7 octobre 2013

Escapade sauvage sur les Hauts-de-Fully

Le tour du Portail au-dessus-de Fully (VS) est une escapade sauvage sur des versants colorés, parfaite pour l’automne. Des vues à couper le souffle, pour jouer avec le vertige sans se mettre en danger.

Le sentier de flanc s’ouvre sur des 
panoramas à couper le souffle et, en contrebas, la plaine du Rhône.
Le sentier de flanc s’ouvre sur des panoramas à couper le souffle et, en contrebas, la plaine du Rhône.
Temps de lecture 6 minutes

«J’aime beaucoup ce chemin, il est agréable, facile à marcher et c’est un beau balcon», lance Marie-Jeanne Hugon Mettaz, accompagnatrice de montagne, qui connaît les Hauts-de-Fully comme sa poche. Elle y vient souvent, parfois juste pour le plaisir, à 6 heures, histoire d’être seule au monde et de prendre un bol de bonheur.

C’est vrai que l’itinéraire commence tranquille, sur un sentier de flanc qui s’ouvre très vite sur des panoramas à couper le souffle. En contrebas, s’étale la plaine du Rhône et l’alignée des sommets, Grand-Combin, Vélan jusqu’au Mont-Blanc. Seul au milieu d’une écharpe de nuages trône le Catogne, sombre comme un volcan.

Le magnifique chemin qui relie le parking de l'Erié au lac de Fully sous le Grand Chavalard.
Le magnifique chemin qui relie le parking de l'Erié au lac de Fully sous le Grand Chavalard.

Le sentier slalome entre les mélèzes centenaires, troncs gigantesques et branches noueuses qui s’avancent au-dessus du vide. Enjambe des couloirs vertigineux, qui débordent de pierres jusqu’à perte de vue. «Chaque couloir a son nom en patois, mais seuls les anciens s’en souviennent encore», précise la guide. En bordure, tout en douceur dans un décor déjà automnal, les hautes herbes scintillent, les ombellifères dodelinent et les gentianes jaunes pâlissent dans le soleil rasant. Une lumière brumisée, lavée par les pluies de la veille, allume chaque brindille, grandes tiges des épilobes, grains rouges des cynorrhodons qui brillent comme des lanternes. Tout s’affine, l’air, le regard, le souffle.

Il faut se retourner, de temps à autre, pour saisir ces vues qui nous échappent. Comme ce pin qui résiste, seul au loin, sous une crête. En cette fin septembre, les papillons sont encore de la partie. Un apollon sur une pierre, des azurés qui s’attardent sur les dernières couleurs.

Puis, soudain, le cadre devient grandiose. Quand les parois du Grand-Chavalard se dressent au-dessus des têtes, falaises grises mêlées d’ocre où s’ébat un couple de faucons crécerelles. Deux paires d’ailes qui jouent avec le vent, montent et descendent sans effort dans le gouffre bleu. Ici, les différentes roches ne racontent pas le même temps. «Sous les pieds, c’est du gneiss, une roche métamorphique, qui provient d’une nappe de la Dent-de-Morcles. Alors qu’au-dessus, ce sont des falaises de calcaire, sédiments de fonds marins d’il y a 450 millions d’années, quand les Alpes étaient recouvertes par les océans.»

Le lac de Sorniot et sa belle couleur turquoise a des petits airs de mer du Sud.
Le lac de Sorniot et sa belle couleur turquoise a des petits airs de mer du Sud.

Après une heure de marche, le chemin soudain s’ouvre sur un immense vallon: le Creux, avec sa chapelle, son ancien alpage et autrefois ses deux laiteries «pour des raisons politiques», la cabane de Sorniot et son petit lac traversé d’une canalisation. «En 2000, les intempéries ont été telles que les eaux ont fait céder la conduite forcée. Elles ont dévalé jusqu’à Fully, en faisant beaucoup de dégâts, heureusement que matériels.»

«J’aime ces roches qui sortent de terre»

Pour rejoindre le Creux, le chemin s’incline, se resserre et se fait plus caillouteux, à flanc de pierrier, comme un trait de craie sur un tableau noir. A droite, en majesté, toujours le Grand-Chavalard, avec ses replis anthracite, ses froissements verticaux. «J’aime ces roches qui sortent de terre, comme ça, façon Dolomites. C’est tellement sauvage par ici», lance Marie-Jeanne Hugon Mettaz.

Il vaut la peine de s’arrêter à la cabane de Sorniot, entièrement rénovée en 2009. Ne serait-ce que pour y humer le bois clair ou pour se procurer un permis de pêche. L’occasion aussi de sortir les jumelles. Et de suivre la ligne de crête du Grand-Chavalard, fraîchement saupoudré de neige comme un panettone sorti de son sachet: on y voit souvent des paires de cornes, dressées contre le ciel. C’est là que se tiennent les bouquetins.

