25 juin 2018

À la découverte de la poésie d'un marais millénaire

La tourbière de la Mosse d’en-Bas dans le canton de Fribourg plonge le visiteur dans son univers humide et foisonnant. Et invite à la contemplation.

La Mosse d'en-Bas
Des découvertes singulières attendent le visiteur de la Mosse d'en-Bas. Photos: Laurent de Senarclens

La balade du jour a beau afficher moins de deux kilomètres au compteur, les richesses naturelles qu’elle recèle valent largement la peine de s’y attarder. Ne serait-ce que pour observer les abeilles butiner, entendre les grenouilles coasser et essayer d’identifier les multiples espèces végétales qui foisonnent dans cet environnement si particulier .

Une substance duveteuse s'est développée autour des branches.


Nous nous trouvons dans la tourbière de la Mosse d’en-Bas , sise à quelques encablures du Crêt-près-Semsales, non loin de Grattavache, dans la campagne fribourgeoise. Longtemps exploitée par l’homme pour son or brun – la tourbe était notamment utilisée comme combustible et fertilisant – elle abrite aujourd’hui un sentier didactique qui permet au visiteur d’en apprendre davantage sur la formation de ces marais millénaires et sur leurs spécificités. Car dans un milieu gorgé d’eau et pauvre en nutriments, Dame Nature a dû apprendre à composer.

De majestueux épicéas

Mais chaque chose en son temps. La balade débute à l’orée du bois de Ban: avant d’atteindre la tourbière à proprement parler, on longe une futaie de majestueux épicéas. Et l’on admire au passage la dextérité d’un sculpteur sur bois qui s’est amusé à peupler les lieux d’animaux immobiles. Sangliers, écureuils, aigles et chouettes nous accompagneront tout au long de notre promenade.

Des animaux en bois sculpté accompagnent le visiteur.


Bientôt, nous parvenons à un croisement. Alors qu’un autre sentier didactique, baptisé « À tire d’ailes », invite les marcheurs à s’engager plus avant dans la forêt et à explorer l’univers des oiseaux, nous nous engageons pour notre part dans une clairière qui nous mène à la Mosse d’en-Bas et pénétrons enfin dans la tourbière. Petit à petit, la végétation change de visage: nous commençons à apercevoir quelques bouleaux, l’une des essences dominantes en milieu humide, et nous accédons finalement à une passerelle se prolongeant sur une bonne partie du parcours et grâce à laquelle nos pieds resteront bien au sec.

Une clairière nous mène à la Mosse d’en-Bas et nous pénétrons enfin dans la tourbière.


Rapidement, nous arrivons à un dégagement. L’occasion peut-être de repérer l’une des espèces végétales propres aux marais dont parlent les panneaux d’information judicieusement placés ici.

Les coléoptères volent de fleur en fleur dans la forêt.

Si quelques plantes ressemblent à s’y méprendre à la laîche à long rhizome, décrite comme relique glaciaire puisqu’elle a su profiter du climat frais de cet environnement spécifique, impossible en revanche d’apercevoir les fameuses sphaignes, cette mousse jouant un rôle primordial dans la formation des tourbières: il est trop tôt dans l’année, leur floraison n’a pas encore commencé.

A la rencontre de délicats myosotis

Mais qu’à cela ne tienne: nous nous intéressons de plus près à ces petites fleurs blanches pour l’heure non identifiées, que semblent particulièrement apprécier les abeilles, mais aussi les fourmis et les araignées. Curieux, nous nous connectons à l’application PlantNet et nous apprenons qu’il s’agit de ronces bleuâtres, aux fruits acidulés. Plus loin, ce sont des comarets des marais qui attirent notre attention: leur couleur pourpre contraste avec le vert des roseaux, sur lequel perlent quelques gouttes de pluie.

Fleurs typiques des marais, les comarets s'épanouissent à l'ombre des roseaux.

Nous nous attardons également devant une substance cotonneuse qui s’est formée – à cause de l’humidité? – autour des chatons d’un saule marsault. Enfin, nous nous extasions devant le bleu éclatant de délicats myosotis. Bref, la Mosse d’en-Bas invite à la contemplation.

Et la faune, dans tout ça? Hormis les insectes, nous ne croisons pas beaucoup d’animaux. Même si le chant des oiseaux berce notre promenade, nous n’apercevons qu’une grive discrète, juchée sur un tas de branchages, et reconnaissons, peu après, le cri d’une buse. De nombreux arbres attestent également de la présence de piverts. Par moments, le coassement des grenouilles se fait presque assourdissant.

On les entend plus qu'on ne les voit. Les grenouilles font de rares apparitions.


Malheureusement, leur étang est caché par de hautes herbes et nous n’en apercevrons au final qu'une seule, égarée sur un nénuphar. Quant aux mammifères, leur seule trace tangible prend la forme d’un terrier de blaireau. Nous parvenons ensuite à une tour d’observation qui permet non seulement d’admirer la tourbière sous un autre angle, mais qui symbolise également, du haut de ses 4 mètres, quatre mille ans d’accumulation de sphaignes, à raison d’un millimètre par an.

L'humidité est telle que d'immenses champignons poussent sur les arbres.

Des objets archéologiques – lames de hache de l’âge de bronze, fragment de tuile plate de l’époque romaine, clé en fer du Moyen Âge – balisent cette échelle. Un panneau didactique rappelle par ailleurs que la tourbière du Crêt est née… il y a plus de 10 000 ans, avec le retrait du dernier glacier.

Conscients de la fugacité de notre propre vie, nous arrivons au terme de la balade et profitons des rayons du soleil, jusqu’alors plutôt rares, pour pique-niquer en contemplant une dernière fois les trésors qui s’étalent sous nos yeux.

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