3 janvier 2019

Féline des stades

La sprinteuse bernoise Mujinga Kambundji est l’une des meilleures athlètes suisses de sa génération. Avec plusieurs records à son actif, elle cumule les médailles malgré une année 2018 difficile.

Mujinga Kambundji en train de s'élancer dans une course
Mujinga Kambundji est la 5e meilleure performeuse européenne de l’histoire sur 60 m grâce à son record de 7’03’’ lors du championnat de Macolin (BE), début 2018 (photo: Guillaume Mégevand).

«La course, c’est vraiment une passion», lance la sprinteuse de 26 ans lorsque nous la rencontrons au café du stade de Berne. Une passion qui commence autour de ses 7 ans et qui l’emmène rapidement jusqu’aux plus hautes marches du podium.

Sacrée plusieurs fois championne suisse sur 100 et 200 mètres entre 2009 et 2014, Mujinga Kambundji bat, en prime, quelques records nationaux.

«Quand je cours, je ne pense plus, je me vide la tête. C’est très instinctif.

Pendant un laps de temps, je ne fais que courir, je suis très concentrée. C’est fatigant physiquement et émotionnellement, mais j’adore ça.

Mujinga Kambundji

Un succès au-delà des frontières

L’athlète fait aussi sensation en réalisant, cette saison, la cinquième meilleure performance européenne de tous les temps sur 60 mètres ou encore en montant sur la troisième marche du podium aux championnats du monde en salle, toujours sur 60 mètres. «Cette médaille de bronze à Birmingham est celle dont je suis la plus fière.

J’ai vécu beaucoup de chamboulements ces derniers temps, notamment en changeant de coach. C’était une période difficile où j’étais seule et où j’ai dû prendre des risques.

Mujinga Kambundji

Malgré cela, j’ai réussi à faire un bon chrono. Je suis contente.»

La victoire n’a néanmoins pas toujours été au rendez-vous cette année. «J’ai fini plusieurs fois au pied du podium, c’était dur, car je n’avais jamais connu une telle situation. J’avais trois opportunités de gagner des médailles aux championnats d’Europe de Berlin, mais je n’y suis pas arrivée, c’était frustrant. J’étais dans un bon état d’esprit, mais j’ai l’impression qu’un tout petit truc manquait, un 0,1% en moins. Le reste, c’est vraiment une histoire de chance.» Mais ces défaites n’entachent pas le moral de la pétillante Bernoise qui s’entraîne en ce moment pour les championnats 2019.

En vidéo ci-dessous, le record suisse du 100 mètres battu par Mujinga Kambundji en 10 secondes 95 lors du championnat de Zofingue en été 2018:

Questionnaire de Proust

Mujinga Kambundji, quelle est votre humeur actuelle?

Je suis relaxe. Je suis toujours comme ça; il m’en faut beaucoup pour que je m’énerve ou que je me stresse.

Quel est le lieu où vous vous sentez le mieux?

Le lieu m’est égal, ça peut être sur le canapé de mes parents ou dans la ferme de ma grand-mère. Ce qui compte, c’est que je sois en compagnie de personnes avec qui je me sente bien.

Avez-vous un rituel particulier avant une compétition?

Pas de rituel à proprement dit mais j’aime m’apprêter avant une course. Maquillage, coiffure, ongles, tenue, j’aime que tout soit parfait. Et je me prépare, toujours sur fond musical.

De quelle musique s’agit-il?

C’est toujours de la musique très rythmée, comme de la musique africaine nouvelle.

Qu’est-ce que les défaites apprennent que les victoires ne peuvent pas?

Que l’athlétisme n’est pas tout dans la vie. Face à une grande défaite, je relativise en me rappelant que ce n’est que du sport. C’est important de pouvoir prendre parfois de la distance puisque toute ma vie tourne autour de l’athlétisme. Je crois que les défaites motivent peut-être encore plus, ou en tout cas différemment, que les victoires. Personnellement, j’ai souvent changé quelque chose ou pris un risque après une défaite.

Quelle est la personne que vous admirez le plus dans la vie?

Mes parents, car c’est grâce à eux que j’en suis arrivée là. Ils nous soutiennent beaucoup mes trois sœurs et moi, mais sans jamais nous mettre la pression.

Quel est votre modèle sportif?

Roger Federer. Il m’impressionne par sa longévité, son image parfaite et la sympathie qu’on a pour lui. De l’extérieur en tout cas, on se dit qu’il a vraiment fait tout juste. Je crois qu’il n’y a pas beaucoup de sportifs qui ont un tel parcours. Je l’admire.

Quelle est la qualité que vous préférez chez les gens?

L’honnêteté et le respect. On ne doit pas toujours s’aimer mais on doit toujours se respecter surtout quand on doit travailler ensemble.

Qu’est-ce qui vous met en colère?

L’injustice m’énerve.

Quel est votre «credo» dans la vie?

Il y a toujours des solutions, toujours un chemin. Peu de choses dans la vie sont définitives.

Êtes-vous plutôt lève-tard ou lève tôt?

Lève-tard! Mais avec l’entraînement, je suis matinale, je n’ai pas le choix. J’essaie d’y être pour 9 h.

Si vous n’aviez pas été sportive, qu’auriez-vous fait?

Je viens de deux cultures: ma mère est suisse et mon père congolais, cela m’a donné une vraie ouverture d’esprit. Quand je voyage, je peux facilement comprendre les autres. Je pense que j’aurais aimé faire quelque chose en lien avec le voyage.

Qu’est-ce qu’il y a sur votre fond d’écran?

Depuis peu, une photo de moi avec mon père lors du championnat suisse 2018 où j’ai battu le record en 10 secondes 95. Normalement, je n’ai rien de personnel affiché sur mon téléphone, je ne suis pas très «écran».

Si vous étiez un animal, lequel seriez-vous?

Un félin, sans aucun doute. Quelqu’un a dit que les sprinteurs étaient comme des félins: ils courent vite quand ils en ont besoin et le reste du temps, ils sont couchés au soleil. Ça me ressemble bien. Je suis très concentrée durant l’entraînement et la compétition, mais en dehors de cela, je me laisse vivre et j’adore le soleil.

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