10 janvier 2018

La Betty Boop des temps modernes

Au look délicieusement rétro, elle danse en jonglant ou l’inverse. Reine du cerceau, Gabby Novel est l'une des rares artistes à faire revivre le «hula hoop». Et à l’enseigner à Genève.

Gabby Novel en train de faire du hula hoop dans son studio
Jeu extrêmement populaire dans les années 1960, le «hula hoop» fait le bonheur de Gabby Novel et de son public.
Temps de lecture 4 minutes

Elle arrive en taxi et la voir en descendre vous fait basculer aussitôt dans un film de Billy Wilder. Pantalons fifties à carreaux roses, petit pull court très girly,, l’air enjoué, elle virevolte jusqu’à son studio, au premier étage d’un immeuble à Genève.

Et là, prolongement du décor: superbe parquet, larges tentures de velours pourpre, canapé vieux rose et gramophone. Ici, on danse, on se déhanche. Mieux: on pratique le hula hoop sur des airs jazzy d’Ella Fitzgerald ou de Dave Brubeck. Bienvenue dans les locaux de Secret Follies, atelier de danse cabaret et burlesque, l’antre de Gabby Novel.

J’aime l’esthétique rétro depuis toujours. Petite, je voulais devenir Marilyn Monroe, chanter et danser comme elle,

avoue la jeune femme, qui s’amusait alors à marcher avec un dictionnaire sur la tête et se piquait des bonnes manières de Nadine de Rothschild, «la poésie du quotidien». Joyeusement pétillante, ultra-féminine, Gabby Novel a l’élégance à fleur de peau et le goût de la scène, «ce concentré de vie et d’émotion intense».

Quand elle découvre ce studio de danse, il y a cinq ans, elle sait qu’elle a trouvé «le bon endroit», le lieu où elle doit être. Elle est alors étudiante, se destine sagement à devenir avocate, mais très vite, sa vie prend un autre tour. Elle intègre la troupe amateur de Secret Follies en 2014 et tout s’est enchaîné, «un vrai conte de fées».

Cerise sur le cupcake: le hula hoop, qu’elle découvre par hasard un jour dans un parc. Elle abandonne alors ses études de droit – «J’ai compris que je n’en ferais pas mon métier, je n’y croyais plus» – pour se consacrer à ce simple cerceau, remis au goût du jour dans les insouciantes années 1960.

J’ai essayé et je suis devenue complètement accro. J’ai commencé à en faire tous les jours et j’ai progressé en apprenant toute seule sur Youtube.

Le succès ne se fait pas attendre

Car, en Suisse, les adeptes ne courent pas les rues et se comptent plutôt sur les doigts de la main. Mais le cerceau lui va comme un gant sur le bras de Rita Hayworth et, après une année d’entraînement, elle vient d’ouvrir un cours tous publics. Qui affiche rapidement complet. «Ce n’est pas difficile en fait, c’est même très accessible. Pas besoin d’être souple ni d’avoir fait de la danse.

Le hula hoop nous fait retomber en enfance. C’est à la fois ludique et sportif, on se met en mouvement sans même s’en rendre compte!

dit-elle en enfilant une jupe mousseline rose saumon et une marinière, talons hauts et nœud dans les cheveux.

Démonstration en direct de sa passion circulaire: la voilà Betty Boop des temps modernes, pin-up tout droit sortie d’un épisode de Mad Men. Elle s’empare d’un cerceau, puis d’un deuxième qu’elle fait danser autour de sa taille, ses cuisses, son poignet. Les cercles montent et descendent, virevoltent dans l’air. Gabby Novel rayonne, tourbillonne en un jeu d’adresse et de sensualité hypnotique. Elle tient la scène. Les hommes préfèrent les blondes? Pas sûr.

Depuis le retour du cerceau de plastique dur dans les années 1990, on parle désormais de hoopdance, la grande variété de figures, boostées en partie par les artistes de cirque, dépassant largement la simple distraction rotative de la ménagère.

La position du T-rex, cerceau autour de la taille et les bras en l’air, n’en est qu’une parmi d’autres. Danser avec un cerceau développe la créativité. On peut inventer des figures à l’infini!

Gabby Novel voit dans l’exercice une sorte de méditation active, un état d’immersion totale qui permet de se recentrer. «Le temps n’existe plus. Moi qui étais toujours dans le mental, je suis aujourd’hui beaucoup plus dans le corps. J’ai trouvé mon équilibre dans le mouvement.»

Un accomplissement total

À 27 ans, la jeune femme a donc trouvé sa place. Dans le cercle des nouveaux arts scéniques. Elle gère désormais le boudoir de Secret Follies, donne des cours, avec une équipe de six autres professeures, obtient des mandats, monte des spectacles. Comme le prochain, Pinup School Show, qui fera scintiller les planches du Théâtre Cité Bleue à Genève, les 2 et 3 février prochains. «Pour en arriver là, il y a une grande quête d’identité. Un chemin plein de possibles, de contraintes, d’obligations. Et j’ai tout quitté pour enseigner le hula hoop.

Ce n’est pas un choix raisonnable! Mais je ne regrette rien, je me suis reconnectée à la petite fille que j’étais, qui voulait danser et devenir Marilyn Monroe.

Photo: Fred Merz/Lundi13

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