16 mai 2019

Bien vivre les uns avec les autres

Le 24 mai, c’est la Fête des voisins. L’occasion d’en savoir plus sur cet inconnu que nous côtoyons au quotidien et de mettre en avant des initiatives qui visent à créer du lien social.

Mélanie Di Stefano (au premier plan
à gauche), présidente de l’association 60x60, en compagnie de ses voisins.
Mélanie Di Stefano (au premier plan à gauche), présidente de l'association 60x60, en compagnie de ses voisins.

La situation est sans doute connue de tous les habitants d’immeuble. Entre voisins, les relations peuvent varier fortement. Il y a le couple sympathique avec qui l’on se découvre des points communs et que l’on invite à venir prendre l’apéritif. Il y a le grincheux qui ne manque jamais de faire des reproches à quiconque sans être lui-même respectueux des autres. Et puis il y a tous les autres, que l’on salue à peine dans la cage d’escalier et dont on se demande parfois s’ils habitent ici ou s’ils sont de simples visiteurs.

Maxime Felder, collaborateur scientifique à l’EPFL

«Les liens sociaux entre voisins sont très divers, même s’ils sont toujours caractérisés par la proximité résidentielle», résume Maxime Felder, qui a écrit une thèse de doctorat à l’Université de Genève à ce sujet et qui travaille en tant que collaborateur scientifique au Laboratoire de sociologie urbaine de l’École polytechnique fédérale à Lausanne (EPFL). De plus, cette contiguïté est également variable. Logiquement, plus un quartier est dense, plus le périmètre dans lequel on pourra parler de voisinage sera restreint. À l inverse, dans une zone pavillonnaire, le terme de voisin sera plus étendu et pourra s’appliquer à un ensemble de villas.

«Le voisin, généralement, n’est ni un ami ni un membre de la famille, et tant mieux, poursuit le chercheur. Lorsqu’un couple se dispute un soir, il apprécie un certain anonymat entre voisins lui permettant de ne pas avoir à rendre des comptes le lendemain. Cette recherche de la distance est d’ailleurs calculée, car au final il s’agit d’être cordial sans être intrusif.»

Vers quelle évolution?

En l’absence de statistiques suisses, il est difficile d’analyser l’évolution des relations de voisinage. Selon des études anglo-saxonnes, Maxime Felder note toutefois une légère baisse des interactions entre voisins. La cause? «La mobilité quotidienne ne cesse d augmenter depuis des décennies, et le lieu de travail s’éloigne du lieu de résidence. Cela réduit les occasions de contacts entre voisins, tout comme la hausse de la mobilité résidentielle se traduit par des déménagements plus fréquents. Il est donc plus ardu de tisser des liens durables.» Enfin, à cela s’ajoute le fait que les loisirs sont de plus en plus spécialisés. Ainsi, l’on ne va plus forcément chercher des activités dans des associations locales comme auparavant. Au contraire, l’on n'hésitera pas à sortir de son quartier pour se consacrer à son passe-temps favori.

Le but: établir des liens qui durent

La Fête des voisins est organisée chaque année à la fin du mois de mai dans de nombreuses communes de notre pays et elle a donc sa raison d’être, puisqu’elle vise avant tout à tisser de nouveaux liens de proximité. Maxime Felder avertit toutefois: «Il y a dans cette manifestation un caractère exceptionnel. On s’essaie à recréer une communauté; on se rassure quant à notre capacité à faire société une fois l’an. Cependant, même si on n’y crée pas forcément des liens forts, cette fête permet de se familiariser avec son voisinage. C’est un processus essentiel à la cohabitation.»

Pour nouer durablement des contacts, il est toutefois nécessaire que les activités perdurent les autres jours de l’année. C’est ce à quoi s’attellent de nombreuses personnes à travers la Suisse romande, comme le montrent les exemples suivants.


«Des communautés basées sur la bienveillance»

Robert ­Sempach, chef de projet à la Direction des Affaires culturelles et sociales de la Fédération des coopératives Migros.

Robert Sempach, on entend de plus en plus parler de «Caring Communities». De quoi s’agit-il?

Ce sont des communautés basées sur la bienveillance et dans lesquelles les membres font preuve de solidarité entre eux au quotidien. Tous ont conscience de faire partie d’une entité et s’en montrent responsables. Pour que cela soit possible, des liens durables doivent être établis et une aide professionnelle doit encadrer la communauté.

La Fête des voisins est donc aussi une sorte de «Caring Community»?

Absolument, tout comme l’association 60x60 à Genève. En fait, toutes les manifestations et associations où l’on crée du lien sont un terreau propice à la création d’une «Caring Community».

Les «Caring Communities» sont organisées en réseau entre elles. Quelle est l’utilité d’un tel réseau?

D’être aussi ouvert aux Hautes Écoles, à diverses autres associations et fondations, etc. Tous les acteurs peuvent ainsi partager leurs expériences et apprendre les uns des autres. Cela permet d’être plus efficace que si chacun travaillait dans son coin.

Pourquoi le Pour-cent culturel Migros a-t-il participé au lancement du réseau?

Le vivre ensemble est un secteur d’activité clé du volet social du Pour-cent culturel Migros. Il était logique que nous donnions une impulsion au lancement de ce réseau. Puisque nous le développons avec par exemple Promotion Santé Suisse ou Pro Senectute, nous le considérons aussi comme une communauté d’entraide.

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