8 avril 2013

Enfants uniques, enfants pourris gâtés?

Egoïstes ou asociaux… Les enfants sans frères et sœurs ont mauvaise réputation. A tort ou à raison?

Dessin humoristique.
Temps de lecture 5 minutes

Ce sont des attaques injustifiées!» Eric (prénom d'emprunt), 31 ans, est fils unique. Et il connaît trop bien les préjugés que la société colporte au sujet de ces enfants qui n’ont ni frère ni sœur. «Non je n’étais pas pourri gâté et j’ai très vite appris à partager!»

Anne Jeger, psychologue.
Anne Jeger, psychologue.

Mais d’où proviennent ces croyances? «Elles remonteraient à l’après-guerre, époque où il fallait repeupler les pays qui avaient connu de lourdes pertes humaines, indique Anne Jeger, psychologue clinicienne à Lausanne. Il importait alors de persuader les parents que, pour la santé mentale de leur enfant, ils devaient obligatoirement en concevoir au moins un deuxième.» Des affirmations contre lesquelles se dresse la spécialiste des relations familiales.

Le caractère de ces enfants dépend surtout de la manière dont ils sont éduqués et investis psychiquement. On les dit timides, égoïstes… comme pourrait l’être un enfant qui a des frères et sœurs.

Les parents qui ne comptent qu’un enfant devraient pourtant rester attentifs à quelques points. «Il s’agit de veiller à ne pas projeter des exigences trop élevées sur son enfant unique, conseille la psychologue. Trop d’attentes l’enferment et l’empêchent de s’épanouir, de se connaître et de s’aimer comme il est – dans la mesure où il tente de répondre aux attentes parentales pour se sentir aimé.»

Pour que la famille ne vive pas en vase clos

Sans oublier également d’ouvrir la famille sur l’extérieur. «On peut inviter des copains et des cousins à la maison, poursuit-elle. Ou proposer à son enfant de partir en colonie de vacances, pratiquer un sport collectif ou rejoindre une association. Mais toujours en respectant son caractère.»

Au-delà de ces dangers potentiels, être enfant unique peut être vécu aussi comme un avantage. Comme pour Agathe (prénom d'emprunt), 24 ans, qui ne conteste pas la décision de ses parents. «Je n’ai jamais eu spécialement envie d’avoir une petite sœur ou un petit frère. J’avais des copains qui pouvaient régulièrement me rendre visite à la maison et des cousins qui m’ont quasi adoptée au sein de leur propre famille! Et puis, j’appréciais le fait que mes parents avaient davantage de temps pour moi.»

Mais c’est à l’âge adulte que le manque de frères et sœurs peut parfois se faire ressentir. «J’ai perdu mon père il y a un peu plus d’un an, raconte Eric. Dans de tels moments, l’appui d’un frère ou d’une sœur serait très précieux. Je pense déjà au jour où ma mère s’en ira à son tour. Je n’aurai alors plus aucune famille!»

Difficile donc pour le jeune homme de comprendre ces personnes qui font le choix de ne donner naissance qu’à un seul enfant.

«Et s’il arrive malheur à cet enfant? Comment les parents pourront-ils le surmonter?»

Depuis plusieurs années, les petites familles ont pourtant la cote: entre 20 et 30% des enfants n’ont pas de frères et sœurs dans les pays industrialisés. Pour trouver des statistiques précises en Suisse, il faut se référer au recensement de la population en 2000. La part des familles avec un seul enfant a légèrement augmenté entre 1970 et 2000, passant de 19,7% à 22,4%.

Des enfants conçus de plus en plus tard

Quelles sont les motivations de ces parents? La raison principale proviendrait du fait que les femmes suisses conçoivent leur premier enfant toujours plus tard. Selon l’Office fédéral de la statistique, l’âge moyen se situe aujourd’hui à environ 31,4 ans.

Mais de plus en plus souvent, ne donner naissance qu’à une seule reprise relève d’un choix délibéré. «Les parents craignent parfois de ne pas pouvoir aimer un autre enfant ou en tout cas pas autant que le premier, indique Anne Jeger. On renonce aussi à un second bébé si le premier est atteint d’une maladie génétique ou par manque de temps et d’énergie à réserver à un deuxième enfant. Il y a aussi les divorces précoces, le fait d’être issu soi-même d’une famille nombreuse ou d’avoir apprécié d’être enfant unique… Sans oublier aussi les parents qui craignent de ne pas avoir suffisamment d’argent pour élever d’autres enfants.»

Illustration : François Maret

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