31 janvier 2018

Genève au fil de l’eau

Des Bains des Pâquis à la Pointe de la Jonction, faisant la part belle au lac Léman et au Rhône, cette balade permet notamment de se plonger dans le passé industriel de la ville.

Un couple assis au bord de l'eau en train de contempler la Rade de Genève et l'Ile Rousseau.
Aux abords du lac et du Rhône, de nombreux endroits permettent de se prélasser.
Temps de lecture 6 minutes

Après plusieurs semaines de grisaille, le soleil brille enfin sur Genève, pour le plus grand bonheur des touristes qui affluent sur les quais du Léman. Complétant le paysage de carte postale, le Jet d’eau, du haut de ses 140 mètres, taquine les neiges du Mont-Blanc. «Savez-vous comment le symbole de Genève est né? Je vous raconterai ça plus tard...»

Ménageant le suspense, notre guide Evelyn Riedener nous entraîne aujourd’hui dans une balade au fil de l’eau, des Bains des Pâquis à la Pointe de la Jonction, où le Rhône et l’Arve se rallient. L’occasion de revenir sur le passé industriel de la ville, dont les vestiges jalonnent la promenade.

Très prisés par les Genevois, les Bains des Pâquis sont ouverts hiver comme été.

Si de nos jours les hôtels luxueux se succèdent le long du quai du Mont-Blanc, offrant à leurs clients une vue imprenable sur la rade, il n’en a pas toujours été ainsi. «Jusqu’à la deuxième moitié du 19e siècle, Genève était peu tournée vers le lac. Des fortifications en protégeaient l’accès. Lorsque le premier bateau à vapeur touristique est arrivé en ville en 1823, les abattoirs se situaient à la place Longemalle et les cadavres des animaux étaient jetés dans l’eau... Une image guère accueillante pour les visiteurs!

On doit la construction des premiers quais à l’ingénieur cantonal et futur général Guillaume Henri Dufour.

L’hôtellerie s’est ensuite développée, avec notamment, en 1834, l’ouverture du premier cinq étoiles de Suisse, l’hôtel des Bergues. Un dernier coup d’œil sur les Bains des Pâquis, datant pour leur part de 1872, et nous poursuivons notre chemin, admirant au passage une mouette genevoise, l’un des bateaux assurant un service de navette entre les deux rives de la rade: «Au début du 19e siècle, elles étaient actionnées par des chevaux.»

Une passerelle flottante permet de traverser le pont du Mont-Blanc sans se soucier du trafic.

Une passerelle pour longer le Rhône

Après avoir admiré la statue de Sissi l’impératrice, qui a été assassinée à Genève en 1898, nous gagnons une passerelle flottante sous le pont du Mont-Blanc: rien de tel pour traverser ce dernier sans se soucier de la circulation. «Cet ouvrage s’inscrit dans un projet paysager baptisé ‹Au fil du Rhône›, qui s’étend d’ici jusqu’à la Pointe de la Jonction.» Quelques cygnes nous tiennent compagnie et sont l’occasion pour notre guide de raconter que le premier couple a été introduit en 1837 et le deuxième en 1839. Aujourd’hui, ils sont nettement plus nombreux à profiter, avec les canards et les mouettes, du pain distribué par une poignée de passants!

Mouettes, cygnes et canards complètent le paysage de carte postale.

Nous arrivons dans le quartier de St-Gervais. Voici le fameux Hôtel des Bergues, avec sa majestueuse façade. Mais là encore, le luxe n’a pas toujours été au rendez-vous: «Ici se dressaient des indienneries, ces fabriques d’étoffes de coton peintes ou imprimées venues d’Asie. Les entreprises horlogères étaient aussi très présentes dans ce quartier ouvrier.» Et de nous mener dans une cour intérieure méconnue de la rue Rousseau, où l’on accède par un passage couvert, digne des traboules lyonnaises. «Avant, la totalité de St-Gervais était bâti sur ce modèle.»

Autrefois ouvrier, le quartier de St-Gervais comptait de nombreuses petites cours intérieures.

