4 octobre 2017

Bienvenue à l’intolérance! Vous avez réservé?

La chronique de Fred Valet, journaliste, auteur et chroniqueur.

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Fred Valet, journaliste, auteur et chroniqueur.

Il est là. Planqué au fond à gauche, collé contre la machine à clopes. Petit con à fusées sur le pull et bave sur le menton. Il me toise. Il sait. Il sait qu’il va m’imposer sa liberté. Moi, j’ai commandé un pavé de bœuf dans son lit de quinoa, sauce aux hashtags braisés sur Instagram. Hors de prix, VIP et inédit, mais pour moi c’est gratuit. Je m’aime beaucoup. Je suis fringante. J’ai faim. Je tiens un blog. Et je tiens le coup. Bien sûr que je n’ai pas d’enfants. #nokids militante comme on dit entre nous. Un choix. Un sacerdoce. Un combat. La fourchette comme une kalachnikov. Je suis épanouie. (Je suis épanouie, je suis épanouie, jesuisépanouiejesuisépanouie.)

Un gamin, ça pue, ça crie, ça détruit, ça ne respecte rien (et surtout pas les adultes). Bref, ça vit. Quel culot. D’ailleurs, je n’aurais plus le temps de vomir mes gueuletons sur mon blog toutes les semaines si j’avais fait mariner de la marmaille dans mon utérus. J’ai une vie, moi. Je suis une femme d’aujourd’hui, pas une pondeuse d’avenir. Je n’aime pas les enfants. Je n’aime pas les autres. Je n’aime pas les enfants ni les autres dans les restos. Les gens ne s’intéressent jamais assez à mon propre égoïsme. Ayez l’obligeance de boire du silence quand j’avale du privilège.

Ça y est, encore un. Vu la gueule des parents, c’est un garnement. Trois, allez quatre ans. Moi, je suis restaurateur. Je sers les clients et les dents. Vous croyez que c’est facile de refourguer des nuggets frites dégueulasses à des parents qui pensent que c’est préparé avec amour? Je suis là pour cuisiner des bavettes, pas pour les nouer autour du cou des morveux. Déjà qu’on nous interdit de refuser les handicapés, les gras ou les gauchistes, laissez-moi culpabiliser les parents d’avoir fait l’amour sans préservatif. Les gens ne s’intéressent jamais assez à ma propre intolérance. Ayez l’obligeance de respecter les clients qui lapent leur soupe sans exister.

Je suis blogueuse, restaurateur, mais aussi cadre à l’UBS, chômeur en fin de droits, employé de commerce stérile, sportif, trader, journaliste, charpentier, célibataire involontaire. Je n’ai pas d’enfant. Même si je l’ai été, enfant. Dans Le Temps, on racontait récemment que les parents «ont de plus en plus de peine à renoncer à leurs plaisirs». Goujats. Moi, j’ai de plus en plus de peine à renoncer au plaisir des autres.

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