24 décembre 2019

Un moment privilégié

Sur le lac de Brienz, Mariano de la Torre fait découvrir les joies du kayak en hiver aux Suisses et aux visiteurs du monde entier. Une belle façon de partir à la découverte de ce petit coin de paradis et de s’y sentir seul au monde.

Pagayer au milieu de paysages enneigés, voilà une activité hivernale aussi originale que grandiose.
Pagayer au milieu de paysages enneigés, voilà une activité hivernale aussi originale que grandiose.

Marre du ski, de la luge et des raquettes? Et si, cet hiver, on se mettait au kayak? Cette activité, qui permet de glisser sur les flots entouré d’un paysage enneigé, se veut une ­expérience aussi grisante qu’apaisante. Et ce, malgré les températures parfois glaciales de l’air et de l’eau. «Avec un équipement adéquat, il est parfaitement possible de pratiquer ce sport durant les mois d’hiver. C’est d’ailleurs ma saison préférée, car la nature endormie est magnifique. Et puis, nous sommes alors seuls sur le lac de Brienz, précise Mariano de la Torre, 41 ans, codirecteur de la Hightide Kayak School de Bönigen (BE). De plus, la discipline est accessible à tous. Même les personnes n’ayant aucune expérience sont les bienvenues.» Un seul prérequis est toutefois exigé par les responsables de l’école: avoir plus de 15 ans. «L’équipement pour se protéger du froid n’est pas adapté à la taille d’un enfant», détaille Mariano de la Torre.

Nul besoin d’être un spécialiste en navigation, Mariano de la Torre est un excellent guide et pédagogue.

L’équipement justement. Les participants à cette croisière d’un genre particulier ne doivent pas prévoir de tenue spéciale. Si un jeans ou un survêtement et un pull en laine suffisent, les plus frileux aimeront peut-être porter une sous-couche thermique sous leurs habits. «Nous fournissons d’épaisses chaussettes et des chaussures en néoprène ainsi qu’une combinaison dite sèche parfaitement étanche.» Pour un néophyte, l’enfiler n’a rien d’une mince affaire, mais Mariano de la Torre sait se montrer patient et pédagogue. Normal pour quelqu’un qui accueille chaque hiver 1800 kayakistes suisses et étrangers – les touristes notamment américains étant très friands de cette activité. Afin de revêtir correctement notre protection et d’éviter toute déperdition de chaleur corporelle, notre guide nous montre clairement chaque étape que nous répétons après lui. D’abord les pieds, puis les bras et ensuite le reste du haut du corps disparaissent dans la combinaison. Puis, après avoir fait le vide d’air, ce qui facilitera les mouvements, après s’être équipé d’un gilet de sauvetage et après avoir couvert le crâne d’un bonnet, nous voici fin prêts. Pas besoin de gants, ceux-ci étant intégrés à la pagaie.

Pour pagayer, il ne faut pas forcer avec les bras. C’est l’ensemble du corps qui doit travailler.

Il est enfin temps de s’introduire dans l’étroit kayak et d’écouter les instructions de Mariano de la Torre. «Pour pagayer, il ne faut pas forcer avec les bras. C’est l’ensemble du corps qui doit travailler. Prends appui avec tes pieds sur les cales cachées dans la coque et multiplie l’action du mouvement en penchant le buste en avant.» Après quelques essais à proximité du rivage, nous prenons le large, les jambes toujours bien écartées afin qu’elles collent aux flancs du kayak et augmentent sa stabilité.

Quelques dizaines de mètres plus loin, le geste se fait plus sûr et l’on ose détacher son regard de sa pagaie pour admirer le panorama. Et quel panorama… En ce jour ensoleillé de décembre, les sommets enneigés se mirent dans le lac alors que, plus bas, des bandes de brume restent accrochées sur les versants. Mariano de la Torre avait raison, il n’y a pas âme qui vive sur le plan d’eau. Même les poules d’eau et canards sont aux abonnés absents, restés sur le rivage le bec enfoui dans leur plumage. Face à ce paysage et ce silence, l’impression de vivre un instant privilégié nous envahit. Celui-ci s’intensifie lorsque nous approchons la côte nord du lac où nous nous amusons à frôler les falaises de calcaire se jetant à la verticale dans les eaux turquoise. «La couleur du lac de Brienz est très particulière. Elle s’explique par le fait que des rivières chargées de sédiments venant de glaciers s’y jettent. De plus, le lac est très profond. Cela joue aussi un rôle sur l’apparence de l’eau.»

Petite pause au sommet de la ruine du château de Ringgenberg. Le thé et les biscuits ont une autre saveur face à un tel paysage.

Au niveau d’une petite grève, Mariano de la Torre nous propose une halte, histoire d’aller visiter la ruine du château de Ringgenberg. Après une courte ascension, nous voici au sommet de l’ancienne forteresse où nous attend une double récompense: une vue époustouflante sur le lac de Brienz et une tasse de thé bien chaud accompagnée de biscuits que notre guide a sortis de sa besace. «En été, nous organisons aussi des sorties jusqu’au village d’Iseltwald ou aux chutes de Giessbach sur la rive sud», explique notre guide. D’origine argentine, Mariano de la Torre connaît la région comme sa poche. «Je suis venu en Suisse en 2011 pour travailler à Zurich dans la finance.» Puis de poursuivre: «L’eau m’a toujours attiré. À Buenos Aires, je faisais du surf. En Suisse, comme cela n’est pas possible, j’ai cherché un autre sport et ai contacté Dave Storey, le fondateur de l’école. Il m’a donné les premiers cours. Nous sommes devenus amis et, depuis 2017, partenaires.»

Smartphones pas bienvenus

Il est temps de redescendre et de retrouver nos kayaks pour retraverser le lac. À bâbord, le Brienzer Rothorn, à tribord au loin, le Niesen, nous ­accompagnent pour cette dernière ligne droite durant laquelle Mariano immortalise nos prouesses avec un petit appareil photo. Le lendemain, chaque participant recevra par courriel un cliché de ses exploits. «Nous recommandons à nos hôtes de ne pas prendre leur smartphone avec eux. Cela permet une meilleure cohésion du groupe et évite que leur téléphone, après un faux mouvement, se ­retrouve au fond du lac.» Et si l’un des rameurs venait lui aussi à tomber à l’eau? «Cela peut arriver, mais cela s’avère très rare. Dans la majorité des cas, nous poursuivons la route avec lui, car il sera resté au sec. S’il se sent trop choqué ou fatigué, nous retournons aussitôt au camp de base. Au ­besoin, je peux même le tirer à l’aide d’un cordage. Par ailleurs, je suis toujours en contact via talkie-walkie avec un collaborateur de l’école resté à terre et peux ainsi appeler des secours dans les cas extrêmes.»

En ce jour ensoleillé de décembre, l’ambiance sur le lac désert est magique.

Nous n’en aurons toutefois pas besoin aujourd’hui – la promenade sur l’eau se déroulant sans heurts – et regagnons Bönigen après deux heures de rame. Bien plus enthousiasmés que fatigués. Quant au froid, mis à part avoir picoté quelque peu le visage, aucune trace. C’est au contraire une puissante sensation de chaleur – humaine – que nous ressentons. Mariano de la Torre n’ayant pas son pareil pour mettre en confiance ses coéquipiers d’un jour.

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