19 septembre 2018

La mère à boire

La chronique de Fred Valet, journaliste et auteur.

fred valet
Fred Valet, journaliste et auteur.

Dans le lot des humains qu’on pourrait qualifier de dispensables, il y a bien sûr les dictateurs, les pédophiles, les racistes, les chauffeurs Uber en Tesla et les serveurs qui te tendent un gobelet en plastique pour y fourrer négligemment ton gin tonic à 20 balles sous prétexte que le bistro ferme. Mais il y a surtout les mamans. (Oui, je teste l’autodérision de mon lectorat féminin. Oui, comme on testerait une nouvelle sauce tomate industrielle.)

Les mamans. Donc. Non, pas la tienne. Ni celle de Progéniture. Et encore moins la mienne. Les mamans. Une masse informe et envahissante dont les membres ont cette particularité crasse de ne jamais vouloir réaliser qu’elles en font dramatiquement partie. Une maman, c’est une grappe d’adultes presque socialisés, la plupart du temps aveuglés par le reflet de leur propre expérience et en possession d’un pouvoir d’achat suffisamment digne pour imposer une opinion sur ton éducation.

Une maman, ça sait. Et ça le postillonne avec des références aussi fiables qu’un tweet de Donald Trump

Fred Valet

Une maman, ça sait. Et ça le postillonne avec des références aussi fiables qu’un tweet de Donald Trump. Ça rhabille les mômes au parc quand tu as le dos tourné. Ça prodigue plus facilement des conseils que des fellations. Ça fustige les mamans qui ne sont pas vraiment des mamans. Une maman, ça ouvre un compte Instagram pour en faire une lutte, armée de gâteaux-licorne, de chaussons tricotés et de hashtags #LoveMyLife. Une maman, ça brandit la morale comme Oskar Freysinger sort un bouquin: sans s’embarrasser de savoir si ça intéresse quelqu’un. Et puis, une maman, ça rêve d’être la maman de tous les enfants. Des tiens. De la mienne. Parce que tous les enfants sont mal éduqués. «Ah, la vôtre va à la danse deux fois par semaine? Avec les devoirs… enfin… quand même…»

Une maman, of course, c’est aussi un papa. (Oui, je teste l’attention de mon lectorat masculin endolori.) Et une maman (mais seulement quand je suis très fatigué) c’est moi. Pour peu qu’on ait quitté la maternité avec, dans les bras, un petit être qui s’étouffe dans son innocence (et dans ses propres bourrelets), nous risquons tous de devenir un jour une maman. Pour l’observer dans son milieu naturel, il suffit de se planquer dans un bac à sable, de fréquenter le premier rang d’une séance d’information d’un camp de ski ou de scruter les insultes sous la photo de Progéniture que tu devrais avoir honte de poster sur les réseaux. C’est un animal sauvage, une maman. Ça vit en meute, en clan, en gang, en apnée. Mais de retour au foyer, elle redevient un parent humain, comme vous et moi: mal considéré, mal dans sa peau, mal baisé. «Bouffe des céréales, petit con, moi j’ai Pilates.»

➜ Lire aussi: Pique-nique ta mère

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Sandrine Viglino

Top 5 des résolutions et séries Netflix

martina chyba

On perd Noël

Fred Valet

Prochain arrêt: le divertissement

Informationen zum Author

Sandrine Viglino

«Is this the real life? Is this just fantasy?»