27 février 2020

Increvables superstitions

Entre chat noir et vendredi 13, horoscopes et phobies, les croyances irrationnelles ne se sont jamais si  bien portées. Florilège.

Etre superstitieux est l’un des péchés mignons les plus partagés du monde
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Superstitieux, qui ne l’est pas au moins un peu? Certains lisent frénétiquement leur horoscope quotidien, d’autres refusent de croire aux coïncidences, d’autres encore perpétuent les petits ­rituels personnels avant une épreuve, etc. «Les travaux scientifiques suggèrent que chez un sujet normal, le phénomène superstitieux ne dépend pas de la personnalité.» C’est Emmanuèle Gardair, maître de conférences  en psychologie sociale et coauteure de La super­stition aujourd’hui (Éd. De Boeck, en vente sur www. exlibris.ch), qui le dit.

Davantage que la propension au pessimisme, à l’inquiétude permanente ou le sentiment que les événements ne dépendent que de facteurs extérieurs, ce seraient plutôt les événements anxiogènes comme les crises économiques ou les guerres qui favoriseraient la propension aux croyances irrationnelles. Ce qui est sûr, c’est que hier comme aujourd’hui, ici ou ailleurs, être superstitieux est l’un des péchés mignons les plus partagés du monde, allant bien au-delà de la phobie des chats noirs ou des vendredis 13 ou le réflexe de toucher du bois. Petit catalogue même pas exhaustif.

Maudit magnum

Rien de plus superstitieux qu’un marin. Le magnum
de champagne lancé contre la coque du Costa Concordia lors de son baptême ne s’est pas brisé: comment s’étonner dès lors que ce navire de croisière ait lamentablement, mais inévitablement coulé, près de l’île du Giglio en Méditerranée? C’était le 13 janvier 2012. Un vendredi, comme par hasard. 

Gare au cauchemar à jeun

Raconter un cauchemar que l’on vient de faire avant d’avoir pris son petit-déjeuner serait la meilleure façon de le voir se réaliser. C’est ce qui se dit en tout cas du côté de Montevideo, en Uruguay. Surtout qu’après une copieuse collation et quelques tasses de maté, il y a des chances qu’on ne s’en souvienne même plus. 

La prédiction du coucou

Écouter le chant du coucou et compter le nombre de fois qu’il poussera son fameux «coucou» permettra de savoir le nombre d’années qu’il vous reste à vivre. Cette superstition est très répandue, notamment en Russie.

Comme un chamois blanc

L’an dernier, en Valais, un piège photographique a saisi une rareté, un chamois blanc. L’occasion pour le biologiste du service cantonal de la chasse, Yvon Crettenand, de rappeler l’existence de cette funeste superstition: «Celui qui tire un chamois blanc mourra dans l’année.

Gare à la barbe de la chèvre

Au Rwanda, les femmes n’aiment pas trop manger de la viande de chèvre, ce qui leur est déconseillé dès leur plus jeune âge. La croyance veut en effet que le risque serait alors élevé pour elles de voir la barbe leur pousser.

Pitié pour les araignées!

Tuer une araignée suffirait à provoquer le lendemain un jour de pluie, affirme un dicton finlandais. Résultat: décembre, le mois le plus pluvieux, totalise dans ce pays 12 jours de précipitations et le plus sec – mai – seulement 6.

Les chiffres du bonheur et du malheur

La tétraphobie, comme son nom l’indique, est la peur du chiffre 4, particulièrement répandue en Chine. Il faut dire qu’en chinois «quatre» se prononce comme «mort». C’est au point que certains immeubles, là-bas, n’ont pas de quatrième étage. À l’inverse, le chiffre 8 évoque la prospérité et les dates qui comportent ce chiffre sont très recherchées pour l’organisation d’événements. C’est ainsi que les Jeux olympiques de Pékin se sont ouverts le 08.08.2008 à 8 h 08 du soir.

À la baguette

Au Japon, même si ça peut être tentant, on est prié de ne pas faire n’importe quoi avec ses baguettes. Les planter à la verticale dans un bol de riz est un présage de mort. Les pointer sur quelqu’un ­équivaut carrément à lui lancer un mauvais sort.

Les rouflaquettes maudites

En Argentine, il est malvenu de prononcer le nom de l’ancien président Carlos Menem, célèbre pour ses favoris touffus comme pour son bilan économique famélique. Évoquer simplement le personnage suffirait à attirer la malédiction.

Douce fiente

Recevoir une déjection d’oiseau sur la tête fait rarement plaisir. Mais cela, dit-on, porterait bonheur.

Toast mortel

Les Allemands, comme tout monde, aiment bien trinquer. Avec n’importe qui peut-être, mais pas avec n’importe quoi. Le faire avec de l’eau, ce serait souhaiter, en réalité, la mort du convive avec qui vous trinquez. On peut soupçonner l’Amicale des brasseurs d’avoir lancé la rumeur.

Au diable les varices

Une vieille croyance encore en vogue dans nos cantons à la fin du XIXe siècle attribuait nombre de vertus aux os des morts. Placer un crâne sous le lit par exemple était supposé être bon contre les varices.

Eau bénite et maraboutage

Il est fréquent qu’avant les matchs de foot mettant aux prises des équipes africaines, les sorciers des deux camps multiplient les rituels censés nuire à l’adversaire. Personne non plus n’a oublié le légendaire entraîneur italien Giovanni Trapattoni, dit «le Trap», l’un des plus titrés de tous les temps, qui avait pour habitude ­d’asperger la pelouse d’eau bénite avant le coup d’envoi.

Les rois du bûcher

Lors d’une exposition au château de Chillon en 2012 intitulée «La Chasse aux sorcières dans le Pays de Vaud – XVe-XVIIe siècle», la médiéviste Martine Ostotero estimait que la Suisse, proportionnellement à la population de l’époque, avait brûlé peut-être «deux fois plus de sorciers et de sorcières que l’Allemagne, dix fois plus que la France, cent fois plus que l’Italie». À savoir, en trois siècles, 3500 personnes exécutées, majoritairement par le feu, dont 70% de femmes.

Le coup du serpent

Peut-être pas aussi efficace qu’une bête échographie, mais nettement moins coûteux, il existe un moyen, très pratiqué par exemple au Yémen, de connaître à l’avance le sexe d’un enfant à naître. Il suffit de lancer en l’air un serpent mort. S’il retombe sur le dos, il faut s’attendre à une fille, sur le ventre à un garçon.

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