5 novembre 2017

Des arbres en flacon

Pour son travail de fin de formation en herboristerie, la Valaisanne Cilgia Chazal a eu une idée géniale: valoriser les rameaux de mélèzes et d’arolles issus des coupes forestières en les distillant pour obtenir des huiles essentielles et des hydrolats. Et ça marche!

Cilgia Chazal
Cilgia Chazal a quitté le monde de la parfumerie pour rejoindre celui de l’herboristerie et de l’aromathérapie.

L’idée de la distillerie mobile Cembra a germé dans le cerveau de Cilgia Chazal en 2010, alors qu’elle bûchait sur son mémoire en herboristerie. «A ce moment-là, j’étais employée dans un laboratoire d’aromathérapie et j’ai constaté qu’il était difficile de s’approvisionner en huile essentielle de mélèze. Souvent, elle provenait d’Autriche et était de qualité moyenne.»

Ça a fait tilt! Comme les forêts valaisannes regorgent de cette essence, la jeune femme décide d’ajouter un volet «distillation» à son travail de fin de formation. Un volet pratique parce qu’elle a déjà quelque expérience en la matière. Avec l’aide de Yann Huet, son compagnon, elle acquiert un alambic de 125 litres qu’elle installe à côté du mayen de son enfance, dans le val d’Anniviers.

La jeune femme enchaîne les essais. D’abord avec le mélèze qui a un très faible rendement (800 ml d’huile essentielle pour 500 kg de branchage). Puis avec l’arolle, autre arbre emblématique des Alpes. «Lui est plus généreux, il donne 2 litres d’huile essentielle pour 500 kg de rameaux.» La phase-test s’avère positive et pousse Cilgia Chazal à lancer son entreprise.

C’est en 2012 que naît Cembra, une distillerie pas comme les autres puisqu’elle est écologique et mobile (lien vers le site web). «On ne coupe rien, on récupère ce que laissent les bûcherons.

On valorise ces ressources naturelles locales considérées jusqu’alors comme des déchets.

Et on distille sur place, comme cela la matière première est plus fraîche et les frais de transport nettement moins élevés.»

Cilgia se rend avec son compagnon et un alambic près de l’endroit où les forestiers ont mis en tas les branches.

L’alchimiste de la forêt

«Dans la pratique, les forestiers nous appellent pour nous dire qu’ils font des coupes d’arolles ou de mélèzes et on se rend alors avec notre camion équipé d’un alambic de 1500 litres près de l’endroit où les branches ont été mises en tas par leurs soins, explique notre interlocutrice. Généralement, on reste une semaine en pleine nature et on dort soit sous tente, soit dans un chalet. J’adore ça!»

De retour à Ayent, dans son officine, cette Valaisanne procède aux étapes qui suivent la distillation: décantation pour finir de séparer l’hydrolat* de l’huile essentielle, filtration, maturation dans des fûts en inox et des contenants en verre, mise en flacons, étiquetage et commercialisation. «Je fais de la vente directe (site internet et marchés) et j’honore les commandes de pharmacies, drogueries, magasins bio, thérapeutes et laboratoires. Mes clients, en particulier les professionnels, sont ravis de pouvoir travailler avec des plantes sauvages de nos montagnes, car – et j’en suis intimement convaincue – elles sont qualitativement plus intéressantes que les autres.» Pourquoi?

Parce que ces arbres ont poussé dans un environnement préservé (sans engrais ni pesticides) et dans des conditions extrêmes, en haute altitude, avec un ensoleillement exceptionnel.

Fantaisie et curiosité

Cette herboriste et spécialiste en aromathérapie a naturellement élargi sa gamme au fil du temps. Aujourd’hui, à côté de l’arolle, du mélèze et aussi du genévrier, elle propose des huiles essentielles et hydrolats tirés de plantes aromatiques de culture bio comme la verveine citronnée, la sauge ou encore l’hysope officinale.

Enfin, Cilgia Chazal loue ses services (compétences et alambic mobile) «à façon» comme on dit dans le jargon. «On est par exemple allés récemment à Schaffhouse pour distiller la récolte d’un producteur de chanvre légal.» En fait, l’important pour cette alchimiste, c’est que son art – celui de la distillation – réserve «une place importante à la fantaisie et à la curiosité, à la passion et au respect des plantes».

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