29 mai 2019

«Mieux vaut avoir une bonne psychiatre qu’une bonne copine…»

Elle fut politicienne, élue au Grand Conseil genevois, juge assesseur, après avoir été abusée enfant, puis connu le trottoir parisien. Aujourd’hui Nicole Castioni écrit de scénarios pour des séries TV et publie un guide anti-âge. 

L'arme secrète contre l'âge: l'humour.

Qu’est-ce qu’une vie réussie pour vous?

Chacun ses critères. Pour moi ça aurait été la même vie, mais sans être abusée quand j’étais enfant. C’est cela qui a d’abord conditionné le reste, qui a fait je me suis détruite, que je me suis fait du mal. Sans ça je ne sais pas si j’aurais eu ou non ensuite la même vie, mais ces blessures je m’en serais bien passée, et je trouve ça injuste: à six ans on peut difficilement réagir. 

Le pardon, vous dites que ce n’est pas votre truc

Je trouve qu’on a le droit d’être fâché à vie avec quelqu’un qui vous a fait du mal. Je ne peux pas pardonner, surtout à mon âge. Dans dix ou quinze ans je serais morte ou dans un état que je n’ose pas imaginer. Donc je me dis qu’il faut profiter. Pas faire n’importe quoi, mais profiter. Plus on s’approche de la mort, plus la tentation pourrait être grande de se dire, j’ai raté ma vie, j’aurais du faire autrement. Mais au lieu de rester à remuer ce genre de pensées on peut s’offrir des plaisirs à notre portée, un bon vin par exemple. On subit déjà suffisamment de contraintes. Pas besoin d’être un grand philosophe pour penser ça.

Votre guide pratique à l’usage «des femmes sublimes sans date limite» se veut aussi   «humoristique». Parce que l’âge, mieux vaut en rire? 

C’était en tout cas une façon pour moi quand j’ai eu 60 ans de ne pas trop plonger dans la neurasthénie L’humour est une qualité qui permet de relativiser, de dédramatiser les situations, et prendre de l’âge ce n’est jamais très sympa. Ce qui est important, c’est de ne pas avoir de complexes. Ne pas se dire, ça je ne peux plus le faire parce que j’ai passé l’âge. Au contraire, à partir d’un certain âge , on bénéficie d’une liberté qu’on n’avait généralement pas avant. C’est donc un moment riche en perspectives et possibilités de tout genre.

On dit souvent que vieillir est plus facile pour les hommes. Qu’en pensez-vous? 

Biologiquement déjà ils ont un avantage: ils peuvent avoir des enfants plus tard. Pour celles qui se réinvestissent dans un nouveau couple, avec un conjoint plus jeune, ce peut être compliqué. La bonne nouvelle, c’est que c’est possible, que le regard a changé: on peut désormais imaginer une femme avec un homme plus jeune. J’ai de plus en plus de copines qui sont dans ce cas. Chacun fait ce qu’il veut, je plaide pour la liberté. Avec un mari toute sa vie, ça marche très bien aussi.

Vous faites néanmoins l’éloge de l’égoïsme…

Je ne fais pas le procès des hommes, disons qu’ils ont une autre façon de gérer leur vie; ça vient peut-être de leur éducation, mais dans ma génération les femmes ont consenti beaucoup de sacrifices, au nom des enfants, au nom du bien-être familial. Avec les filles d’aujourd’hui, tout cela c’est terminé. J’en suis venue à me dire que oui, l’égoïsme, savoir s’écouter un peu, cela peut être une qualité.

D’autant que vous diagnostiquez une génération-sandwich

Aujourd’hui à soixante ans, on s’occupe des parents et aussi des enfants, si pas des petits enfants, c’est assez lourd. Avant, on s’occupait aussi des parents, mais ils étaient plus jeunes. Ma grand-mère a vécu chez mes parents sauf que ce n’était pas une dame de nonante ans. Les progrès de la médecine sont passés par là. D’un autre côté les enfants restent plus longtemps à la maison, je trouve ça étrange.  C’est peut-être à cause des études ou de la plus grande difficulté à trouver un appartement. Mais nous aussi nous avons fait des études et on ne traînait pour autant pas jusqu’à trente ans chez nos parents. Reste que nous serons probablement à notre tour une charge pour nos enfants.

