26 juillet 2017

Pères dans la mer(de)?

La chronique de Fred Valet.

Fred Valet, journaliste, auteur et chroniqueur.

Merde, lui dis-je. J’ai une chronique à écrire. Migros Magazine, contrairement à moi, à la grippe et à la totalité de la classe politique romande, ne revendique pas de pause estivale. Du coup, en juillettiste soudain militant, me voilà planté sur une petite terrasse locative avec vue sur mer, monts, merveilles, Mojito et MacBook. Les mioches, parqués selon leur niveau de fatigue dans le baraquement, ronflent (enfin). Merde, lui dis-je donc. Il est 23 h 47 et je me retrouve (le comble) à la fois en vacances et en retard, aidé d’un wifi aussi peu malléable qu’un Bavarois sur un transat méditerranéen. Il faut dire que quelques (longues) heures plus tôt, nous embarquions une demi-douzaine de mineurs pour une expédition majeure: une semaine de vacances en Italie. Quand deux mâles intronisés pères décident sur un coup de rouge qu’il serait bon (pour leur fragile réputation) de traîner la descendance sous le cagnard, il faut voir les choses en grand, en duo et si possible à la dernière minute (Indiana Jones dans des tongs, ça a de la gueule).

Merde, lui dis-je encore. Te rends-tu compte que ce voyage n’est rien d’autre que l’essence même de cette chronique? Deux «Breaking Dad» en villégiature familiale! Je viens d’aligner les planètes (et les Mojito), tout concorde! Alors que je me donne une heure et un paquet de clopes pour digérer cette mission, mon pote semble effrayé à l’idée de retrouver son bronzage de routier dans un magazine que sa propre mère parcourt (même en juillet). T’inquiète pas, je ne dirai pas qu’on ne garde qu’un seul œil sur la smala pendant que l’autre dévore la serveuse. Que les vagues projettent des cailloux à pleine puissance sur les tibias en pleine croissance. Que la crème devrait être plus volontiers solaire que chantilly. Qu’il faut être diablement souple pour passer de Tinder sur mer à Kinder surprise sans éveiller les soupçons. Qu’on flippe à l’idée qu’ils s’emmerdent. Qu’on envoie des photos aux mères comme autant de pièces à conviction d’un crime qui ne sera pourtant jamais perpétré. Des photos sans sucre ajouté, ni sable dans les yeux. Prouver qu’on tient le coup. Comme si quelques poils au torse cachaient une toison d’inconscience.

Merde, dis-je une dernière fois. Les gosses se réveillent. Et le wifi s’est endormi.

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

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