5 mai 2018

«Nous avons besoin de partenaires solides»

Christoph Bill, président de la Swiss Music Promoters Association, évoque l’avenir des manifestations open air en Suisse.

Temps de lecture 4 minutes

Christoph Bill, est-il vrai que la Suisse est le pays ayant la plus forte densité de festivals au monde?

Nous en sommes persuadés, même si nous ne pouvons pas le prouver au moyen de chiffres. Il suffit cependant de regarder le nombre d’événements de toutes tailles organisés ici pour s’en convaincre.

Qu’est-ce qui fait l’attrait de ce type de manifestations?

Elles permettent à la fois d’assister à des concerts, de manger et de partager de bons moments entre amis. Pour les amateurs de musique, il s’agit en outre d’une formidable occasion de découvrir de nouveaux talents. En ce qui me concerne, ce sont surtout les prestations d’artistes méconnus qui me donnent la chair de poule, plus que celles des stars.

Il n’est pas rare aujourd’hui que des stars, justement, se produisent dans plusieurs festivals de Suisse. En quoi ces derniers peuvent-ils encore se différencier les uns des autres?

La grande majorité de ces manifestations sont d’envergure régionale. Même si certaines sont connues à l’échelle nationale, 80% des visiteurs viennent en fait des environs. Le fait que certains artistes fassent la tournée des festivals n’a donc à mon avis pas une grande influence sur la fréquentation. Ce qui est plus problématique pour moi en tant qu’organisateur, c’est que…

… lorsque nous nous disputons la venue de tel ou tel artiste, les cachets versés peuvent alors s’envoler.

Christoph Bill

Les organisateurs de festivals travaillent-ils parfois ensemble ou est-ce plutôt une lutte sans merci pour attirer les meilleurs?

Il ne s’agit quand même pas d’une lutte sans merci, mais chacun veut se positionner de manière optimale. Ces dernières années, les relations au sein de la branche se sont détendues. Cela vient aussi du fait que l’on dispose aujourd’hui de plus de possibilités qu’à l’époque où il n’y avait qu’une ou deux agences sur le marché. Nous ne pouvons toutefois pas parler avec tout le monde.

La Suisse est-elle attractive pour les musiciens?

Ils savent par exemple que tout est bien organisé et que la qualité des infrastructures, de l’hébergement et de la restauration est très élevée, ce qui n’est pas le cas partout. Cependant, nous ne sommes pas ceux qui rémunèrent le mieux les artistes: certains festivals étrangers de grande envergure dépensent des sommes supérieures.

Le rappeur américain Eminem se produira cette année à Frauenfeld. Combien faut-il payer pour le recruter?

Je ne peux pas vous donner de chiffres, car les contrats signés incluent souvent des clauses de confidentialité. Mais même dans le cas d’Eminem, les coûts de production, soit la technique, le staff, les frais de déplacement, etc., représentent probablement la moitié du cachet.

Les festivals permettent de voir ses chanteurs préférés et de découvrir d’autres artistes dans une ambiance décontractée (photo: Keystone/Pascal Mora).

De nombreux festivals affichent complet. Doit-on en déduire que les affaires marchent bien pour eux?

Notre branche connaît un boom depuis quelques années, mais elle ne pourra pas progresser éternellement. Les marges sont en baisse, tandis que le coût des infrastructures et de la sécurité ainsi que les cachets des artistes sont en hausse, et que les prix des entrées restent plus ou moins les mêmes. Nous avons de plus en plus de difficultés à rentrer dans nos frais.

Quelle est l’importance de sponsors tels que Migros?

Les festivals ont dans l’ensemble besoin de partenaires solides. Les contributions des sponsors représentent en effet entre 10 et 20% des recettes. Rares sont ceux qui peuvent se permettre d’augmenter les prix pour compenser l’absence d’un tel soutien.

En quoi est-ce intéressant pour Migros de sponsoriser ces événements?

Étant donné que, dans la plupart des cas, Migros est le «Presenting Partner» de la manifestation, elle est le seul sponsor cité. Le détaillant peut en outre vendre des entrées à prix réduit et il est présent sur le site par le biais de stands d’alimentation, d’attractions et de vente.

Quel est votre meilleur souvenir dans le cadre d’un festival?

Il y en a tellement! Je n’oublierai jamais le concert donné par Beverly Knight, une chanteuse soul et R&B britannique, à l’Heitere Open Air 2005. Le public était si enthousiaste qu’elle a fondu en larmes sur scène. Je suis persuadé que la plupart des spectateurs viennent pour vivre de telles émotions, pour voir des groupes qu’ils aiment, mais aussi pour découvrir des artistes qu’ils n’ont habituellement pas le temps ou l’occasion d’écouter. Les festivals constituent des tremplins essentiels pour les artistes encore peu connus.

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