28 mars 2019

«L’essentiel, c’est de partir à l’aventure»

Trois heures avant son unique concert en Suisse, Pascal Obispo nous a parlé de son nouvel album, sobrement intitulé «Obispo».

Photo: Yann Orhan

Dans le backstage du Centre de congrès et de musique de Montreux, le 5 mars 2019. Il est 17 heures. Lunettes rondes aux reflets verts sur le nez, Pascal Obispo est en train de déguster des filets de poisson grillés et des haricots verts. «Bonjour! Je vous en prie, entrez! Ça ne vous dérange pas si je continue à manger pendant qu’on discute? J’ai besoin d’énergie, car je ne suis pas en forme. Je sors d’une grippe qui m’a obligé à annuler deux concerts, vous vous rendez compte? Durant toute ma carrière, j’ai toujours joué, même quand j’étais malade.» L’heure tourne, et nous n’avons qu’un quart d’heure avant que l’artiste ne doive entamer la balance avant son concert.

Quel est votre souvenir le plus marquant d’un concert donné dans notre pays?

Je me souviens d’avoir fait la première de Céline Dion, à l’Arena à Genève. Il y avait Jermaine Jackson, le frère de Michael, qui avait assisté au concert.

Pour cette nouvelle tournée, c’est la première fois que vous êtes à la fois à la basse et au chant. Pourquoi?

Moi, j’ai toujours essayé de faire des choses nouvelles… avec plus ou moins de succès: du symphonique, de l’acoustique, je suis arrivé en ange à 10 mètres de hauteur, j’ai volé au-dessus de la salle… Je n’avais encore jamais joué avec l’instrument de mon adolescence. Et je n’avais jamais représenté une partie musicale importante du groupe: car la basse, c’est quand même la rythmique!

Les nouveaux défis, c’est votre truc, non?

Dans la chanson Universelle solitude, je dis que l'important, c’est de partir à l’aventure. Et en vieillissant, je pense que le fait de ne pas s’imposer de challenge, c’est renoncer à la jeunesse. Mais les découvertes, la curiosité me permettent de trouver une énergie qui est revigorante.

Sur la couverture de ce onzième album, on vous voit hurler. De désespoir ou de bonheur?

De plaisir. Le plaisir d’être vivant, d’en être encore, d’avoir une énergie adolescente.

Vous avez écrit près de 80% des textes, cette fois-ci. Écrire pour soi, c’est difficile?

Je crois que je n’ai écrit qu’une seule fois pour quelqu’un d’autre, j’ai parfois simplement proposé des idées aux auteurs. Tout le reste du temps, j’ai composé la musique. Je n’ai jamais eu le sentiment de pouvoir exprimer ce que je voulais, mais avec le temps, l’expérience et la lecture, on arrive enfin à écrire soi-même. Et je trouvais que c’était moins embêtant pour les auteurs que j’écrive seul. Ça devient alors une grosse contrainte, pour un auteur, d’avoir sans cesse le musicien ou l’interprète au téléphone, qui demande des changements. Quand vous en êtes à changer quasiment tout à part une phrase ou un gimmick dans une chanson, mieux vaut écrire vous-même.

Y a-t-il une chanson qui a été plus compliquée à mettre en mots et en musique que les autres?

Allons en fan, que j’ai demandé à Benjamin Biolay d’écrire, car je n’y arrivais pas du tout. Ce genre de phénomène peut arriver. J’avais l’idée, j’avais le titre, mais je n’avais pas le texte et c’est lui qui m’a fait la liste. En fait, la difficulté dans l’expression vient souvent de la mélodie que vous avez trouvée. Quand vous n’avez pas la mélodie, c’est beaucoup plus facile, car vous êtes sur un terrain complètement vierge. Là, j’avais tout écrit en anglais, j’avais une espèce de fluidité qui n’a rien à voir avec la langue, et j’avais de la peine à me caler sur les mots. Benjamin m’a dit: «Allez, je vais essayer»… et il a réussi.

Quelle est la principale idée que vous aimeriez transmettre au public par le biais de votre album?

Il y a beaucoup de petits messages, en fait. Le message essentiel, je crois, c’est de ne rien remettre à demain, de partir à l’aventure et d’essayer de trouver une énergie en profitant de ce qu’on fait et en prenant vraiment conscience qu’on est mortels. C’est amusant, ce sentiment qu’on a tous d’être immortels et de ne pas croire à la mort, quand on est vivants! Mais dans certaines de mes chansons, le message est aussi: exprimons nos idées, ne nous laissons pas faire, ne restons pas dans un écran minuscule. Et attention à la célébrité sans passion, qui ne sert à rien: quand on est fragile ça peut jouer des tours, comme je l’écris dans la chanson Amy, sur Amy Winehouse.

Quel est le point commun entre tous ces morceaux?

Il y a des chansons sur la solidarité, comme On n’est pas seul sur terre, qui souligne qu’on est dans une chaîne, qu’on peut aider les gens et qu’eux aussi peuvent aider. Et un dernier message, c’est celui de ne pas faire une lettre ridicule aux morts sur les réseaux sociaux, mais de profiter des gens tant qu’ils sont vivants et de leur dire qu’on les aime, comme dans Les chansons de Voulzy et Souchon. En fait, tous mes messages tournent autour de la vie, et le cri sur la pochette est sans doute un cri primal.

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