26 septembre 2019

Une passion qui ne manque pas de piquants

Amoureuse de la nature et des hérissons, Béa Gisiger vient d’ouvrir un nouveau centre de soins, chez elle à Tavannes (BE). Pour sauver le mammifère de plus en plus menacé par les dangers contemporains

Béa Gisiger et sa petite protégée, Zira.

Juste une petite enseigne, «À Cœur Sauvage», avec la silhouette à piquants, accrochée au portail. C’est là, dans une maison en bordure de route, à Tavannes, que vient d’ouvrir le nouveau centre de soins pour hérissons. Une initiative personnelle, l’engagement d’une amoureuse de la nature et de toutes les bêtes qui la composent: celui de Béa Gisiger, mère de quatre enfants et ancienne employée du zoo de Crémines. «J’ai toujours aimé les hérissons, mais on en voit de moins en moins. À cause des voitures et des pesticides, on dirait que cet animal n’a plus sa place. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose», dit-elle en préambule, escortée par son chien Bella.

Depuis plusieurs mois, elle a donc préparé le terrain, coupé la maison en deux. La famille habite à l’étage, tandis que le rez-de-chaussée est devenu l’espace de ses petits protégés, avec une cuisine-laboratoire et une chambre comme salle d’accueil. Trois grandes caisses en plastique transparent accueillent ce jour-là cinq pensionnaires. Ça sent le lait caillé, comme à l’intérieur d’une fromagerie. «C’est l’odeur des hérissons, prévient Béa Gisiger. Pourtant, je nettoie les caisses et les linges tous les jours!»

Chaque jour, les hérissons doivent être pesés. Ils ne peuvent être relâchés que quand ils atteignent le poids de 500 grammes.


Réapprendre la vie sauvage
Nala, Rafiki, Timon, Simba et Zira ne sont pas des Télétubbies, mais les cinq survivants d’une fratrie de sept, débarqués d’une ferme des Breuleux au début du mois d’août. Soixante grammes pièce, piquants compris, abandonnés par leur mère. «La nature n’est pas douce avec eux. Les parents ne leur apprennent rien, ils doivent se débrouiller seuls.» Béa Gisiger soulève le léger voile qui protège les caisses – pour éviter que les mouches ne viennent pondre sur le dos des hérissons et que les larves ne les boulottent vivants – et tend sa main à Zira. «En leur donnant des noms et des couleurs, un petit trait de vernis à ongle sur le dos, on les reconnaît plus facilement. Et puis, ça crée des liens.» La petite hérissonne vient s’installer dans sa paume, pas farouche pour un sou. Une jolie frimousse avec deux yeux noirs pas très perçants, pour un poids total de 250 grammes sur la balance. Important, le poids. C’est lui qui détermine la remise en liberté. «Il faut qu’ils atteignent 500 grammes pour pouvoir être relâchés et hiberner sans risques. Leur température corporelle passe de 36 °C à 5 °C et ils perdent jusqu’à 30% de leur poids initial pendant l’hiver.»

Tout le combat que l'on mène pour les sauver, on l'oublie quand on tient un hérisson dans sa main.


Mais avant d’en arriver là, les premiers soins relèvent de l’emploi à plein temps, voire de l'abnégation. Toutes les deux heures, y compris la nuit, il faut réhydrater les bébés à la pipette, 2 ml de thé de fenouil, avant de passer au lait pour chiots et plus tard, à la pâtée pour chats. Sans oublier une pesée par jour et l’auscultation méticuleuse du noctambule: tiques, puces et mycoses se cachent souvent sous les piquants. «Tout le combat que l’on mène pour les sauver et trouver des fonds, on l’oublie quand on tient un hérisson dans sa main», sourit Béa Gisiger en gratouillant la joue de Zira, qui lui agrippe le doigt avec ses petites griffes. Dans quelque temps, celle-ci pourra passer à l’acclimatation à l’extérieur. Trois enclos permettent aux pensionnaires de réapprendre la vie sauvage: chercher les insectes, chasser la limace, faire un nid. C’est pour cette raison que Béa Gisiger, épaulée par sa fille Floriane, gagnée à la cause, milite contre les jardins tirés au cordeau: «Il faut laisser des feuilles mortes, du foin et des branchages par terre. Les hérissons aiment s’y abriter pendant la journée.»

Plusieurs petits spécimens ont pu être relâchés avec succès.


L’Arche de Noé
Coups de main et donateurs attendris viennent de partout. Désormais, les gens l’appellent de toute la région, de Courrendlin à Saint-Imier, en passant par La Neuveville, pour lui demander conseil ou lui amener des hérissons blessés. «Le tout premier que j’ai accueilli avait une patte en moins et la face gauche arrachée. Il était passé sous une tondeuse électrique pendant la nuit. Quand je l’ai vu, j’ai su qu’on ne pourrait rien faire pour lui. S’il manque une patte arrière, il peut encore chasser, mais pas sans une patte avant.» Mais la plupart du temps, les histoires finissent bien. Plusieurs hérissons biberonnés et ravigotés ont déjà été relâchés. «On les remet à l’endroit d’où ils viennent ou dans des jardins d’accueil quand les gens nous les demandent.» Entre les lapins, les cochons d’Inde, cinq perroquets, les hérissons en convalescence, Bella et Fanfan, un chat noir à la patte atrophiée, la maison de Béa Gisiger ressemble à une Arche de Noé. «Ça me fait plaisir, c’est mon zoo à moi. C’est un peu mon île, mon coin perdu où je passe le temps que je veux. J’espère surtout que mes futurs petits-enfants verront encore des hérissons.»

Béa Gisiger et Zira, 250 grammes piquants compris.

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