6 juillet 2017

«Il existe des centaines de règles d’hygiène permettant d’éviter nombre d’infections»

En couchant sur le papier et en distillant dans les médias ses conseils de santé mêlant science et bon sens, le docteur Frédéric Saldmann est devenu l’un des auteurs français les plus lus de la planète. En attendant un treizième succès de librairie prévisible, il évoque cette médecine préventive qui lui tient à cœur.

S’ils restent simples, les conseils de Frédéric Saldmann ne s’en appuient pas moins sur un savoir scientifique.
Temps de lecture 7 minutes

D’où vient chez vous cette sorte d’obsession de la santé?

En tant que médecin, je pense que mon rôle est de tout faire pour que les gens vivent le mieux possible. Dans la Chine ancienne, on allait voir et on payait son médecin tant que l’on était en bonne santé. Le jour où l’on tombait malade, on ne le payait plus. Parce que cela signifiait qu’il avait mal fait son travail. La meilleure médecine du monde, c’est la prévention des maladies. Il vaut mieux enlever la petite tumeur bénigne repérée à temps que de se confronter à un flot de métastases très compliquées à éliminer. C’est la même chose pour la gestion de sa propre santé. Et je considère que toute mort due à une mauvaise hygiène de vie est une mort prématurée.

Pourquoi la médecine préventive que vous prônez n’est-elle pas encore reconnue comme une discipline officielle?

C’est une nouvelle approche. Jusqu’à présent, en France comme en Suisse, on va voir son médecin lorsque l’on tombe malade. On ne dort pas, on vous prescrit un somnifère ou un calmant. Vous êtes angoissé, ce sera un antidépresseur. Je suis constipé, je prends un laxatif. Mais finalement, toute la science médicale vise plutôt un seul but: ne pas être malade. En découvrant les nouvelles règles d’hygiène que je propose, c’est possible.

Est-ce que ce sont des règles d’hygiène nouvelles ou en partie du bon sens perdu?

Dans les années 1960, on a arrêté d’enseigner l’hygiène de l’école à l’université. Parce que l’on avait sous la main une batterie d’antibiotiques très efficace. Je pense que c’était une erreur. Parce qu’il existe des centaines de règles d’hygiène qui peuvent vous faire passer à travers nombre d’infections simplement parce que vous connaissez le mode d’emploi.

Peut-on prendre des exemples?

Je les prends du côté des infections ORL et respiratoires, très communes. Si vous vous lavez les mains avant de passer à table ou en sortant des toilettes, vous diminuez de 30% le risque d’infections ORL et respiratoires. Aux Etats-Unis, lorsque les gens vont aux toilettes, ils rabattent le couvercle et tirent la chasse ensuite. Dans les pays latins, peut-être par fierté de sa production, on admire ce qui a été fait et on tire la chasse d’eau sans baisser le couvercle. Or, il se produit un effet aérosol qui projette des bactéries partout. Rabattre le couvercle, c’est 23% d’infections ORL et respiratoires en moins. Un autre exemple, tiré d’une formidable habitude japonaise: là-bas, on a l’habitude de se gargariser le matin avec de l’eau légèrement salée ou gazeuse. Ce geste permet de laver en quelque sorte les amygdales. Résultat: un tiers d’infections ORL et respiratoires en moins par an. Il existe énormément d’études épidémiologiques qui permettent d’adopter les bons comportements.

Vous les présentez de manière extrêmement simplifiée. Cette volonté simplificatrice vous est parfois reprochée, non?

Mes livres* sont destinés au grand public. J’ai commencé à les écrire pour dire tout ce que je n’avais pas le temps de dire en consultation. Ou que même je n’osais pas dire en face de mes patients parce que c’était assez intime. Il me faut donc être très simple. Ce qui n’empêche pas d’aller dans les sources scientifiques à la fin. Puisque derrière un vocabulaire et des explications volontairement compréhensibles par tous se cache beaucoup de science. Je n’affirme rien qui ne soit pas démontré par la science.

Aucun conseil ne tombe donc du ciel?

Exactement. Mes livres ont beaucoup de succès, ils suscitent donc certaines rancœurs. Plus le succès est là, plus la critique l’est aussi. Mais cela ne me gêne pas.

N’y a-t-il pas un petit risque de déception devant ces recettes du mieux vivre quasiment automatiques?

