17 septembre 2017

Etes-vous hypersensible?

Des recherches ont dévoilé que la population comporte 20% de personnes hautement réceptives physiquement et émotionnellement à leur milieu. Peu reconnues et valorisées, elles possèdent pourtant des qualités spécifiques, dont une créativité et une empathie hors normes.

(Photo: iStock)
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Depuis la nuit des temps, deux natures humaines cohabitent sur Terre: les personnes hautement sensibles et celles qui ne le sont pas. Vous ne le saviez pas? C’est normal: même si des recherches sur le sujet – dont celles de la psychologue et chercheuse américaine Elaine N. Aron – s’effectuent un peu partout dans le monde actuellement, les articles scientifiques sont généralement publiés en anglais et souvent un peu compliqués à comprendre. Par ailleurs, notre société occidentale, obnubilée par le conformisme, la chasse aux profits et le pouvoir, ne peut concevoir – et encore moins respecter – l’idée qu’il y ait certains individus plus vigilants et attentifs au monde qui les entoure. Pourtant, les études prouvent que 20% de la population mondiale – composés d’autant d’hommes que de femmes – posséderait cette nature propre.

De véritables éponges émotionnelles

L’hypersensibilité se traduit de plusieurs manières. Qu’Else Marie Bruhner, qui a publié l’an passé un livre intitulé Hypersensible. Et alors? (disponible chez exlibris.ch) Un tempérament expliqué, englobe sous le terme des «quatre piliers»: une analyse approfondie des situations, une sensibilité aux subtilités, une grande réceptivité émotionnelle et le risque de se trouver sur-stimulé. «L’aspect fondamental de la haute sensibilité, c’est que, globalement, ainsi que le montrent les images cérébrales (IRM), le cerveau de la personne hypersensible s’active davantage que celui d’une personne qui ne l’est pas. Ainsi, la première réfléchit plus souvent, plus longtemps et plus à fond que la moyenne des gens, explique l’auteure.»

Rien de ce qu’elle voit, entend, goûte, touche ou sent ne passe inaperçu.

«Et elle ajoute ensuite automatiquement diverses réflexions à la perception initiale.»

La personne hautement sensible possédant un seuil de tolérance sensorielle plutôt bas peut par ailleurs rapidement être sur-stimulée par ce qui se passe autour d’elle (foule, fêtes, open spaces, etc.). En outre, véritable éponge émotionnelle, son sens de l’empathie est souvent extrêmement fort, et les énergies et les circonstances aussi bien négatives que positives ont un impact important sur elle. Enfin, très consciente de son environnement, la personne hautement sensible perçoit généralement les changements dans son entourage, note des détails que les non-sensibles ne remarquent pas et possède une très grande faculté d’adaptation.

Une caractéristique génétique

Pour expliquer ces différences radicales entre personnes hautement sensibles et non hautement sensibles, des chercheurs ont découvert que l’hypersensibilité se situe dans les gènes. Et que les personnes qui le sont possèdent un taux de sérotonine plus bas que chez la majorité des gens. Cette différence permettrait d’expliquer les caractéristiques de ce trait de tempérament, comme la perception des subtilités, les réflexions approfondies, la réceptivité aux signaux sociaux et émotionnels, ainsi qu’une certaine vigilance et une volonté d’éviter les risques.

Mais un mystère subsiste: un taux de sérotonine bas provoque souvent des états de dépression et une humeur morose. Or, les personnes hautement sensibles bénéficient généralement d’une meilleure santé mentale, favorisée par l’aptitude à savourer les situations positives, mais aussi d’une meilleure mémoire d’apprentissage et d’une meilleure faculté à prendre la bonne décision, car elles réfléchissent à fond avant d’agir ou de faire un choix difficile.

Face à ces atouts, intéressants dans le privé comme dans les milieux professionnels, comment expliquer que les personnes hautement sensibles soient encore si peu reconnues en tant que telles? «Au XVIIIe siècle, la sensibilité était mise sur un piédestal et on s’attendait à ce que l’individu, homme aussi bien que femme, montre des émotions de toutes sortes quelles que soient les circonstances», remarque Else Marie Bruhner.

Avec l’industrialisation au XIXe, ce sont des valeurs comme la dureté, la froideur, la sévérité et l’avidité qui se sont mises à primer.

Se fondre dans la masse

Ainsi, toute personne hautement sensible – et les hommes d’autant plus – a appris à mettre un masque, bridant sa sensibilité pour tenter de vivre comme la majorité de la population qui ne l’est pas.

Nous sommes dans une société où il est facile de cataloguer quelqu’un de fragile quand il se stresse facilement, de timide quand il ne prend pas immédiatement la parole, ou encore de dépressif quand il pleure souvent, souligne l’auteure.

«Néanmoins, cela peut être très dangereux pour une personne hypersensible, comme pour n’importe qui d’ailleurs, de ne pas respecter sa nature profonde. Ainsi, des enfants hypersensibles qui sont sur-stimulés seront très vite diagnostiqués hyperactifs, alors qu’il suffirait de leur arranger régulièrement de petites plages de calme pour que tout revienne à l’ordre.»

C’est pourquoi Else Marie Bruhner conseille à chacun de réfléchir à sa façon de vivre et, s’il réalise qu’il fait partie des hypersensibles, de mieux s’occuper de sa personne. Tout en prêtant attention à son entourage: les «amis» sont-ils tous bénéfiques? Sa possible relation amoureuse actuelle aussi? «Le fait de réaliser qu’on est hautement sensible peut provoquer bien des bouleversements, et remettre en question certaines relations, avertit Else Marie Bruhner. Mais l’hypersensibilité est un cadeau extraordinaire, dont nous pouvons être fiers!»

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