31 mai 2018

Et si on se faisait une toile ce week-end?

Après plus de vingt-cinq ans de douloureuse gestation, «L’homme qui tua Don Quichotte», du réalisateur britannique Terry Gilliam, sort enfin sur les écrans. Pour un résultat, après cette longue attente, forcément mitigé.

Loufoque à souhait, le comédien britannique Jonathan Pryce excelle dans le rôle d'un vieil homme se prenant pour Don Quichotte. (Photo Ascot Elite)
Loufoque à souhait, le comédien britannique Jonathan Pryce excelle dans le rôle du vieil homme se prenant pour Don Quichotte. (Photo Ascot Elite)

Le jour où L’homme qui tua Don Quichotte est enfin sorti en salle, Terry Gilliam a dû pousser un gros ouf de soulagement. Voilà en effet plus de vingt-cinq ans que le réalisateur britannique tentait désespérément de porter à l’écran sa vision du roman de Cervantes. Affrontant, à défaut de moulins à vent, les coups incessants du destin: pluies diluviennes s’abattant sur le lieu de tournage, double hernie discale foudroyant l’acteur Jean Rochefort (qui devait à l’origine jouer le rôle de Don Quichotte), difficultés financières à répétition, jusqu’à ce revers juridique qui a bien failli empêcher la projection du film en clôture du dernier Festival de Cannes et à l’AVC qui a frappé Gilliam lui-même à quelques jours de l’événement.

Entré dans les annales du 7ème art avant l’heure (les premières années de ce projet calamiteux ont même fait l’objet d’un documentaire en 2002, intitulé Lost in La Mancha), L’homme qui tua Don Quichotte était donc attendu de pied ferme par plusieurs générations de fans de l’ancien Monty Python. Comme une mise en abyme de sa propre conception, le long-métrage raconte l’histoire, forcément extravagante, d’un jeune réalisateur de pubs désabusé, Toby Grisoni (Adam Driver): en tournage en Espagne, il recroise la route du cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte dans son film de fin d’études une dizaine d’années auparavant, lorsqu’il croyait encore à la magie du cinéma. Ayant depuis sombré dans la folie, le vieil homme se prend réellement pour le célèbre Hidalgo et embarque Toby dans une aventure rocambolesque où les ennemis ne sont plus des géants imaginaires mais bel et bien notre société obsédée par le pouvoir et par l’argent.

Emmené par l’excellent comédien anglais Jonathan Pryce (digne héritier du rôle de Don Quichotte après les monstres sacrés Jean Rochefort et John Hurt, initialement prévus par Gilliam), L’homme qui tua Don Quichotte peine toutefois à décoller. On retrouve bien entendu la patte (que l’on aurait presque voulue encore plus déjantée) du réalisateur de Brazil, des Aventures du Baron de Münchhausen et de L’Armée des Douze Singes et on se laisse volontiers séduire par le combat sous-jacent, et perdu d’avance, entre cynisme et idéalisme. Toutefois, égaré occasionnellement dans les méandres de cette histoire alambiquée, on ne peut s’empêcher de trouver parfois le temps un peu long. Et l’on s’interroge: après toutes ces années d’attente, la barre n’était-elle pas tout simplement placée trop haut et le film voué, un tant soit peu, à décevoir? Terry Gilliam n’aurait-il pas eu meilleur temps d’abandonner son projet, le hissant ainsi au rang d’éternelle légende maudite? Saluons plutôt son courage d’avoir tenu bon face à l’adversité et confronté, à l’instar de son héros, ses chimères à la (dure) réalité…

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