8 février 2018

Haute-Nendaz (VS): à l’ombre des arbres millénaires

Au-dessus de Haute-Nendaz (VS), un sentier hivernal, qui va de Tracouet au pied du Plan du Fou, permet d’admirer les plus gros et les plus anciens mélèzes d'Europe.

Un skieur sur un télésiège à Haute-Nendaz (VS):
En contrebas du télésiège, le plus majestueux mélèze de la forêt, pompeusement baptisé «Le roi de Balavaux» à Haute-Nendaz (VS).

Le train s’enfonce dans la large vallée du Rhône. A grande vitesse, entre deux rangées de sommets enneigés. Le car postal ensuite, qui grimpe le long d'une route sinueuse conduisant à Haute-Nendaz. Et enfin, la télécabine qui quitte cette station pour rejoindre Tracouet (2200 m). Cette rando démarre comme une course d’école, les cris d’enfants en moins.

Là-haut sur la montagne, le somptueux panorama nous laisse pantois. Rarement, nous avons vu les Alpes si blanches. «Six mètres de neige sont tombés ici depuis le début de la saison, soit autant que les précipitations cumulées des deux dernières années», relève Jean-Noël Glassey, alias Jackson, accompagnateur en moyenne montagne. C’était d’ailleurs un peu la panique en Valais les jours précédents notre venue.

Cette abondance de flocons nous oblige à chausser des raquettes (normalement, on peut arpenter ce sentier hivernal à pied) et à modifier notre parcours initial. «Impossible de passer au pied de la Dent de Nendaz à cause des risques d’avalanche.» Notre guide désigne de son index l’impressionnante et menaçante corniche, qui a jusqu’ici résisté au dynamitage et bouleverse donc nos plans.

Le lichen, garantie d’un air pur

En lieu et place, nous suivons l’itinéraire classique et balisé de rose. À notre grande surprise, il est déjà damé. Les employés de la station n’ont pas chômé et ne comptent sans doute plus leurs heures supplémentaires. Nous passons sans le voir juste à côté du Lac Noir qui est, encore pour quelque temps, recouvert d’un épais et froid linceul. De la musique d’ascenseur sort d’un haut-parleur accroché à la façade d’une buvette. Le brouhaha rassure, le silence apaise.

«Ne faites pas trop de bruit parce qu’il y a plein de marmottes qui dorment sous nos pieds», plaisante Jackson. Le lieu est en effet connu pour abriter une belle colonie de ces rongeurs. Mais comme plusieurs mètres de neige nous séparent de l’entrée de leur terrier, ces sympathiques bestioles peuvent continuer de roupiller tranquille, en attendant le retour du printemps.

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Face à nous, les Dents du Midi et le massif du Mont-Blanc qui disparaissent bientôt derrière les cimes de pins montagnards. Notre chaperon fait une pause. «L’arolle, c’est l’arbre qui monte le plus haut dans les Alpes, explique-t-il. Généralement, on en trouve jusqu’à 2400 mètres d’altitude. Mais depuis une dizaine d’années, à cause des changements climatiques, il en pousse même à 2450 mètres.» Cet ancien instituteur, aujourd’hui aubergiste (il tient un restaurant sur les hauteurs de Veysonnaz), poursuit son exposé: «Vous voyez, il y a du lichen sur les branches de celui-ci. C’est bon signe, ça veut dire qu’il est assez vigoureux pour nourrir ce végétal parasite et également que la qualité de l’air est bonne. Car où il y a de la pollution, il n’y a plus de lichen».

Des télésièges défilent à la queue leu leu au-dessus de nos têtes. Les mélèzes se font plus nombreux et plus imposants à mesure que l’on descend dans cette forêt peuplée d’épineux. «Le pâturage boisé de Balavaux où nous nous trouvons recèle les plus gros mélèzes d’Europe, précise Jean-Noël Glassey. Certains d’entre eux ont presque 1000 ans!»

Le pâturage de Balavaux recèle les plus gros mélèzes d’Europe. Certains d’entre eux ont presque 1000 ans.

Les témoins du Moyen Âge

Comme en témoignent leur tronc torturé, ces conifères en ont vécu des hivers et essuyé des tempêtes. Quelques-uns ont même reçu la foudre. Essayez simplement d’imaginer qu’ils étaient jeunes pousses en plein Moyen Âge! Mais comment se fait-il que ces vénérables ancêtres soient toujours debout et vaillants, eux dont l’espérance de vie ne dépasse en principe pas les 600 ans?

«À l’époque, des habitants d’Isérables voulaient gagner des surfaces d’alpage. Ils ont donc taillé dans la forêt sans toutefois faire coupe rase, histoire de garder des arbres pour que leur troupeau puisse brouter à l’ombre et que le terrain conserve une certaine humidité.» Arbres qui ont ainsi pu, dans ce bois désormais clairsemé, grossir, grossir jusqu’à devenir des mélèzes super balèzes.

Une étable sur l’Alpage de Balavaux, entre Tracouet et Plan du Fou.

Un roi nu

«Vous voulez voir le plus majestueux d’entre eux?» Difficile de résister à la tentation. Nous plongeons à la suite de notre accompagnateur (sans guide, nous ne serions évidemment pas sortis des sentiers battus et balisés) pour aller saluer cette très vieille branche. Nous l’apercevons en contrebas. Et plus nous nous en approchons, plus nous nous sentons riquiquis.

Encore quelques centaines de mètres et nous voilà face à ce fameux résineux baptisé pompeusement «Le roi de Balavaux». Un roi nu à cette saison. Ses dimensions sont monumentales: 30 mètres de haut pour une circonférence au sol frôlant les… 12 mètres! Faute de carottage (il est dûment protégé comme ses voisins), les experts estiment qu’il a déjà vécu entre 800 et 1000 printemps. Son écorce est si vieille qu’on la dirait fossilisée.

Retour sur la piste. Il fait ce jour-là tellement chaud que nous tombons la veste. Après une légère montée, nous arrivons au pied du Plan du Fou. L’idée était d’y grimper en téléphérique pour profiter de la vue que l’on dit grandiose, mais celui-ci ne fonctionne pas. Renseignements pris, l’entrée de la station supérieure est en partie obstruée par de la neige.

Il ne reste plus qu’à rebrousser chemin avec Jackson, direction Tracouet. Au passage, nous enlaçons le tronc de l’un de ces mélèzes hors d’âge, lui promettant de revenir le voir à la belle saison lorsqu’il aura revêtu son beau manteau d’aiguilles…

L’arrivée à Tracouet, point de départ de notre randonnée en montagne.
Jean-Noël Glassey, accompagnateur en moyenne montagne.

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