27 février 2017

Marc Cikes: «Nous pouvons infléchir la hausse des coûts de la santé»

CEO de Medbase Romandie, Marc Cikes évoque des pistes pour réduire le nombre d’actes médicaux inutiles. Et propose des solutions pour faire baisser les primes d’assurance-maladie.

Entretien avec Marc Cikes, CEO de Medbase Romandie
Marc Cikes: «Les soins intégrés permettent d’éviter les actes redondants.»

Numéro un de la médecine ambulatoire en Suisse, Medbase va ouvrir son premier centre de soins de Suisse romande à Genève en mars. Un deuxième pôle ouvrira en 2018 à la gare de Lausanne, puis fin 2020, un troisième à Lancy-Pont-Rouge, sur la ligne du Ceva, dans le canton de Genève, verra la jour. A terme, cinq à huit centres Medbase sont prévus dans les plus grandes villes romandes.

Marc Cikes, Medbase ouvre un centre de soins médicaux à Genève. Ne craignez-vous pas une suroffre?

Nous n’ajoutons pas une offre supplémentaire à celle existante mais cherchons à structurer l’offre existante. Les médecins qui vont travailler pour nous exercent déjà depuis longtemps à Genève. Il ne s’agit donc pas de nouveaux venus.

Etait-il difficile de les convaincre de venir chez vous?

Cela est de plus en plus facile. Travailler dans un centre de soins représente de nombreux avantages. Tout l’aspect administratif, les ressources humaines sont pris en charge par Medbase. Les médecins ont ainsi davantage de temps pour se consacrer au cœur du métier: soigner. Par ailleurs, de plus en plus de médecins âgés voient qu’il est difficile de remettre leur cabinet. En venant chez Medbase, ils savent qu’à l’âge de la retraite, ils ne devront pas se soucier de trouver un repreneur. Nous nous chargeons de cette tâche. Et pour les plus jeunes, il est attrayant d’intégrer un centre de soins. Ils ne doivent pas s’endetter pour acheter un cabinet.

Le recrutement pour Genève n’est pas encore clos. Allez-vous dénicher des médecins bon marché étrangers?

Non, cela n’est pas possible. Genève et Vaud ont mis en place une clause du besoin pour contrer l’ouverture non maîtrisée de cabinets. Pour exercer dans ces deux cantons, un médecin doit pouvoir attester d’une formation postgrade de trois ans en Suisse. Celle-ci se déroule le plus souvent en hôpital.

Le centre de soins genevois fonctionnera-t-il comme une permanence?

Pas exactement, car nous ne serons pas ouvert 24 h sur 24. Par contre, en nous installant dans une gare, nous visons aussi une population nomade. C’est pourquoi nous accueillerons des urgences et des consultations sans rendez-vous. Cela dit, nous ne remplacerons pas les hôpitaux et ne nous occuperons pas des urgences graves.

Les centres de soins sont très populaires en Suisse alémanique, mais peu encore connus en Suisse romande. Pourquoi?

Il est vrai que les Latins, qu’ils soient médecins ou patients, tiennent à leur indépendance, mais cela est en train de changer, et ces centres sont de mieux en mieux acceptés. Ne serait-ce que par le fait que les soins intégrés permettent d’éviter les actes redondants.

C’est-à-dire?

Différentes études montrent qu’environ un quart des soins dispensés n’apporteraient en effet pas de plus-value au patient en raison notamment d’une coordination insuffisante entre les soignants. Les avis divergent quant à l’ampleur du phénomène, mais s’accordent quant à son influence sur les coûts de la santé.

C’est donc la voie à suivre pour diminuer les coûts de la santé?

Soyons clairs. L’augmentation des coûts est due avant tout au vieillissement de la population et à l’essor des maladies chroniques qui en découle. Par contre, à notre niveau, nous pouvons infléchir leur hausse.

Concrètement, comment est-ce possible?

Tout d’abord en intégrant davantage les différents acteurs de la prise en charge du patient. Les centres Medbase ont pour vocation de participer à cette dynamique à travers des partenariats à l’échelle nationale et régionale. En tant que partenaires du réseau Delta, nous donnons à nos médecins le libre choix de l’intégrer ou non. Cela permet à leurs patients de bénéficier de rabais de prime pouvant aller jusqu’à 20% selon les régions, ainsi que d’autres avantages.

Lesquels?

Le réseau Delta mise sur la prévention et propose par exemple des cours – à prix réduits – de rythmique pour les seniors afin de diminuer les chutes à domicile, ou de cuisine pour aider à lutter contre l’obésité. Ces prestations ne sont pas couvertes par la LAMal mais prises en charge par le réseau. Ces programmes s’appuieront aussi sur les centres Medbase.

Comment voyez-vous l’avenir des soins?

L’une des solutions préconisées par le Conseil fédéral consisterait à miser davantage sur l’interprofessionnalité. Il s’agirait de déléguer à des soignants non-médecins une partie des soins courants de moindre gravité. L’avantage est double: les médecins auraient plus de temps pour les cas graves. Et les infirmières ou pharmaciens verraient leur travail revalorisé. C’est une piste à creuser.