2 mai 2019

Cap sur le Cap-Vert

Avec ses paysages spectaculaires, ses marchés colorés, son style de vie décontracté et son soleil toute l’année, le Cap-Vert séduit de plus en plus.

Dans le village de pêcheurs de Tarrafal, le temps semble s’être arrêté.
Dans le village de pêcheurs de Tarrafal, le temps semble s’être arrêté.

«Qui te montre ce long chemin?», interroge Cesária Évora dans son célèbre morceau Sodade, dans lequel elle chante avec mélancolie la nostalgie qu’elle éprouve pour son île, São Nicolau. «Si tu m’écris, je t’écrirai, si tu m’oublies, je t’oublierai. Jusqu’au jour où tu me reviendras», poursuit-elle dans ce texte d’une grande profondeur. Le titre est pour ainsi dire l'hymne national de l’île capverdienne, qui ne s’est affranchie qu’en 1975 de la colonisation portugaise.

La plus célèbre citoyenne du Cap-Vert s’est éteinte fin 2011, honorée par deux jours de deuil national. Mais le petit archipel à 1700 kilomètres au sud des Canaries perpétue sa mémoire: l’aéroport international de l’île São Vicente s’appelle désormais Cesária Évora Airport, comme l’illustre la gigantesque statue devant la halle des départs. La pointe nord de l’île de Santiago abrite un village de pêcheurs, Tarrafal, avec un hôtel de ville d’époque, des boutiques coloniales, une plage de sable invitant au farniente, ainsi que quelques hôtels et restaurants.

Leidy Évora, restauratrice et nièce de l’icône nationale Cesária Évora.

Pour déguster un poisson tout droit sorti de l’eau, la meilleure adresse est sans doute le Búzio, ouvert tous les jours de 9 h à minuit. Cet établissement est tenu par Leidy Évora, la nièce de l’artiste disparue et chanteuse elle-même. «La première fois que je suis montée sur les planches, j’avais 17 ans. Mais aujourd’hui, cela ne m’arrive plus que le week-end, car je suis occupée en cuisine.» Sa clientèle apprécie autant ses chansons que ses plats, qu’elle savoure dans une atmosphère agréable. «Ma tante avait la musique dans le sang. Elle ne montait sur scène que pieds nus», se souvient Leidy. Elle chérissait la lenteur de l’existence que l’on menait ici, à 80 minutes de Praia la capitale.

De nombreux chants capverdiens sont empreints de mélancolie. L’histoire de l’archipel y est pour beaucoup: les explorateurs portugais découvrirent ces îles autrefois désertes vers 1460. Quelques années plus tard, la traite d’esclaves sur Santiago faisait la fortune de l’empire portugais, déportant de nombreux Noirs de Guinée-Bissau par-delà l’Atlantique, jusqu’au Brésil. Les périodes de sécheresse étaient récurrentes, la mer amenait pirates, négriers et missionnaires. C’est sur ce terreau qu’est né le blues typique de l’île, qui rythme aujourd’hui le quotidien de ses habitants.

Un paradis à la mémoire douloureuse

L’itinéraire qui mène du bord du cratère près du petit village de Calabaceira jusqu’à la très fertile vallée fluviale de la Ribeira Grande, couverte de cannes à sucre, de manguiers, de papayers et d’arbres à pain, se révèle aussi instructif que spectaculaire. La vallée débouche sur le village de Cidade Velha, au bord de la mer, composé principalement d’anciennes maisons d’esclaves. Ce lieu inscrit au patrimoine culturel mondial de l’Unesco connut un rayonnement international au Moyen Âge, du fait de la traite négrière. Le pilori qui s’élève encore dans le village de pêcheurs rappelle cette triste époque. L’histoire coloniale explique à elle seule l’identité de l’île de Santiago, la plus africaine de l’archipel du Cap-Vert. Elle se révèle par exemple dans les marchés de Municipal et de Sucupira, à Praia, la capitale toute proche. Des femmes en vêtements bariolés portent sur leur tête de grosses caisses de fruits, tandis que des hommes plument des volailles.

Le marché municipal de la capitale Praia offre un souffle d’Afrique.

L’île voisine de Fogo, à une demi-heure de vol de Santiago, offre un impressionnant paysage volcanique. Elle est dominée par le Pico do Fogo qui, avec ses 2800 mètres d’altitude, est le point culminant du Cap-Vert. À São Filipe, village du XVIe siècle à proximité de l’aéroport, le temps semble suspendu. Cette agglomération de 7000 habitants s’étend sur un terrain en pente qui s’arrête net au-dessus de la côte, où le puissant ressac vient frapper une large bande de roche volcanique. Les rues étroites sont pavées, bordées de constructions colorées d’époque coloniale. Des sobrados, maisons de maître emblématiques flanquées de tourelles et de balcons, bordent les places. Quant à l’église d’inspiration baroque, elle rappelle que 90% de la population locale est catholique.