La génétique et ses problèmes ne concernent finalement que 15% des gens. Pour les autres, oui, cela fonctionne. A chaque fois que je publie un livre, il se vend dans une quarantaine de pays acheté par environ trois millions de personnes. Ces scores montrent que les gens achètent le suivant, même s’ils en ont déjà un. Pourquoi? Parce qu’ils sont contents et savent que mes conseils marchent. Je le crois fermement. Je suis en train d’écrire mon quatorzième livre quand même.

Mais en même temps, suivre l’intégralité de vos préceptes reste très compliqué. Cela ne pousse-t-il pas certains à s’inquiéter en permanence pour leur santé?

Il faut plutôt les voir comme des livres de chevet. On picore. On ne suit pas forcément l’ensemble des conseils, mais certains dans les domaines où l’on peut ou veut. Il ne s’agit pas seulement de vivre plus longtemps. Egalement de vivre en meilleure santé. C’est donc non seulement la durée de vie qui s’améliore, mais aussi sa qualité.

Vous qui êtes adepte de la méditation, ne pensez-vous pas que les gens se mettent déjà suffisamment la pression dans nos sociétés?

Si vous ne mettez pas la pression pour qu’il se reprenne en main à quelqu’un qui est sédentaire, fumeur et trop gros, vous allez certes lui ficher la paix, mais en même temps sa longévité en bonne santé risque d’être bien courte. Et contrairement à ce que l’on croit, la plupart des gens meurent après de longues maladies douloureuses.

Donc le bon vivant n’aura pas forcément vécu heureux jusqu’au bout?

En trente ans d’exercice, des hédonistes qui ont bien vécu et profité jusqu’au bout, je n’en ai pas vu beaucoup.

La mort ou le déclin vous font-ils peur?

Evidemment. Je cherche à en repousser les échéances le plus loin possible. Sans peur. Je suis avant tout un médecin. Un technicien. Mon rôle est de faire en sorte que les gens vivent le plus longtemps possible en bonne santé. Après, la relation à la mort regarde chacun d’entre nous intimement.

Vous avez parmi votre clientèle beaucoup de personnalités connues. Ce que l’on appelle le Tout-Paris. Parmi elles, la peur de la déchéance doit parfois être excessivement forte, non?

Pourquoi? Que l’on soit célèbre ou pas, c’est pareil. Les angoisses, les craintes sont communes. Je me vois un peu comme un garagiste: je répare les voitures, chères ou moins chères, belles ou moins belles, et je fais en sorte qu’elles roulent le mieux possible. Mais je ne demande pas aux gens où ils vont aller avec.

Vous avez fondé avec votre épouse une société qui donne des conseils, notamment auprès de l’industrie agro-alimentaire. Y a-t-il un rapport direct avec cette bonne santé que vous prônez?

Bien sûr. Aujourd’hui, grossièrement dit, je trouve que l’on ne tient pas assez compte des liens entre nourriture et santé. Et je souhaite que les industriels fassent des efforts supplémentaires pour rendre leurs produits plus sains. Je voyage beaucoup. Dans une gare ou un aéroport, l’offre du manger sain reste assez réduite. Cependant, les choses s’améliorent petit à petit. Globalement, on doit encore apprendre à manger moins gras, moins salé, moins sucré. Je pense d’ailleurs que parfois les consommateurs sont précurseurs. Lorsque je donne une conférence, je demande souvent qui boit son thé ou son café sans sucre. La moitié de la salle lève la main. Il n’y a pas eu de campagne. Ce sont beaucoup de gens qui ont décidé spontanément de réagir. Notamment en apprenant qu’aujourd’hui dans les pays industrialisés un enfant de 7 ans a mangé autant de sucre que son grand-père durant toute sa vie.

Vos confrères ont également tout ou partie de ces données à disposition. Pourquoi ne font-ils pas davantage de prévention auprès de leurs patients?

Tout simplement pour des raisons de temps. Expliquer aux gens ce qu’il faut faire, cela prend beaucoup de temps. Et j’ai donc été confronté au même problème.

Dans Salaud, on t’aime, sorti en 2014, Eddy Mitchell incarne Frédéric Selman, le vieux copain médecin de Johnny Hallyday. Difficile de ne pas y voir un clin d’œil, n’est-ce pas?

Evidemment. C’était une petite attention très touchante de Claude Lelouch, qui est un ami proche. Cela m’a fait plaisir, naturellement.

Et Claude Lelouch fait-il partie de ceux qui suivent vos conseils à la lettre?

Ah là, joker. Secret médical oblige.  MM

* «Votre Santé sans risque», 2017, Ed. Albin Michel, disponible sur www.exlibris.ch

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