26 juin 2017

Football: fini les simulations pour gagner du temps?

L’instance garante des règles réfléchit à une série de mesures pour rendre le ballon rond plus attrayant. Notamment en décomptant le temps réel de jeu, comme au hockey ou au basket.

Des joueurs qui s’effondrent au moindre contact, se roulent par terre et restent étendus sur le gazon comme si leur dernière heure était venue. Pour galoper comme des lapins furieux sitôt la reprise du jeu. Des gardiens qui font mine de rattacher longuement leurs chaussures quand ils n’entreprennent pas de les décrotter minutieusement contre un des poteaux... Tout est bon au footballeur d’une équipe qui mène au score pour gagner du temps. Jouer la montre comme on dit, dans d’agaçantes simulations dignes des plus épouvantables comédiens. Une parade cependant pourrait bien avoir été trouvée pour mettre fin à ces interminables pantomimes et grimaces surjouées.

Parmi les possibles changements de règles auxquels réfléchit l’International Football Association Board (IFAB) figure en effet, comme l’a révélé le «Times», le blocage du chronomètre en cas d’arrêt de jeu. Comme cela se pratique au hockey sur glace ou au basket.Pour éviter que les matchs ne s’achèvent plus qu’au bout de la nuit, la durée d’une mi-temps serait ramenée de 45 à 30 minutes. Mais trente minutes de jeu réel.

Actuellement on estime que, sur ces 45 minutes, seules à peu près 25 sont faites de football effectif. Autre proposition de l’IFAB: la possibilité de jouer un coup-franc ou un corner pour soi-même. Ces mesures suivraient une autre révolution: l’introduction de l’arbitrage vidéo, testé en ce moment à la Coupe des Confédérations. Il aura fallu des années de palabres pour en arriver là. Nul doute que pour le blocage du chronomètre aussi il faudra paradoxalement du temps. Beaucoup de temps.

Alexandre Comisetti, ancien international et consultant pour la RTS (Photo: DR)

Plutôt une bonne idée, cette proposition de bloquer le chronomètre à chaque arrêt de jeu?

Cela me semble compliqué à mettre en pratique. Le spectateur s’attend à voir un match de nonante minutes. Ce sont des habitudes largement ancrées qui seraient chamboulées. Les matchs pourraient durer très, très longtemps. Le système actuel du temps additionnel fonctionne relativement bien, ce n’est pas un point du règlement qui pose problème. La gestion des blessés est assez bien prise en charge par les arbitres. Je ne vois pas non plus en quoi cette mesure pourrait améliorer le rythme d’un match.

On a pourtant l’impression que les simulations de blessures sont de plus en plus nombreuses...

Cela se constate surtout dans les petites ligues. Aujourd’hui, au niveau international, dans les grandes compétitions, je trouve qu’il n’y a pas énormément de grosses simulations. Selon moi, il faut laisser l’interprétation des simulations de blessures à l’arbitre. Surtout qu’il y aurait peut-être d’autres mesures à mettre en place concernant ce problème. Comme obliger un joueur blessé à sortir du terrain, passer sur la touche un temps défini de récupération, par exemple trois minutes. Il serait sans doute moins blessé si on forçait son équipe à jouer avec un joueur en moins. Ça me semblerait dissuasif.


D’un point de vue tactique, ces pertes de temps qui agacent tellement les téléspectateurs, ne sont-elles pas finalement de bonne guerre?

C’est très difficile à juger: comment évaluer une réelle perte de temps? Aujourd’hui, dans les grands matchs, il y a des ramasseurs de balles qui rendent impossible de gagner du temps. Alors que dans les petites ligues, on peut dégager dans le champ d’à côté et mettre cinq minutes pour aller chercher le ballon, surtout que parfois il n’y a pas de ballon de rechange. Et c’est justement là où il y en aurait le plus besoin, dans les petites ligues, que le système des soixante minutes effectives serait le plus difficile à mettre en place. Je ne vois pas l’arbitre arrêter à tout moment son chronomètre. Le spectateur risque de s’y perdre, on n’est pas dans une salle de basket.


N’empêche, cette mesure ne serait-­elle pas le complément idéal de l’arbitrage vidéo qui génère beaucoup d’arrêts de jeu?

Oui, bien sûr, mais alors il faudrait accepter que cela ne se passe que dans les grandes compétitions. Mettre l’arbitrage vidéo en place déjà dans le championnat suisse serait compliqué, faute de moyens. On se retrouverait alors avec deux sortes de football. Je ne vois pas cela entrer dans les mœurs. Le système actuel pourrait être amélioré surtout en permettant aux arbitres de garder une grande rigueur, voire de s’améliorer encore.

Autre proposition: pouvoir jouer les coups francs et les corners pour soi-même. Qu’en pensez-vous?

Evidemment cela donnerait beaucoup du rythme, mais on changerait toutes les règles du football, on toucherait à l’essence même du foot qui est un sport collectif. Cela enlèverait le charme des balles arrêtées. C’est de l’utopie. Tout ne serait plus que précipitation, ce serait la porte ouverte à pas mal de petites dérives: à chaque fois, quelqu’un se mettrait très vite devant le ballon pour éviter que le coup franc ne soit joué. Quand j’ai lu ça, je me suis dit: «mais qui a pu penser des choses pareilles?»


Bref, vous prônez le statu quo...

J’aime bien le football actuel. Il y a des petites améliorations à faire. Comme l’arbitrage vidéo à condition d’être utilisé au compte-gouttes. On reste en effet dans l’interprétation. Non plus celle de l’arbitre, mais de gens dans un local fermé, donc pas forcément dans le cœur du match et qui ne sentent pas le match comme l’arbitre peut le sentir.

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