28 mai 2020

Bienne, la bâtisseuse

Flâner dans les différents quartiers de la capitale mondiale de l’horlogerie permet de s’offrir un joli condensé d’histoire de l’architecture – allant de la Renaissance à la période contemporaine en passant par l’Art déco et le style Bauhaus.

Le Palais des Congrès, qui n'est pas sans rappeler Brasilia, accueille notamment une piscine couverte (photo: DR).
Le Palais des Congrès, qui n'est pas sans rappeler Brasilia, accueille notamment une piscine couverte (photo: DR).
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1. Une cité médiévale bien vivante

Petite, mais ô combien charmante, la vieille ville de Bienne mérite une attention toute par­­ticulière. Relativement caché et à l’écart des flux, le vieux bourg a longtemps été l’oublié d’une ­urbanisation galopante et est par conséquent magnifiquement ­préservé. Ainsi, il est encore possible par endroits d’observer le parcellaire médiéval, que l’on reconnaît aux maisons hautes et très étroites. C’est par exemple le cas sur la très harmonieuse place du Ring, où les maisons à encorbellement datant du tout début du XVIIe siècle rivalisent d’élégance. Ancienne place des corporations, elle abrite aujourd’hui un artisan horloger, un chocolatier ou un fleuriste indépendants. Mais aucune chaîne ­internationale. Car ici, le caractère local prédomine encore, malgré une légère boboïsation du quartier, qui se ­traduit par des ravalements de façades réussis, mais aussi par des hausses de loyers.

De nombreux arbres remarquables rythment la vieille ville magnifiquement préservée de Bienne (photo: DR).

À deux pas, l’ancien hôtel de la Couronne est un bel exemple d’architecture Renaissance. Construit en partie avec la pierre jaune d’Hauterive, un matériau luxueux, il impressionne encore par ses dimensions. De là, il vaut la peine de flâner dans les ruelles pavées de la vieille ville et d’observer les fontaines du XVIe siècle aux fûts richement colorés, d’admirer les arbres remarquables du parvis du Temple allemand et enfin de s’attar­der à l’une des nombreuses terras­ses, comme celle du restaurant coopératif Saint-Gervais donnant sur une charmante petite place. Datant de 1577, le bâtiment appartenait autrefois à l’abbaye de Bellelay.

Encore une chose: on évitera de visiter la vieille ville les lundis, la plupart des cafés et magasins étant fermés. Quand le coronavirus ne rôde pas, la cité est au comble de l’animation le premier vendredi de chaque mois. Durant ces «First Fridays», le quartier accueille concerts et spectacles jusque tard dans la nuit.

Infos: bienne-seeland.ch (visite guidée) et firstfriday.ch (programme «First Friday»).

2. Là où bourgeois et ouvriers se font face

Quittons la vieille ville pour découvrir la cité plus récente. L’euphorie des Trente Glorieuses a, comme c’est souvent le cas en Suisse, eu raison des constructions du XIXe siècle. Heureusement, il en reste, entre deux verrues architecturales, quelques beaux exemples dans la rue de ­Nidau, mais surtout le long du quai du Bas. Ici, médecins et notaires se sont installés dans des ­demeures richement décorées donnant sur la Suze. Bordé d’arbres, le canal est aussi un ­plaisant but de promenade.

Malgré ce quartier bien conservé, c’est avec son architecture du XXe siècle que la ville brille loin à la ronde. Place du Général-Guisan, deux mondes se font par exemple face. D’un côté, l’hôtel Élite en pierre jaune d’Hauterive et à la façade Art déco accueillait dès son inauguration en 1930 les patrons des manufactures hor­logères et leurs invités. Juste en face et datant de la même époque, la Maison du Peuple en brique rouge rappelle le caractère ouvrier de la cité tout en rendant hommage au style Bauhaus. L’un et l’autre bâtiment a gardé les mêmes fonctions initiales, même si les chambres de l’hôtel ont perdu leur substance d’origine. Ainsi, la rotonde de la Maison du Peuple est toujours une brasserie réputée et la grande salle à l’arrière séduit par la sobriété de ses lignes.

Non loin de là, on n’hésitera pas à reprendre des forces au café Odéon, un ravissant établissement de 1930 aux banquettes ­recouvertes de velours rouge et aux tapisseries florales d’époque. Puis vient le clou de l’architecture du XXe siècle: le Palais des Congrès. Construit dans les ­années 1960 par l’architecte biennois Max Schlup, cet ensemble moderniste est reconnaissable entre mille par sa vague de béton accueillant des salles de conférences ainsi que sa haute tour évoquant Brasília et dans laquelle travaille l’administration de la ville. Pour admirer le bâtiment de l’intérieur, une seule solution pour le quidam: se déshabiller et faire quelques longueurs dans la ­piscine couverte du complexe. Si possible sur le dos, histoire de mieux contempler l’espace et le plafond.

Infos: ctsbiel-bienne.ch (Palais des Congrès) et parcours-bielbienne.ch (parcours Bauhaus).

3. Entre minéral et végétal

Bienne a fait son grand saut dans l’architecture contemporaine avec le nouveau campus du groupe Swatch, livré en 2019. Se composant d’une sorte de serpent à grandes écailles blanches prenant de la hauteur pour venir chapeauter un bâtiment de verre posé sur des arches de ­béton, l’ensemble est signé Shigeru Ban, lauréat du prestigieux Pritzker Prize, le ­Nobel de l’architecture.

La cité du temps abrite deux musées: l'un dédié à Omega, l'autre à Swatch (photo: Musée La Cité du Temps).

Entre les bureaux Swatch et la manufacture Omega – tous deux fermés au public –, la Cité du Temps est la seule partie du campus accueillant des visiteurs. Au premier étage, le Musée Omega retrace l’histoire de la marque à travers différents modèles et affiches publicitaires. Au ­deuxième étage, voici le monde coloré de Planet Swatch, qui présente plusieurs ­milliers de modèles dont la première collection. Ici aussi, le visiteur joue un rôle actif et est invité à pédaler sur un vélo pour faire défiler les montres ou à créer sa propre Swatch, qu’il recevra ensuite par la poste dans les deux ou trois jours. Qui ne veut pas attendre si longtemps pourra tester à l’extérieur le premier drive-in du monde permettant d’acheter des montres…

Aux abords de la Cité du Temps, il est possible d'acheter une montre sans sortir de sa voiture – une première mondiale (Photo:DR).

Jouxtant le campus Swatch, le parc de l’île de la Suze, nouvellement aménagé, permet de terminer en beauté – et sur une note végétale – ce parcours urbain à travers Bienne. Assis sur un banc ou barbotant les pieds dans l’eau, selon la saison, il sera temps de faire un bilan. Parions alors que beaucoup de visiteurs s’avoueront surpris par la richesse méconnue de la ville.

Infos: citedutemps.com et biel-bienne-ch (île de la Suze).

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