Montée à la cabane Demècre avec le Grand-Chavalard en arrière-plan.
Montée à la cabane Demècre avec le Grand-Chavalard en arrière-plan.

Et puis, il faut reprendre la route, continuer à monter. Passer à côté d’un ancien barrage, qui alimentait autrefois deux bisses pour la vallée. Il ne reste plus que les lits en creux et les vannes rouillées. Mais le lac de retenue est toujours là, turquoise tirant sur l’émeraude, avec ses airs de mer du Sud.

Les gentianes forment de petites grappes mauves au sol.
Les gentianes forment de petites grappes mauves au sol.
Une carline acaule.
Une carline acaule.

La montée continue à travers les pâturages, au milieu des éboulis et des mares, dont celle baptisée la gouille aux tritons. Le chemin devient lacet, qui serpente sous le drapeau de la cabane du Demècre. Les gentianes ont changé de couleur, forment de petites grappes mauves au sol ou s’élancent en bouquets pourpres. L’herbe se fait rase. Le mollet s’alourdit dans le dernier raidillon, mais la main reste leste pour cueillir au passage les myrtilles oubliées.

Avant même d’arriver à la cabane, vous serez repéré, annoncé à grands cris stridents. Les marmottes trônent souvent là, dodues, autour de la cabane du club des Trotteurs. Quarante places en dortoir et des ingrédients de cuisine à disposition des marcheurs. «C’est là que je monte en famille pour la Fête des mères», sourit Marie-Jeanne Hugon Mettaz, qui se souvient avoir dû pelleter la neige, en plein mois de mai, pour accéder à la porte. On peut s’y chauffer une soupe, des röstis ou un plat de spaghettis. Et profiter de regarder l’exposition en cours. Ce jour-là, de fines gravures végétales d’Olivier Taramarcaz, fruit de ses trois mois de marche à travers l’arc alpin. «La nuit, je cueille les rêves tombés de la montagne» ou «Seulement me tenir ici présent à l’infini», peut-on lire sous les dessins. Des phrases qui donnent une envergure et un sens à la marche.

Montée au Diabley depuis la cabane Demècre avec les Dents-de-Morcles qui sortent du brouillard.
Montée au Diabley depuis la cabane Demècre avec les Dents-de-Morcles qui sortent du brouillard. Au premier plan: Marie-Jeanne Hugon Mettaz.

La tentation est grande de rester là, entre marmottes et poésie. Mais il faut continuer, tourner le dos aux dentelles de Morcles. Prochaine étape, le col du Diabley, qui joue avec le brouillard coulissant, laisse apparaître un cairn avant de l’effacer à nouveau. «J’aime ce temps d’automne. Les brumes mettent du relief, ça joue à cache-cache, ça ajoute une mystique», poursuit la guide.

Le paysage se fait pictural

Autour du sentier, le paysage se fait pictural. Les roches affalées sont couvertes de lichens géographiques, taches jaunes fluorescentes comme des jets de Stabilo.

Depuis le col, la vue s’ouvre magistralement sur les Dents-du-Midi cette fois. Puis le sentier se fait plus aérien, par endroits. «Il faut toujours poser les pieds avec conviction, pour une meilleure adhérence», précise la guide. Ne pas regarder en contrebas, mais poursuivre sur ce tracé qui traverse un versant exposé, où rien ne résiste. Les arolles restent nains, les genévriers s’accroupissent en larges tapis au vert doux, on marche sur le toit du monde, flirtant avec le vertige.

Mais que l’on pense parfois à lever les yeux pour ne pas rater le Portail justement. Une splendide lucarne de cornieule, roche constellée de cavités résultant de la dissolution du gypse par l’eau. Une belle arche façonnée par les ruissellements qui n’a rien à envier à ses cousines d’Amérique.

Quand on aperçoit à nouveau le petit lac de Sorniot, c’est que la boucle est bouclée. Ou presque. Le temps de rejoindre le parking par le sentier des mélèzes, déjà le bruit sourd des voitures remonte de la plaine du Rhône jusqu’aux oreilles rassasiées de silence.

A lire «Les Hauts de Fully» de Sabine et Charly Rey Carron, Ed. Monographic, 2010. Treize randonnées, richement illustrées, dans la région Chavalard / Dent-de-Morcles.

Vue vertigineuse sur Fully et les Alpes valaisannes.
Vue vertigineuse sur Fully et les Alpes valaisannes.

Photographe: Laurent de Senarclens

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