La démarche «Exit» vous laisse néanmoins dubitative…

Mon mari est mort d’un cancer, il avait choisi «Exit». Il était jeune, j’avais des enfants, c’était compliqué. En même temps un cancéreux en fin de vie, on ne va pas lui dire, écoute pense à nous. Je me suis retrouvée à accompagner un acte assez lourd. Je ne suis pas sûr que j’infligerai cela  à mes enfants. Par contre j’ai aussi le droit de mourir comme j’en ai envie

Vous donnez une foule de pistes pour rencontrer du monde. Y compris faire de la politique…

A ceux qui me disent, je n’arrive à rencontrer personne, je réponds qu’il s’agit de se mettre en disponibilité. Chercher des gens qui nous correspondent, par forcément des amants, des amis aussi, il faut s’ouvrir l’esprit en se disant non, je ne suis pas si vieille que ça, je ne suis pas si moche. On peut aussi imaginer casser la routine avec son conjoint, vivre autrement sa retraite, son dernier quart de vie. Ca ne coute pas cher, par exemple, de s’acheter un jeans plutôt que de rester en jogging toute la journée. Cela dit  je m’habille n’importe comment, je ne fais pas de sport, je suis la première à descendre chercher mon pain avec presque un peignoir sur le dos. C’est un peu le problème des guides de bien -être : parfois je me dis mais qui suis-je pour donner des conseils que je m’applique rarement à moi-même?  On peut d’ailleurs aussi vivre très bien seul.  Moi j’adore les animaux , je trouve que c’est une très bonne compagnie.

Vous dites également  que mieux vaut avoir une bonne psychiatre qu’une bonne copine…

Déjà, on emmerde moins les gens. Les vrais amis certes sont là quand ça va mal mais il ne faut pas exagérer non plus. Une copine qui vous téléphone tous les jours à trois heures du matin, je pense qu’elle devrait plutôt aller chez une psychiatre. Quand vous racontez votre vie aux copines, ça m’est arrivé comme à tout le monde, vous pouvez le payer cher, J’ai eu des amies qui ont été formidables avec moi, mais je les ai toutes perdues: on est tellement vulnérable quand on est mal. Non, je préfère ma psychiatre. Par contre il est aussi difficile de trouver un bon psychiatre qu’un bon conjoint.

Que vous apporte votre psychiatre?

J’ai des sacrés traumatismes, la phobie de l’abandon par exemple, qui viennent de mon enfance. Voir ma psychiatre me sécurise beaucoup. La voir régulièrement, cela fait partie de mon équilibre, ça me permet justement d’ éviter de me morfondre avec mes amis. J’ai ma psychiatre et mon chat. Le chat peut être un très bon thérapeute aussi.

Vous n’aimez pas trop le mot de «cougar», mais vous aimez bien Brigitte Macron…

Cougar, ça signifie quoi? Un puma qui mange de la chair fraiche et qui est en voie d’extinction… Cougar, c’est ringard, ça ne se dit plus. Brigitte Macron, je l’aime bien, elle serait boulangère je l’aimerais pareil, c’est un exemple. C’est la représentation à nos âges de ce qu’on peut faire de mieux. Je peux me tromper, mais c’est un couple qui paraît solide. Ca doit être compliqué pour elle, si on regarde sur les réseaux sociaux, on voit qu’elle s’en prend plein la tête. Alors que Trump et sa femme qui a 24 ans de moins que lui, ça ne dérange personne. Pour moi Brigitte Macron c’est l’anti cougar. Le peu que j’ai pu la voir à la télévision, je trouve qu’elle est brillante. Je pense que c’est un couple intellectuellement très complémentaire

Pour résumer, vous préconisez, pour les soixante ans et plus, «un grand nettoyage d’automne»…

Il n’y a pas de raison de se laisser pomper l’air jusqu’à la fin. Si vous n’aimez pas les huitres, vous n’allez pas en manger toute votre vie. Il y a des personnes qui sont incompatibles, on n’y peut rien. Enlever les personnes toxiques autour de soi c’est bien, mais pas facile:  on a nos habitudes. Il faut aussi savoir accepter la solitude, savoir se remettre en question.

Nicole Castioni: Balance ton âge. Editions Favre 

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