20 février 2020

Là où la vie est plus belle

Résumer la Haute-Engadine à Saint-Moritz et ses palaces est une erreur commise uniquement par les béotiens et les jet-setters. Les amoureux de la nature et les sportifs savent parfaitement que cette idyllique région des Grisons a bien plus à offrir.

La lumière sur le lac de Sils gelé offre une atmosphère magique.
La lumière sur le lac de Sils gelé offre une atmosphère magique.

En patins sur la glace (noire)

Perché à 1800 m d’altitude, le fond de la vallée de la Haute-Engadine est rythmé par un chapelet de cinq lacs: Staz, Saint-Moritz, Champfèr, Silvaplana et Sils. Pour les admirer d’un seul coup d’œil, il faut grimper en funiculaire au sommet de Muottas Muragl d’où la vue est époustouflante. Et pour se les approprier, il suffit de les fouler. Gelant chaque hiver, ils accueillent de nombreuses activités. Devant Saint-Moritz l’exubérante, les milliardaires assistent à des courses hippiques, des matchs de polo ou des parties de cricket. Ailleurs, les autres plans d’eau se transforment en pistes de ski de fond, en chemins de randonnée, en terrains de snowkite ou simplement en patinoires. Partout pourtant, que l’on soit riche ou non, la sensation rare d’évoluer sur la glace a quelque chose de grisant.

Cela est d’autant plus vrai lorsque la glace noire se forme. Pour que ce phénomène naturel apparaisse, il faut réunir deux conditions météorologiques: l’absence de neige fraîche et des températures sous zéro durant plusieurs jours. La couche solide qui se crée laisse ainsi apparaître les profondeurs du plan d’eau. Selon les locaux, la glace noire fait son apparition tous les cinq ans environ. Cela fut le cas en janvier, attirant de nombreux curieux et «instagrameurs». Mais au final, que la glace soit noire ou blanche, c’est-à-dire recouverte de neige, le spectacle hivernal des lacs de l’Engadine séduit immanquablement.

Les maisons patriciennes de Bever et leurs sgraffites valent le détour.

À ski de fond dans le val Bever

À quelques kilomètres à l’est de Saint-Moritz, le village de Bever vaut à lui seul le détour. Admirer ses maisons patriciennes décorées de sgraffites – dont les très belles Chesa Klainguti ou Chesa Salis –, c’est se retrouver en un instant au XVIe ou XVIIe siècle. Il est vrai que ce bourg a su se préserver des assauts de la modernité. Désormais protégé, le centre historique est inscrit à l’Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale (ISOS).

Juste derrière Bever se cache une autre merveille: une vallée parsemée délicatement de mélèzes, d’aroles et au milieu de laquelle coule un gentil ruisseau. Les fainéants pourront traverser ce val en montant dans un train des Chemins de fer rhétiques, les adeptes du plein air choisiront la piste de ski de fond 266 nouvellement balisée par «SuisseMobile». Partant de Bever, elle monte légèrement sur un peu plus de 3 km jusqu’à Spinas, un lieu-dit ne comprenant qu’une petite gare et une auberge accueillante. Il est prudent de réserver sa table si l’on souhaite y reprendre des forces et goûter au fabuleux cake aux marrons... Le retour se fait par le même chemin. Mais surtout le plus lentement possible. Car du val Bever, personne n’a vraiment envie d’en sortir tant l’on s’y sent bien, protégé par une force invisible – sans doute la même qui a su créer une telle perfection.

Infos sur l’itinéraire 266: suissemobile.ch

Exempte de trafic automobile et de ­remontées mécaniques, la vallée ­permet de se reconnecter à la nature.

À pied dans le val Fex

Juste au-dessus de Sils-Maria s’ouvre le val Fex que l’on peut emprunter en traîneau, à ski de fond ou à pied. Mais pas en voiture; elles y sont interdites. Depuis les années 1950, la commune de Sils a en effet passé un accord avec Pro Natura, Pro Helvetia et Patrimoine suisse qui l’engage à y bannir le trafic automobile et à ne pas y installer des remontées mécaniques. De plus, la construction de maisons y est extrêmement contrôlée. Randonner dans cette vallée reculée permet par conséquent de se reconnecter très vite avec la nature. Loin de la grisaille et du chaos de la plaine, le visiteur trouve ici lumière et sérénité – et même un lieu de recueillement pour peu que l’on soit mélomane. Car c’est dans le minuscule cimetière de l’église de Fex Crasta que le grand maestro italien Claudio Abbado, un fidèle de la région, repose.

De Sils à l’Alp Muot Selvas, au fond du val, il faut compter environ trois heures de marche. Rien ne vous empêche cependant de faire demi-tour avant. L’essentiel n’est pas ici d’atteindre un but précis, mais simplement d’être dans un paysage intact. Juste avant de rejoindre Sils-Maria, il serait regrettable de ne pas pousser les portes du Waldhaus. Depuis plus d’un siècle, Josef et Amalie Giger, les fondateurs de ce fleuron de l’hôtellerie suisse, puis leurs descendants, accueillent chaleureusement leurs hôtes, sans distinction aucune. On prend une tasse de thé en musique dans le grand hall, le regard perdu dans les arbres saupoudrés de neige se dressant derrière les larges baies vitrées. Très exactement comme en 1908, date de l’ouverture de l’hôtel.

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