10 mars 2018

Guy Delisle, le bédéiste aux goûts d'ailleurs

Auteur et dessinateur multi-primé, Guy Delisle a fait une halte en Suisse pour partager sa passion du BD-reportage.

Guy Delisle
Guy Delisle préfère raconter des histoires basées sur le réel. (Photo: Fred Merz)
Temps de lecture 3 minutes

Le ciel de Genève est bas et lourd, l’heure matinale. Guy Delisle nous attend dans le lobby de son hôtel où la statue de Tintin fait face à la gare Cornavin. Le décor ne pouvait pas être mieux trouvé pour rencontrer ce célèbre bédéiste qui a fait du voyage l’un des objets principaux de ses ouvrages. Celui qui réside aujourd’hui dans la lumineuse ville de Montpellier avec sa femme et ses deux enfants confie alors, avec un brin de nostalgie, que le soleil lui manque et pour cause. Cela fait une semaine qu’il est sous la grisaille de la ville du bout du lac pour un atelier de BD reportage, organisé en collaboration avec le Festival du film et Forum international sur les droits humains (FIFDH). À l’occasion de cette nouvelle édition, il a d’ailleurs été désigné «artiste à l’honneur». Rien d’étonnant lorsque l’on connaît le parcours singulier de cet auteur multi-primé de 52 ans.

Depuis que Guy Delisle a quitté le Québec – sa terre natale – à 19 ans pour partir à la découverte du Vieux Continent, il a conservé un certain goût pour l’ailleurs. De Shenzhen à Rangoun, de Pyongyang à Jérusalem, le dessinateur s’est longtemps baladé dans des régions où la question des droits de l’homme est omniprésente. «Ces lieux, j’y suis d’abord allé pour accompagner ma femme qui travaillait pour Médecins sans frontières. Elle voulait réaliser de grandes missions humanitaires d’une année et, de mon côté, je trouvais précieux qu’elle puisse le faire, donc je suis parti avec elle.» De ses voyages, il tire alors des livres sous forme de roman graphique qui décrivent – toujours avec un humour acéré – son expérience sur place. «Là-bas, j’étais femme d’expat, lance-t-il ironiquement. En Birmanie, par exemple, je me baladais souvent en poussette avec mon fils encore bébé, et de là sont nés des moments assez cocasses qui m’ont inspiré le livre «Chroniques birmanes»

Des situations drôles et incongrues

En premier plan de ses récits de voyage, Guy Delisle s’attache ainsi à raconter les rencontres, les situations parfois incongrues ou drôles du quotidien, alors qu’en trame de fond se déclinent les thèmes de la guerre et de la dictature. «La question de la liberté est très présente dans mes BD, surtout dans la dernière où je raconte l’histoire vraie de Christophe André qui s’est fait kidnapper en Tchétchénie. Être privé de sa liberté, c’est à peu près, pour moi, ce qui peut arriver de pire.» L’ouvrage intitulé «S’enfuir» relève du tour de force sur le plan graphique puisque le dessinateur doit raconter 111 jours de captivité avec, comme seul décor, une chambre, un matelas, un radiateur et une paire de menottes. Mais Guy Delisle semble avoir le goût du défi comme celui de la narration qui explore le vécu. Impossible d’ailleurs de séparer sa vie de son œuvre.

«Je trouve que lorsqu’une histoire est vraiment basée sur le réel, on le sent et le lecteur aussi. Partir de rien, c’est trop caricatural, alors que puiser dans le vécu me semble plus simple, comme parler de ma vie à la maison avec mes enfants, raconter les conneries qu’on peut faire avec eux.» Ses enfants, justement, tiennent un rôle central dans la vie de celui qui accorde une grande place à la famille. «J’ai eu un père absent, c’est donc important pour moi d’être présent. Après notre dernière expérience à Jérusalem, ma femme a d’ailleurs arrêté de travailler dans l’humanitaire. Mes enfants étaient plus grands et ça devenait compliqué. Aujourd’hui, on a donc posé nos valises.» Loin de ses pérégrinations le long des dictatures, ses dernières BD font ainsi la part belle à sa vie de parent. «Le guide du mauvais père, décliné en plusieurs tomes, c’est de l’autobiographie mais toujours au service de l’humour.» Auteur prolifique, il publiera d’ailleurs en juin 2018, le quatrième et dernier numéro de cette série d’ouvrages autobiographiques.

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