Nous empruntons à présent le pont de la Machine. La Machine? Oui, celle qui pompait, de 1843 à 1886, l’eau du Rhône pour alimenter la haute ville. «La force motrice du fleuve a aussi servi à actionner le premier ascenseur de l’Hôtel Beau-Rivage, sur le quai du Mont-Blanc.» S’il a perdu sa fonction d’antan, le bâtiment appartient toujours aux Services industriels de Genève et abrite maintenant des expositions temporaires. Nous nous engageons alors sur une passerelle suivant le cours du Rhône. Evelyn Riedener pointe du doigt, sous la surface, de bien curieuses ruines. «Il s’agissait de la première machine hydraulique de la ville: elle date de 1708.

Le pont de la Machine permettait d'accéder au bâtiment dont les machines pompaient l'eau du Rhône.

Approvisionner la Cité en eau a toujours été problématique. À l’époque romaine, on se servait d’aqueducs.

Nous voici sur les Ponts de l’Île. «Jules César l’évoquait déjà dans ses écrits. Des gravures nous montrent qu’au 17e siècle, les lieux étaient très bâtis, plus de 1000 personnes vivaient ici jusqu’à ce qu’un incendie emporte 122 victimes.» La zone change alors de visage et abrite dès 1849 les nouveaux abattoirs de la ville et leurs triperies.

La balade traverse plusieurs quartiers alternatifs de la ville.

De ce passé sanglant, rien ne subsiste. Le quartier se veut plutôt alternatif et nous croisons le chemin du bateau-lavoir, un café-restaurant construit là où les lavandières venaient laver leur linge. Plus loin, la Barje accueille en été une terrasse appréciée des jeunes qui peuvent prendre l’apéro les pieds dans l’eau. Mais aujourd’hui, malgré le temps printanier, l’endroit est resté quasiment désert. Nous enchaînons avec l’un des éléments-phares de cette balade, le Bâtiment des forces motrices (BFM), reconverti actuellement en théâtre. «Construit entre 1883 et 1892, il a alimenté en eau potable près de 200 000 personnes jusqu’à sa fermeture dans les années 1960.»

Le Jet d'eau était au départ le moyen de réguler la surpression des machines de l'usine hydraulique à la Coulouvrenière.

Aux origines du Jet d’eau

«À la fin du 19e siècle, ici même, de nombreux artisans utilisaient la force motrice du Rhône. Le soir, les machines éteintes n’avaient plus besoin de pression: une sorte de soupape permettait alors de laisser s’échapper l’eau vers le ciel. C’est ainsi que l’idée du Jet d’eau est née, avant que le système ne soit recréé, en 1891, dans la jetée des Eaux-Vives.

Longeant le BFM, nous prenons conscience de la puissance du fleuve rugissant sous le bâtiment, avant d’atteindre un autre haut-lieu alternatif genevois: l’Usine. Difficile de croire qu’en ce lieu connu pour ses soirées animées, on dégrossissait jadis l’or qui était utilisé par les horlogers.

Passé le barrage du Seujet, nous arrivons sur le chemin menant vers la Pointe de la Jonction. Ici, la nature reprend ses droits: sur la rive d’en face, les falaises de St-Jean surplombent une forêt appréciée des promeneurs. La pluie ayant été au rendez-vous ces derniers jours, le fleuve s’est invité sur le chemin le longeant. Plus loin, nous tombons sur le dépôt des Transports publics genevois. «Il est question de reconvertir toute cette zone, souligne Evelyn Riedener. Par exemple avec la construction de tours d’habitation ou l’aménagement d’un grand espace vert, mais aucune décision n’a encore été prise.»

Suite aux pluies abondantes, le niveau du Rhône a monté de manière considérable.

Nous parvenons à la Pointe, où les eaux troubles, riches en limon, de l’Arve se jettent dans celles, limpides, du Rhône. Devant nous s’élève le pont de la Jonction. Une dernière histoire avant d’achever la balade? «Un barrage a été construit en profondeur, pour éviter que l’Arve ne remonte le cours du Rhône en cas de violentes crues. Des textes datant du Moyen-Âge font mention de moulins qui tournaient dans le mauvais sens…»

À la Pointe de la Jonction, les eaux de l’Arve se mêlent à celles du Rhône.

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