2 avril 2020

«Le rire, c’est bon contre l’anxiété générale»

Fondateur et rédacteur en chef de «La Torche 2.0», le premier média satirique numérique et de proximité de Suisse romande, le Jurassien Luc Schindelholz parle de l’importance cruciale de l’humour en cette période de crise.

Illustration de Pitch Comment, dessinateur à La Torche 2.0
Temps de lecture 4 minutes

Luc Schindelholz, en temps normal, quel est le rôle d’un média comme le vôtre?

Nous faisons de la satire et du travail d’investigation. Nous essayons toujours d’être piquants, de jouer le rôle de bouffon du roi en se moquant ou en dénonçant des nantis, des politiques, des gens qui s’affichent… Avec toujours pour objectif principal de nous marrer et faire rire les gens.

Qu’est-ce qui a changé avec l’arrivée du coronavirus?

Déjà, nous sommes plus productifs qu’avant. Normalement, trois infos par canton étaient envoyées dans la semaine. Depuis la crise du coronavirus, nous en publions clairement davantage. Ensuite, nous avons décidé d'être solidaires, de faire rire beaucoup plus de monde en offrant le libre accès à notre application et à notre site internet. Et nous espérons que les gens, quand tout cela sera fini, continueront de soutenir les dessinateurs de presse en s’abonnant.

Et sur le fond, y a-t-il eu des bouleversements?

Le coronavirus monopolise toute l’attention. Du coup, nous devons être beaucoup plus innovants. C’est un vrai défi de trouver des idées originales et donc une belle émulation pour nos dessinateurs et journalistes.

Peut-on rire de tout, même d’une pandémie mondiale?

Oui, on doit pouvoir rire de tout. Il faut juste faire attention d’aborder ce sujet qui touche toute la population et fait des morts avec humour, mais sans blesser.

Et avec tout le monde?

Comme le disait Pierre Desproges: «On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.» Parce que n’importe qui se trouve sur les réseaux sociaux. Les gens qui sont abonnés à Charlie Hebdo savent à quoi s’attendre. Pareil pour nos abonnés. Maintenant, le fait de partager gratuitement nos publications sur les réseaux sociaux, ça nous met en danger. Parce que effectivement, certaines de nos contributions ne vont pas plaire à des gens qui ne sont pas abonnés.

Avez-vous dû censurer un texte ou un dessin parce qu’il risquait de heurter la sensibilité aujourd’hui exacerbée de vos abonnés?

En deux ans et demi, soit depuis que La Torche existe, je n’ai jamais censuré ou interdit un dessin. Notre média permet ça. Nous avons une éthique, nous suivons la charte de déontologie du journalisme et personne jusqu’à présent ne nous a attaqués pour diffamation ou calomnie. Comme nous n’avons pas d’éditeur et pas de publicité, comme nous sommes 100% indépendants, nous avons un vrai espace de liberté d’information et d’expression. En fait, les seules limites, ce sont celles que se fixent les dessinateurs.

Que pensez-vous des initiatives d’humoristes romands comme Yann Lambiel, Thomas Wiesel ou Marina Rollman, qui ont relayé le message de prévention sur le Covid-19?

L’humour est la meilleure arme pour toucher les gens, pour toucher les jeunes. Nous avons nos Federer, nos Wawrinka et puis nos humoristes Wiesel, Marguet, Rollman, Lambiel ou Chappatte. Et cette génération d'humoristes et de satiristes romands, ce sont nos porte-drapeaux!

La Torche aussi a rappelé, à sa sauce bien sûr, les recommandations d’usage pour limiter la propagation du coronavirus…

Dès le départ, notre but a été de sensibiliser les gens. Et c’est justement pour toucher le plus grand nombre aussi que nous offrons désormais gratuitement nos publications, pour dire à tous et à toutes: «Faites gaffe à cette saloperie et restez chez vous!»

Dans l’une de vos publications, auteur et illustrateur prennent même la défense d’un policier genevois chargé de disperser les attroupements de jeunes et de moins jeunes. Un comble, non?

(Rires) Oui, c’est la première fois que l’on prend la défense de la police. Là aussi, c’est le pot de terre contre le pot de fer et nous nous sommes rangés du côté de la justice, de la police en l’occurrence.

Avez-vous le sentiment aujourd’hui d’avoir un devoir, une responsabilité d’informer et de mettre en garde la population comme le font les médias classiques?

Oui, très clairement. D’ailleurs sur tous nos postes Facebook, nous martelons ce slogan: «Partagez La Torche mais ne partagez pas le virus!» Nous avions déjà ce rôle d’intérêt public, d’intérêt général en dénonçant les choses qui ne vont pas. Et maintenant, dans ces conditions, nous l’avons encore à plus forte raison.

En cette période de doute, de peur, l’humour fleurit sur les réseaux sociaux, on sent que les gens ont besoin de rire de la situation, de se libérer de l’angoisse ambiante en se moquant du coronavirus…

Quand nous nous trouvons dans un climat anxiogène, le salut passe souvent par l’humour. On sait très bien que des personnes qui étaient enfermées dans des camps de concentration trouvaient encore à rire. L’humour est toujours utilisé comme échappatoire, comme exutoire. Et il ne faut pas oublier aussi que le rire ­libère des hormones, qui nous procurent du bonheur, du bien-être.

«Le rire, c’est bon pour la santé!», comme le disait notre ancien ministre Johann Schneider-Ammann...

Oui, le rire est bon contre l’anxiété générale. Nous déjeunons avec des informations négatives, nous dînons devant la télévision avec des informations glauques et nous nous endormons avec encore plus de morts
que la veille. Il est normal que, dans ce contexte, les gens aient besoin de rire...

Site internet: www.latorche.ch

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