards et des wagons de touristes.

«Cela fait vingt-neuf ans que je conduis des bus sur la ligne Grimentz-Sierre.» Sans jamais se lasser ? «Je roule dans de magnifiques paysages, je parle avec des gens fantastiques. Que vouloir de plus?» On a oublié de vous préciser que ce quinqua avait la langue bien pendue. À tel point que son beau-père lui a dit un jour qu’il aurait été bien d’afficher «Ne pas répondre au conducteur» à côté de sa cabine.

Même s’il est d’un naturel bavard, Robert Epiney sait rester concentré sur la route qui est réputée difficile avec ses nombreux lacets et rétrécissements. D’autant que le ravin n’est jamais loin. «Des passagers changent parfois de côté, de peur que le car ne bascule.» À certains endroits, le ruban d’asphalte est si étroit qu’il est impossible de croiser. «Il m’arrive de prendre le volant des mains d’automobilistes trop tétanisés pour pouvoir manœuvrer. »


Savoir garder son sang-froid
Notre homme se marre en contant ces anecdotes. Il peut, lui, qui n’a eu à déplorer aucun accident grave en presque trois décennies de carrière. «Juste des glissades et des touchettes», précise-t-il en caressant du bois. «Je ne suis ni bigot ni superstitieux, mais je pense qu’il y a des anges gardiens qui veillent sur nous.» Comme la fois où, entre deux courses qu’il effectuait, des rochers ont défoncé la chaussée. «Les chutes de pierres, c’est ce que l’on craint le plus.»

Avec les motards qui se penchent trop dans les virages, les chauffards qui dépassent sans visibilité et les fâcheux qui embarquent parfois. «Je me souviens d’une passagère un
peu trop énervée et pressée qui commençait à me casser les pieds. Je lui ai proposé de prendre un virage sur deux. Elle n’a pas voulu, allez savoir pourquoi, ahahah!»

Robert Epiney a appris à user d’humour, de calme et de patience pour désamorcer les conflits. Et de philosophie aussi: «La clientèle est davantage stressée et exigeante aujourd’hui qu’hier. On ne peut rien y faire, c’est à l’image de tout ce qui se passe ailleurs dans notre société… Mais moi, après 29 ans de service, je ne m’excite plus!»

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