25 septembre 2018

À vélo sur les traces de Ferdinand Hodler

Le célèbre peintre bernois, dont on fête cette année le centième anniversaire de la mort, a longtemps vécu à Genève. Une balade à bicyclette permet d’en apprendre davantage sur sa vie dans la Cité de Calvin, marquée notamment par de nombreuses polémiques.

Ferdinand Hodler
Le premier atelier de Ferdinand Hodler était si petit qu’il faisait poser ses modèles sur le toit... (Photos: Olivier Vogelsang)

Bien des Suisses ignorent que Ferdinand Hodler a passé près de cinquante ans à Genève. À l’occasion du 100e anniversaire de sa mort, je trouvais utile de rappeler le lien qu’il entretenait avec cette ville.» Voilà ce qui a motivé Muriel Grand, historienne de l’art et journaliste culturelle, à concevoir – sous l’égide de Pro Vélo Genève (lire encadré ci-dessous) – une balade suivant les traces du célèbre peintre bernois dans la Cité de Calvin. L’occasion de découvrir, juché sur un deux-roues, les lieux emblématiques où il s’est formé, a vécu, est enterré. «Car s’il a souvent pesté contre sa ville d’adoption et menacé de la quitter, il y est tout de même resté jusqu’à sa mort.»

Mais ne brûlons pas les étapes, le cimetière de Saint-Georges ne se trouvant qu’au bout de l’itinéraire de quelque 10 kilomètres que nous nous apprêtons à parcourir. Nous enfourchons donc nos vélos non loin de la gare de Cornavin et, suivant notre guide, nous nous engageons dans un dédale de rues qui nous mène, après avoir traversé le Rhône, jusqu’au Musée Rath, place de Neuve.

Long d’environ 10 kilomètres, l’itinéraire aboutit au cimetière de Saint-Georges .

«C’est ici que Hodler débarqua en 1871, âgé de tout juste 18 ans. Après un apprentissage auprès d’un peintre de vues pour touristes, il était venu à pied depuis sa Berne natale dans le but de copier les œuvres du paysagiste Alexandre Calame. À l’époque, Genève était un pôle artistique majeur de notre pays. Il a été repéré par l’artiste Barthélemy Menn, qui l’a vivement encouragé à trouver son propre style et à peindre en plein air.» Ainsi révélé à lui-même, Hodler ne voit pas sa carrière s’envoler immédiatement pour autant. «Il a galéré de nombreuses années avant de réussir à vivre de son art», souligne Muriel Grand.

Des débuts difficiles

Pour rejoindre la deuxième étape de notre parcours, nous empruntons une ruelle qui grimpe – sec! – dans la Vieille Ville. Une fois dans la Grand-Rue, nous atteignons rapidement le n° 33, où une plaque commémorative nous informe que la maison abrita le premier atelier du peintre, entre 1881 et 1902. «L’espace était si restreint qu’il faisait poser ses modèles sur le toit!», précise notre guide. En effet, à la fin du XIXe siècle, Hodler manquait de moyens: les ventes se faisaient rares et les commandes manquaient. «Il devait également faire face à l’hostilité de la critique et du public.»

Une statue de bronze à la mémoire de Ferdinand Hodler à la promenade du Pin.

Pour en apprendre davantage sur les polémiques suscitées par l’artiste, cap sur la promenade du Pin, située à 500 mètres de là. Nous nous arrêtons cette fois-ci devant une statue de bronze, le monument Hodler. «Il a été érigé en 1958, pour le quarantième anniversaire de sa mort et évoque ses figures symbolistes, un courant dont il est l’un des principaux représentants. Mais Genève a mis du temps à apprécier son œuvre.» En 1891, son emblématique tableau La Nuit, dans lequel il se représente lui-même arraché de son sommeil par la figure de la mort, fut exclu de l’Exposition municipale pour cause d’obscénité. «Même s’il commençait à être connu et que les critiques lui reconnaissaient du talent, ils lui reprochaient la laideur de ses personnages, qu’ils trouvaient mal dessinés. Ses peintures étaient jugées peu compréhensibles.»

L’objet de la polémique: la peinture évoquant la retraite de Marignan au Musée d’art et d’histoire.

La controverse atteint son paroxysme en 1897, lorsqu’il est choisi sur concours pour réaliser, au Musée national à Zurich, une peinture murale évoquant la retraite de Marignan. «S’éloignant de la représentation officielle de cet événement considéré comme fondateur de la Suisse, Hodler a préféré montrer la réalité de la guerre, les morts, la violence. Jusqu’alors, les soldats helvétiques étaient considérés comme invincibles. Jamais une œuvre d’art n’avait causé une telle polémique dans notre pays!»

Le musée comporte l’une des plus importantes collections au monde consacrées au peintre.

Pour se faire une idée plus précise du tableau incriminé, rien de plus simple: Muriel Grand nous entraîne dans le Musée d’art et d’histoire, qui en possède un carton (une ébauche à l’échelle, ndlr). On en profite également pour admirer quelques autres réalisations de Hodler, l’établissement comportant l’une des plus importantes collections du monde consacrées à l’artiste.

La nature mise à l’honneur

L’heure est venue de quitter la Vieille Ville. Nous filons en direction du lac, que nous traversons pour rejoindre le quai du Mont-Blanc. Nous nous arrêtons au niveau du n° 29, où s’élève un luxueux immeuble, donnant sur les Bains des Pâquis. «Hodler, ayant enfin fait fortune, y a emménagé en 1913. Comme il était malade des poumons, il peignait depuis sa chambre ou son balcon.» Et de nous montrer deux ou trois reproductions de célèbres vues du peintre, sur lesquelles on reconnaît la rade, le Mont-Blanc, le Salève.

L’immeuble luxueux qu’a habité l’artiste sur les quais, face au lac et aux montagnes.

Petite particularité: sur la plupart de ses tableaux, aucune trace humaine, aucun immeuble ne vient troubler le paysage. Aucune trace du Jet d’eau non plus. «Pourtant, il fonctionnait déjà à l’époque et les bâtiments ne manquaient pas sur la rive d’en face. Hodler a également choisi de ne pas représenter les Bains, alors qu’ils existaient déjà. Il estimait que la mission de l’artiste était d’exprimer l’élément éternel de la nature, dégagé de tous les détails insignifiants.»

La tombe de Hodler au cimetière de Saint-Georges est ornée d’une copie de son tableau «Chant lointain»

Nous enfourchons une dernière fois nos vélos pour la plus longue étape du parcours qui nous mène à la Jonction, puis, au terme d’une montée ardue mais ombragée, dans le parc du Bois-de-la-Bâtie, au cimetière de Saint-Georges. Devant la tombe de l’artiste, ornée d’une copie de son tableau Chant lointain, Muriel Grand en profite pour évoquer son rapport à la mort. «Elle tenait une place importante dans son œuvre. Il faut dire qu’il y avait été confronté dès l’enfance, toute sa famille ayant succombé à la tuberculose. Plus tard, il a documenté pendant un an et demi l’agonie de sa maîtresse Valentine Godé-Darel. Et il a peint plus d’une centaine d’autoportraits, questionnant sa propre évolution et le passage du temps.»
Décédé en 1918 d’un œdème pulmonaire, Hodler avait peu avant été nommé bourgeois d’honneur de la République et canton de Genève.
Au crépuscule de sa vie, il était enfin reconnu par sa ville d’adoption.

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