Beauté aride: le paysage volcanique autour de Pico do Fogo.

Non loin de là, sur une place commerciale du XIXe siècle, se trouve le musée Casa da Memória, œuvre de la Romande Monique Widmer. Celle-ci a patiemment rassemblé documents historiques, livres et mobilier dans ce lieu qu’elle ouvre au public du mercredi au vendredi de 10 h à midi. Arrivée au Cap-Vert en 1983 alors qu’elle travaillait pour Caritas, elle possède aujourd’hui la double nationalité. Elle aime le charme de ce quartier historique et les échanges avec les habitants de Fogo, où elle a amis et connaissances.

Attention aux vagues sur la plage noire près de São Filipe sur Fogo!
Un paysage qui se mérite

Le vulcanologue suisse allemand Immanuel Friedländer visita Fogo dès 1912. Il vantait la splendeur de cette île, comme on peut le lire à la Casa da Memória: «J’ai dû effectuer mon voyage vers l’intérieur des terres à dos d’âne ou de mulet. J’ai découvert sur Fogo des paysages fantastiques.» Aujourd’hui, les visiteurs se déplacent en voiture sur les routes accidentées. Mais pour accéder à la caldeira du volcan Pico de Fogo en partant de Mosteiros, il faut gravir les 1400 mètres à pied, le long d’un étroit sentier bordé de plantations de bananes, de papayes, de caféiers et de manguiers. Le chemin est parfois si raide qu’il faut avancer à quatre pattes.

Mais une fois sur la caldeira, les efforts se trouvent récompensés par un panorama volcanique comparable à bien peu d’autres. Il est alors possible de choisir un itinéraire de randonnée. C’est là que Mustafa Lopes Eren et sa femme Marisa, Capverdienne, dirigent la Casa Marisa II, composée de quinze chambres et de cinq bungalows. Lui a découvert l’île en 2007 dans le cadre de son travail pour un organisme d’aide au développement. En 2014, le couple a tout perdu lorsque la lave du volcan a détruit les deux petites pensions qu’il possédait. Depuis cette éruption, il ne reste plus que 700 habitants environ au pied du Pico – la moitié moins qu’auparavant. Ce qui n’empêche pas l’hôtelier de déclarer: «L’interrelation entre les hommes et ce paysage unique fait de cet endroit un lieu d’authenticité, un équilibre de vie parfait. Au-dessus de moi, il n’y a que le ciel.» Même si, à 1700 mètres d’altitude, il n’y a ni électricité ni eau courante. Le précieux liquide est amené par camion.

Impatience socialement mal perçue

Changement de décor: dans la plus grande et la plus belle baie portuaire du pays se situe Mindelo, capitale de l’île aride de São Vicente. La ville est connue pour le dynamisme de sa scène musicale. À Mindelo, la qualité de vie est exceptionnelle. Les habitants sont très détendus et l’impatience est socialement mal perçue. Ici, on vit sans courir. La vieille ville historique abrite une douzaine de lieux comme la Livraria ou le Jazzy Bird, où l’on entend régulièrement des musiques aux accents caribéens et brésiliens.

Santo Antão est la plus verte des îles, ici la vallée fertile du Paúl.

Les amateurs de randonnée emprunteront le ferry pour se rendre sur l’île voisine, Santo Antão, la plus verte de l’archipel. C’est le paradis des amoureux de la nature. Depuis le cirque du Delgadinho, la vue sur les arêtes, les crêtes et les vallées est à couper le souffle. Les randonnées à dos d’âne, le long de la côte escarpée, jusqu’au village de Ponta do Sol ou à travers la vallée de Paúl, avec ses cannes à sucre, ses mangues et ses fruits du dragon, comptent parmi les expériences les plus mémorables que le Cap-Vert a à offrir.

C’est sur cette île pittoresque, loin des foules, que Jacques et Dominique Zürcher, originaires de Montreux (VD), ont réalisé le rêve de leur vie. «Nous avons toujours voulu ouvrir une chambre d’hôtes dans le Sud», raconte Jacques, à la tête du Quinta Cochete inauguré en 2016. Recherchant un endroit qui allie stabilité économique et politique et qui attire les randonneurs, ils découvrent Santo Antão. Dans cette région déserte environnée de formations géologiques étranges, à une demi-heure de Porto Novo, ils ont fondé une oasis de tranquillité. Ils emploient une dizaine de personnes venant des villages avoisinants. Dans le jardin poussent des bananes, des papayes, des figues, des goyaves, des pastèques, des fraises, des patates douces, des choux, des betteraves rouges, des fenouils, des tomates, des haricots beurre et des brocolis. Des vaches et des chèvres, pâturant en bordure de la propriété, fournissent le lait qui sert à fabriquer le fromage.

Le couple envisage de terminer sa vie sur Santo Antão. «Nous poursuivons ce projet pour les personnes qui vivent sur cette île, et pour nous.» Et la joie que lui procure cette idée se lit sur son visage.

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