25 décembre 2018

Exploratrice de cheminées

Fanny Götz, 22 ans, est ramoneuse. Un métier aussi méconnu que diversifié, pour lequel elle doit plonger dans les entrailles de certaines chaudières et connaître aussi bien les cuisinières à bois que les appareils de chauffage les plus récents.

Fanny Götz
Fanny Götz a dû se battre pour devenir ramoneuse, mais le jeu en valait la chandelle, puisqu’elle adore aujourd’hui son métier. (Photos: Guillaume Megevand)

On guette une trace de suie sur sa joue, ou alors un cercle noir autour des ongles. En vain. Elle sourit avec malice: «On prend toujours une douche avant de revenir à la maison. Vous imaginez, si je prenais ma voiture en ayant encore mes habits de travail? Ce serait la catastrophe!» Fanny Götz, 22 ans, grands yeux gris derrière ses lunettes et cheveux châtains sagement attachés en queue de cheval, exerce une profession peu répandue: elle est ramoneuse. Un métier auquel l’avait déjà prédestinée un ami de son père, qu’ils voyaient souvent lorsqu’elle était enfant. «J’avais alors 10 ou 12 ans, et il me parlait toujours de son travail en me disant que je le remplacerais quand il serait à la retraite. Moi, ça rentrait par une oreille et ça sortait par l’autre. Mais ça m’avait frappée de voir qu’il en parlait avec des étoiles dans les yeux, comme si c’était le plus beau métier du monde.»

Un vrai parcours du combattant

À l’arrivée au collège, elle repense à ce qu’il lui a dit et s’informe de la formation à suivre. L’orientatrice scolaire lui affirme qu’elle ne peut pas faire cet apprentissage en étant en VSO (voie secondaire à option) et lui conseille de devenir employée de commerce. Apprenant par la suite qu’il faut décrocher le papier de voie prégymnasiale pour pouvoir postuler, la jeune femme effectue un raccordement – pour s’entendre dire que la profession ne prend plus les femmes. «On dit toujours aux jeunes qu’il faut choisir un métier pour la vie. Mais cela met une pression terrible! Cela aiderait beaucoup si on nous expliquait qu’il y a en fait plein de possibilités de travail, et plein de passerelles pour aboutir au métier qu’on désire exercer.» Pour sa part, découragée, elle commence le gymnase à contre-cœur et rate sa première année. «Ça a été les mois les plus longs de ma vie.» Elle décide alors de tenter sa chance et de postuler auprès de tous les ramoneurs situés près de chez elle. «C’était souvent de petites entreprises, dont le seul poste était déjà pourvu. Et étant donné que nous devons nous nettoyer à la fin du travail, le patron doit mettre à disposition un vestiaire et une douche. Mais souvent, c’est compliqué et cela peut prendre du temps de construire des structures séparées pour les femmes et les hommes.»

J’habitais alors Mies, et au début, ça a été très dur: je devais me lever à 4 h 30, pour pouvoir arriver au travail à 6 h 30

Fanny Götz

Un métier à mille facettes

C’est finalement à Lonay, chez Boris Gaudard, que Fanny Götz trouve son bonheur. Elle signe son contrat début juillet 2015, «avec beaucoup de soulagement». «J’habitais alors Mies, et au début, ça a été très dur: je devais me lever à 4 h 30, pour pouvoir arriver au travail à 6 h 30. Et comme j’étais très timide, c’était difficile pour moi d’arriver chez des gens que je ne connaissais pas.» Mais elle s’accroche, et apprend peu à peu les ficelles du métier. «Ce qui est compliqué, c’est qu’il faut connaître aussi bien les anciennes installations que les nouvelles. On peut donc se retrouver à faire le grand écart, en s’occupant d’une cuisinière à bois, puis d’une chaudière actuelle, tout petite et avec plein de câbles électriques à débrancher.» 

Elle a empoché son CFC en juin dernier: «J’attends un peu de savoir ce que je vais faire par la suite. De toute manière, étant donné que chaque commune choisit son maître ramoneur et que celui-ci a le monopole, il faut attendre qu’il arrête pour qu’un autre puisse alors reprendre son poste.»

Durant ces premières années de ramonage, a-t-elle eu quelques surprises? «Oui, quand on doit entrer entièrement dans certains modèles de chaudières pour les nettoyer. La première fois qu’un collègue m’a dit de m’y glisser, j’ai cru qu’il me faisait une blague! Il ne faut pas être trop gros, car la porte est toute petite. Et même s’il y a toujours un ventilateur en marche pour qu’il y ait du tirage, il y fait très chaud, ce qui fait qu’on se déshydrate très vite. On porte alors une combinaison blanche et un masque intégral, et il faut parler très fort pour se faire entendre. On doit toujours travailler à deux sur ce type de modèle, afin que l’un reste à l’extérieur pour assurer la protection de l’autre.»

C’est un métier super. C’est moi qui organise mes journées et qui gère tout: outils, véhicule, clients, planning

Fanny Götz

Même pas peur

Mais ce genre de labeur n’impressionne absolument pas la jeune femme, pas plus que le fait qu’il est indispensable de se protéger systématiquement avec soin, sous peine de brûlures provoquées par le soufre contenu dans la suie. «C’est un métier super, s’enthousiasme-t-elle au contraire. C’est moi qui organise mes journées et qui gère tout: outils, véhicule, clients, planning. Et puis, les horaires sont géniaux. C’est vrai, on commence tôt, car on voit le premier client vers 7 h 30. Mais je termine à 16 heures et, comme mon copain est aussi ramoneur, on a le temps de faire plein de trucs après!»

Elle met d’ailleurs fièrement sa passion en vitrine, sous forme d’une impressionnante collection d’objets liés à son métier: pin’s, foulards, peluches, pièces pour chariot à commissions… «On a récolté tout ça lors du rassemblement mondial des ramoneurs, à Santa Maria Maggiore, en Italie. Chacun vient avec des objets, et on les échange, c’est vraiment sympa. Saviez-vous que les ramoneurs de chaque pays ont un foulard d’une couleur spécifique? Nous, c’est le rouge… que de nos jours on ne porte plus pour travailler, pas plus que le haut-de-forme!»

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