31 mars 2014

Gifles et fessées bientôt hors-la-loi?

Alors que plusieurs pays ont sauté le pas, la Suisse n’a toujours pas formellement inscrit l’interdiction des châtiments corporels dans la loi. Un rapport d’experts veut les bannir à l’heure où l’ONU est en passe d’examiner les droits de l’enfant en Suisse.

Une mère gifle son enfant
Faut-il interdire gifles et fessées en Suisse? Les avis sont très partagés. Photo: Photononstop RM/F1 Online
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«Qui aime bien châtie bien», dit l’adage. Une bonne fessée ou une claque de temps à autre lorsque son enfant ne veut décidément rien entendre, voilà qui remet les idées en place et fait entrer les règles dans les têtes les plus dures. Une certitude qui prévaut encore à l’heure actuelle. Sans être des tortionnaires avérés, de nombreux parents débordés avouent avoir une fois ou l’autre recouru à la manière forte face au refus d’obtempérer de leur bambin.

Une pratique interdite dans plus de trente pays

Rien de mal à donner une claque ou une fessée? Une question de point de vue. Pour le Réseau suisse des droits de l’enfant, de telles pratiques ne sauraient avoir cours de nos jours.

Dans un récent rapport publié en vue de l’examen par l’ONU en 2015 des droits de l’enfant dans notre pays, ils souhaitent que la Suisse ancre dans sa loi l’interdiction des châtiments corporels.

La demande n’est pas nouvelle, mais elle s’est jusqu’à maintenant heurtée à un refus. La raison invoquée par le Parlement qui s’est penché sur la question en 2008: les dispositions légales en vigueur permettent de protéger les enfants des mauvais traitements. Pourtant de nombreux pays, la Suède en tête, cela en 1979 déjà, et plus récemment le Honduras, en 2013, ont sauté le pas.

Un Etat trop interventionniste?

Face aux abolitionnistes de la fessée et de la gifle, les défenseurs du statu quo prônent la liberté individuelle.

Pas question que l’Etat vienne mettre son nez dans ce qui relève de la sphère la plus intime: l’éducation des enfants. Interventionnisme, risque de dérives, dénonciations abusives, les épouvantails brandis sont nombreux. A l’inverse, les tenants de l’éducation non violente plaident pour une portée avant tout symbolique, loin du flicage parental.

«Inscrire l'interdiction de la fessée dans la loi a avant tout une portée symbolique»

Christine Barras, psycho-pédagogue, auteure de «Sociologie de la fessée», Ed. Eclectica.

Inscrire l’interdiction de la gifle et de la fessée dans la loi, est-ce une mesure vraiment utile?

Oui, mais à condition que cette interdiction ne soit pas accompagnée de sanction. Dans ce sens, le cas de l’Allemagne, où la fessée est bannie depuis 2000, est intéressant, car l’interdiction est ancrée dans le code civil et non dans le code pénal. Sa portée est avant tout symbolique.

Légiférer, cela revient à cautionner l’intervention de l’Etat dans la sphère familiale. N’est-ce pas aller un peu loin?

Pendant des siècles, la famille était une boîte noire où l’éducation était strictement de son ressort. Le père légiférait, corrigeait, point final. Heureusement, cela a changé et c’est un bien. Il ne s’agit pas de poster un gendarme dans chaque famille, mais d’accompagner une éventuelle loi de mesures d’ordre éducatif. Le parent ne doit pas renoncer à la fessée parce que c’est interdit, mais parce qu’il a des ressources suffisantes pour envisager d’autres façons d’élever les enfants.

Donner une fessée ou une gifle, est-ce un acte de maltraitance?

Tout dépend du contexte et de l’âge auquel la gifle ou la fessée ont été données.

On dit «qui aime bien châtie bien»: la fessée peut-elle avoir une fonction éducative?

Non, il est important de rendre les parents attentifs au fait que la fessée ou tout autre châtiment corporel ne servent à rien. L’éducation peut se faire sans violence.

Comment faire preuve d’autorité sans châtiment corporel?

On a tendance à faire une confusion entre autorité et fessée, alors que la véritable autorité ce n’est pas la fessée. Un prof peut être autoritaire sans donner de coups, idem pour les parents. Les mots ou une punition privative devraient suffire.

© Migros Magazine - Viviane Menétrey

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