5 juin 2018

Giulia Dabalà: la voix comme unique instrument

La jeune et talentueuse Chaux-de-Fonnière Giulia Dabalà distillera sa pop sombre et envoûtante vendredi, sur une scène de Festi’neuch. Sans guitares ni batterie, uniquement avec sa voix.

Giulia Dabalà
Les chansons de Giulia Dabalà parlent d’écologie, d’injustice, d’inégalités et de droits humains. (Photo: Kosras Maros)

Dabalà, dabalàbalà… Son nom – le vrai, pas un pseudo pour la scène – se fredonne comme le refrain d’une chanson populaire. Heureux hasard ou signe du destin? Giulia n’en a cure, elle qui chante depuis l’enfance, «depuis que je parle, affirme ma maman». Dans le bac à sable ou sous la douche, habitée par le désir de donner de la voix pour chasser le spleen, exprimer sa joie ou se faire entendre tout simplement.

Ses longs cheveux noir corbeau tombent en cascade sur le cuir de son perfecto. Look rock’n’roll et ténébreux pour cette fille de 20 ans plutôt posée et sérieuse, qui nous reçoit dans les bureaux de l’école Ton sur Ton, là où elle enseigne le chant un jour par semaine. Le reste du temps, cette Chaux-de-Fonnière s’exile à Bâle pour se perfectionner au sein de la Hochschule für Musik, section jazz.

«Vous voulez un café?» Il n’y aura qu’une seule tasse fumante sur la table, car elle n’apprécie guère l’expresso qui sort de cette machine. «C’est sans doute à cause de mes origines italiennes.» Son papa vient de la Péninsule. Sa mère est d’ici. Et elle? Un peu citoyenne du monde sans doute puisqu’elle a très tôt voyagé en compagnie de ses parents.

Grandir dans une bulle

«Nous sommes partis au Pérou alors que je n’avais que trois mois. Nous y sommes restés deux ans et je suis allée trois fois au Machu Picchu. Enfin, c’est ce que l’on m’a raconté parce que je n’ai évidemment aucun souvenir de cette période.» Puis son médecin de père signe pour une nouvelle mission humanitaire, au Myanmar (anciennement la Birmanie) cette fois-ci. «Nous avons passé neuf ans là-bas.»

À Rangoon, Giulia vit une enfance insouciante et heureuse («Nous avions une piscine, il faisait toujours beau et chaud.»), entourée d’enfants d’expatriés et de riches Birmans. «J’ai grandi dans une bulle, inconsciente des énormes disparités qui existaient dans ce pays.» Coupée également du monde occidental dans cet État peu ouvert sur l’extérieur. «Nous n’avions même pas Youtube!»

Le retour en Suisse n’a donc pas été trop douloureux, surtout quand on a 13 ans et la vie devant soi. «J’étais contente de vivre à nouveau dans une certaine normalité.» Et aussi de pouvoir étancher sa grand’soif de culture. «Je souhaitais découvrir plein de choses, aller au concert, prendre des cours de chant, de théâtre, de danse.» Rattraper le temps perdu en quelque sorte.

Dans son existence d’alors, celle d’une adolescente studieuse, la musique éclipse petit à petit les autres activités. Jusqu’à devenir presque exclusive. Cette passionnée fait ses premiers pas sur scène dans des groupes amateurs, se forme à la «human beatboxing» (boîte à rythme humaine), découvre la «loop station» (appareil électronique permettant d’enregistrer et de diffuser des sons en boucle) et se met à composer dans la solitude de son local.

De cette phase faite de tâtonnements et d’expérimentations naîtront quatre titres réunis dans un EP baptisé Voices . «Parce j’ai utilisé le seul instrument que je maîtrise à 100%: la voix.» De la pop un peu sombre mâtinée de jazz. Des textes en anglais à travers lesquels elle fait passer des messages «pas trop explicites». Il y est question de droits humains et d’écologie, d’inégalités et d’injustice.

De solo à trio

La jeune femme enchaîne les concerts. «Seule avec ma «loop». Elle se dévoile, se met à nu. «Je suis moi-même sur les planches, je ne joue pas un personnage.» Fin 2017, son projet solo grandit et devient trio avec l’arrivée de Salomé Moana et Giulia Rosanna. «Ce sont deux excellentes chanteuses avec qui je voulais travailler. Et puis, c’est important que les filles soient davantage représentées dans le business musical.» Sa corde féministe est plutôt sensible.

L’atmosphère qui se dégage des performances de ces trois drôles de dames, l’originalité de leur univers vocal attirent très vite l’attention des programmateurs de Festi’neuch, qui les ont invitées à se produire le 15 juin prochain, sous le label Dimension Jeunes Talents. «Une belle reconnaissance, l’occasion de toucher un large public.»

Et après, dans cinq ou dix ans, qu’est-ce qui fera vibrer Giulia Dabalà? «La musique encore et toujours», répond-elle sans l’ombre d’une hésitation. «J’ai envie de progresser, d’évoluer et de pouvoir vivre de mon art même si ça reste extrêmement difficile en Suisse.» Nous la quittons en lui souhaitant des lendemains qui chantent…

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