29 août 2017

La rentrée déclasse

La chronique de Fred Valet, journaliste, auteur et chroniqueur.

Fred Valet
Fred Valet, journaliste, auteur et chroniqueur.

Mhm? Si la rentrée ça va? Tu entends quoi par «ça va»? Malheureux. L’école, ça ne peut jamais aller. L’école on y va, mais ça ne va pas. C’est injuste, l’école. Pire. C’est dangereux. Imbécile. Les cœurs s’y vident aussi vite que les cartables se remplissent. On nous impose d’y être doué, attentif, silencieux, poli, sage, obéissant, rigoureux, respectueux alors qu’un enfant c’est instinctif, inventif, bruyant, souple, imprévisible, spontané, foutrement imparfait et fier de cette huile de palme qui épouse ses commissures à l’heure du goûter. Crois-moi: surtout ne jamais se fier à un monde dans lequel les crayons sont mieux taillés que la robe de la maîtresse.

Et puis ça déborde, un enfant. Qui peut vivre à ras bord sans avoir la permission de pisser dans les marges? Tu sais, je crois que l’école c’est aussi naturel qu’un bonbon qui ne s’ouvre pas, un ciel bleu recouvert d’une bâche ou une pin-up sur un poster. L’espoir ne fait vivre que ceux qui n’en ont plus besoin. On va en classe, comme on suce une huître avariée en espérant la vomir sur un CV. Accueillir les piqûres d’un médecin qui ne te soigneront pas. Des années de fantasmes d’excellence pour n’en jouir qu’en théorie. C’est pratique.

Et puis, dans les écoles, il y a des surveillants, des règlements, des alarmes, des visites, des réfectoires et des matricules cousus sur les sous-vêtements. La douche est minutée, la musique interdite et la gymnastique obligatoire. La différence entre une école et une prison, c’est qu’on nous intime de réussir la première pour ne pas risquer d’échouer dans la deuxième. Partout, des cellules grises congestionnées.

D’autant que, c’est con, il n’y a pas plus scolaire que l’école. Scolaire! Tu sais, comme un dialogue téléphoné, un solo de guitare ampoulé, une recette sans piment, une conférence vautrée contre un Power Point, une déclaration d’amour à la première personne ou des vacances au Cap d’Agde. Scolaire, comme laborieux, banal, tu vois? Donc malgré les douces marelles à la craie dans la cour et les jolies mamans à la pelle dans l’attente, je ne serai jamais en mesure de te dire que «la rentrée, ça va», tant qu’on enfermera invariablement chaque matin nos progénitures dans un adjectif ensommeillé.

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