21 mars 2018

Une filature de laine unique en Suisse romande

Une filature flambant neuve a ouvert ses portes à Cernier (NE). Un événement dans la branche de la laine, économiquement dévastée.

filature de laine
Coraline Sandoz estime que sa filature a un gros potentiel de développement. (Photos: Guillaume Perret/Lundi13)
Temps de lecture 4 minutes

Comme aurait pu le dire le regretté humoriste Fernand Raynaud dans l’un de ses sketchs: «La laine, ça eut payé, mais ça ne paie plus!» Et depuis belle lurette, depuis que le marché européen a été envahi par des pelotes venues tout droit de Nouvelle- Zélande et d’Australie.

Du coup, le cours de cette matière première s’est effondré et avec lui toute la filière de la laine en Suisse. Aujourd’hui, près d’un tiers de la production part en fumée, les éleveurs préférant brûler les toisons plutôt que de les vendre à vil prix (entre 35 centimes et 1 fr. 20 le kilo brut, alors qu’elles valaient 7 à 8 francs le kilo dans les années 1980). Et les usines de transformation du pays ont presque toutes fermé leurs portes. Quant à celles qui sont encore en activité, elles deviennent – faute d’investissements – gentiment obsolètes.

C’est donc un événement que de voir naître – c’était en automne dernier sur le site d’ Evologia à Cernier (NE) – une nouvelle filature (unique en Suisse romande) dans ce paysage économiquement dévasté. «Financée par le Parc régional Chasseral et le Service neuchâtelois de l’agriculture, une étude de faisabilité réalisée par l’Université du Tessin a montré que notre projet n’avait rien d’utopique et qu’il avait même un gros potentiel de développement», relève Coraline Sandoz, tisserande et présidente de Laines d’ici, association à but non lucratif à la base de cette entreprise.

Cet argument a su convaincre l’Office fédéral de l’agriculture (subside de 300 000 francs), une banque (prêt de 200 000 francs) ainsi que la Loterie romande (soutien de 60 000 francs). Grâce à ce montage financier, Laines d’ici a pu s’offrir le matériel nécessaire à la transformation – de la toison à l’écheveau – de cette matière première renouvelable, locale et délaissée. «Tout l’équipement vient du Canada, de la seule usine au monde qui fabrique encore de petites structures de production», précise notre interlocutrice.

Il faut compter quatre jours de travail pour réaliser toutes les opérations de filature.

Une production en hausse

À l’intérieur de l’ancien pressoir de l’École cantonale d’agriculture, où sont sagement alignées quatorze machines d’un bleu flamboyant, une légère odeur de suint a remplacé le parfum des pommes et des poires. Quatre femmes salariées (pour un taux d’activité total de 140%) sont aux commandes de ce parc et supervisent les opérations de filature: tri, lavage, séchage, cardage, étirage filage, bobinage… «Quatre jours de travail sont nécessaires pour réaliser toutes ces étapes, pour passer de la laine brute à la pelote.»

Quatre jours de travail sont nécessaires pour réaliser toutes ces étapes, pour passer de la laine brute à la pelote.

Coraline Sandoz

Jusqu’alors, en s’appuyant sur une structure très artisanale et en sous-­traitant le lavage en Suisse alémanique, ce centre valorisait l’équivalent de 100 kg de laine transformée par année. Avec son installation moderne, elle table sur une production de 500 kg dans un premier temps, puis de 1200 kg à terme (service de travail à façon non compris). «Évidemment, à la fin de la chaîne, il faut que la laine soit vendue. Notre boutique ne suffira plus. Il faudra trouver des filières de distribution et développer un site en ligne pour espérer tout écouler. Il y a un gros effort à faire en la matière.»

Des clients prêts à payer davantage

D’autant que les pelotes made in Cernier coûtent deux à trois fois plus cher que celles de la concurrence qui viennent du bout du monde et sont aujourd’hui transformées majoritairement en Chine. «Il y a une prise de conscience des consommateurs. Je crois qu’ils sont prêts à payer davantage pour des produits d’ici, qui s’inscrivent dans un développement durable et dont on peut garantir la traçabilité», conclut avec optimisme et conviction Coraline Sandoz. 

De la laine brute à la pelote: on retrouve les produits finis dans la boutique de l’association.

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