12 mars 2012

Faut-il avoir peur des mycoses des ongles?

Répugnants et difficiles à soigner, les ongles malades ne sont pas toujours le fait d’une mycose. Une analyse en laboratoire s’impose avant de commencer un traitement, car il n’est pas sans risques.

Dessin de pied  avec champignons et fougères
Michel Monod, biologiste en dermatologie: " Les champignons touchent plus souvent les pieds que les mains"
Temps de lecture 4 minutes

C’est la honte. On ose à peine en parler à son médecin. Voilà comment sont généralement vues les mycoses des ongles des pieds – onychomycoses en langage médical. Pourtant, depuis quelques années, le sujet prend de l’importance dans les médias, des spots TV montrant des pieds dégoûtants, mais pas bien vieux, à internet où même des jeunes gens s’échangent des recettes maison, du probable badigeon d’huile essentielle d’arbre à thé, également vanté par les médecines naturelles, au plus improbable bain de pied à la javel... Une invasion est-elle à craindre?

En fait, aucune augmentation de cas n’est constatée, estime Michel Monod, biologiste et professeur au service de dermatologie du CHUV. D’après la dermatologue Florence Baudraz-Rosselet, la proportion de la population touchée varie entre 3 et 15%, selon les études, avec une moyenne d’âge de 40 à 50 ans.

Mais c’est plutôt le fait d’un matraquage des entreprises pharmaceutiques parce que les mycoses des ongles représentent un marché énorme: beaucoup de nouveaux médicaments ont fait leur apparition ces dernières années, du stylo-verni à appliquer sur l’ongle jusqu’aux comprimés. La plupart des sites internet qui parlent de mycoses sont d’ailleurs liés à des sociétés vendant des produits dermatologiques.

Eviter les chaussures imperméables

Les gens se préoccupent aussi davantage de l’esthétique. «Si on commence à se regarder les orteils de près, on finit toujours par trouver quelque chose. Mais 50-60% des ongles moches et malades n’ont rien à voir avec des mycoses», prévient Florence Baudraz-Rosselet. Le plus souvent, il s’agit de microtraumatismes répétés dus aux frottements dans les chaussures, particulièrement chez les sportifs, les personnes portant des chaussures mal adaptées. Les bottes en caoutchouc ou les souliers de protection imperméables favorisent la macération et facilitent aussi la mycose.

Les ongles peuvent être atteints par le psoriasis, l’eczéma ou d’autres maladies dermatologiques ou par des troubles circulatoires. Mycose ou pas: on ne peut pas le savoir cliniquement. Un prélèvement suivi d’une analyse en laboratoire s’impose, insiste Michel Monod. Mais attention à ne pas se badigeonner les pieds d’antifongiques durant les semaines qui précèdent: ces produits faussent le résultat.

Car si c’est une mycose, c’est le fait d’un champignon qui se loge dans le lit de l’ongle. Celui-ci prend une coloration jaune, blanchâtre ou noire, s’effrite ou s’épaissit. L’affection touche plus souvent les ongles des pieds que des mains, car l’atmosphère y est plus chaude et humide. Plusieurs sortes de champignons jouent les fauteurs de trouble; le principal s’appelle dermatophyte. On en trouve partout. Dans l’eau de mer aussi, au bord des piscines, sur les tapis de bain, dans les pédiluves. Résistant et coriace, il peut survivre des mois dans les linges de bain, les chaussettes ou sur les sols.

Le traitement local moins efficace que les antibiotiques

La confirmation du diagnostic est importante, car le traitement, qui ne vient pas à bout de toutes les mycoses, est lourd: long – parfois de six mois à un an, soit le temps nécessaire à une repousse complète d’un ongle de pied –, coûteux et non dénué d’effets secondaires importants dus aux antifongiques à prendre par voie orale. Le traitement local s’avère quant à lui rarement efficace d’après un article des deux spécialistes paru dans La Revue médicale.

Lueur d’espoir tout de même: Michel Monod et son équipe ont mis au point une méthode pour identifier les différents champignons. Ils ont expérimenté au CHUV un traitement qui semble prometteur pour éradiquer les champignons jusqu’ici insensibles aux traitements standards.

Illustration: Oreste Vinciguerra

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