27 octobre 2014

Hérissons: un engagement qui ne manque pas de piquant

Le hérisson est un animal emblématique de la biodiversité dans nos cités. A Vernier, Christina Meissner vient au secours d’espèces affaiblies ou blessées et milite pour un plus grand respect de la nature en milieu urbain.

Le hérisson ne sort pas en plein jour, sauf s’il est souffrant et qu’il a  besoin d’aide.
Le hérisson ne sort pas en plein jour, sauf s’il est souffrant et qu’il a besoin d’aide.
Temps de lecture 6 minutes

De prime abord, la villa de Christina Meissner dans un quartier résidentiel de Vernier (GE) ressemble à celle de ses voisins. Si ce n’est ce panneau jaune «danger hérissons» à l’entrée de la rue qui aurait pu déjà nous mettre sur la piste... A peine arrivés, la maîtresse des lieux nous accompagne jusque dans le sous-sol de la bâtisse. C’est là que résident actuellement 14 hérissons, répartis dans une vingtaine de cages soigneusement alignées au centre de la pièce.

Le meilleur ambassadeur de la diversité urbaine

Christina Meissner et son centre de soins SOS Hérissons, agréé par les gardes-faune genevois, est célèbre loin à la ronde. Il faut dire que cette biologiste de formation accueille ici pas moins de 150 bêtes par année. Elles proviennent majoritairement du canton de Genève, mais aussi pour un tiers de France et environ un cinquième du canton de Vaud. Voire dans certains cas de plus loin… «On me contacte quotidiennement, raconte-t-elle. Pour me demander conseil ou me proposer d’accueillir l’un ou l’autre hérisson blessé ou affaibli. Même des vétérinaires font appel à moi.»

Biologiste de formation, Christina Meissner recueille et soigne des hérissons depuis dix ans.
Biologiste de formation, Christina Meissner recueille et soigne des hérissons depuis dix ans.

Voilà déjà dix ans que la Genevoise a ouvert le refuge, suite à la découverte d’un hérisson malade dans son jardin. Toute la carrière de la quinquagénaire tourne d’ailleurs autour du thème de l’écologie. Elle a travaillé notamment à l’Office fédéral de l’environnement, participé à la fondation de Pro Natura Genève et a occupé le poste de secrétaire générale de l’association Pic-Vert jusqu’en décembre 2013.

Pourquoi ce combat plutôt qu’un autre?

Le hérisson est le meilleur ambassadeur de la biodiversité en milieu urbain.

Elle poursuit: «Il est l’un des seuls mammifères sauvages à fréquenter nos jardins.» L’autre atout, c’est sans aucun doute sa jolie frimousse. «Très rares sont les personnes qui ont peur des hérissons!» Sans compter que le petit animal aide à prendre conscience de l’importance des corridors biologiques en ville, puisqu’il vit sur un territoire de deux ou trois hectares et donc généralement à travers plusieurs jardins.

Ce petit spécimen devra prendre beaucoup de poids pour passer l’hiver.
Ce petit spécimen devra prendre beaucoup de poids pour passer l’hiver.

SOS hérissons recueille le plus souvent des individus blessés ou malades et déjà attaqués par les parasites. «Ces animaux sortent la nuit. Si vous rencontrez un spécimen en plein jour, c’est qu’il est certainement souffrant et requiert votre aide», indique Christina Meissner tout en nous présentant ses petits patients. Il y a d’abord Florian: «Un joli succès! Il souffrait d’un énorme abcès sous la cuisse. Après le lui avoir retiré, il a fallu agrafer la plaie. Aujourd’hui, elle est entièrement cicatrisée.»

Pour baptiser ses petits pensionnaires, Christina Meissner s’inspire de ceux de mes collègues au Grand Conseil genevois.
Pour baptiser ses petits pensionnaires, Christina Meissner s’inspire de ceux de mes collègues au Grand Conseil genevois.

Place ensuite à Gilberte et sa patte cassée, Arthur et sa mâchoire fracturée, la vieille Alexia attaquée par les teignes ou encore Andrea qui a été la proie de tiques. «Leur nom? Je les choisis moi-même. Je m’inspire de ceux de mes collègues au Grand Conseil genevois.» Christina Meissner cumule en effet les engagements. En plus de sa place au législatif cantonal, dont elle occupe le poste de cheffe de groupe UDC, elle est aussi présidente du Conseil municipal de Vernier.

Avec un emploi du temps aussi chargé, c’est donc bien volontiers qu’elle accepte l’aide de bénévoles au refuge. «Tous les jours je peux compter sur la présence d’un volontaire. Et de nombreuses autres personnes me font don de paquets de croquettes...»

Un travail de sensibilisation important

Il y a aussi ces classes d’école qu’elle accueille régulièrement au centre de soins. «Le travail de sensibilisation est très important, notamment avec les propriétaires de villas», indique Christina Meissner qui a paraphé la Charte des jardins (lire ci-contre), engagement moral à rendre son coin de terre plus enclin à abriter la vie animale. «Mais les efforts à fournir sont encore plus importants autour des immeubles collectifs. Des terrains généralement très pauvres en termes de biodiversité.»

Clou de la visite: cette maman hérisson et ses trois bébés retrouvés sur un chantier genevois. Un par un, Christina Meissner les sort de leur nid et les pèse. «Ils font tous dans les 100 grammes. Il faudrait qu’ils atteignent au minimum 500 à 600 grammes pour passer l’hiver!»

A voir la dextérité avec laquelle Christina Meissner manipule chacune des bêtes, on pourrait penser que le hérisson est presque domestiqué. Mais ne nous y trompons pas… «C’est une question de technique!» Et Christina Meissner de déplorer cette nouvelle tendance aux Etats-Unis à prendre un hérisson comme animal de compagnie.

C’est toujours un grand moment d’émotion de relâcher dans la nature mes patients une fois guéris. Mais c’est justement dans ce geste que se justifient tous mes efforts! D’ailleurs, même les petits hérissons qui ont grandi en cage retrouvent vite leur instinct sauvage.


Le danger du réchauffement climatique

Sylvie Benoît, enseignante retraitée à Neuchâtel, recueille depuis vingt-huit ans les hérissons en péril et organise des journées d’information en collaboration avec l’association Pro Natura.

Sylvie Benoît, enseignante retraitée à Neuchâtel, recueille depuis vingt-huit ans les hérissons en péril et organise des journées d’information en collaboration avec l’association Pro Natura.
Sylvie Benoît, enseignante retraitée à Neuchâtel, recueille depuis vingt-huit ans les hérissons en péril et organise des journées d’information en collaboration avec l’association Pro Natura.

Comment la situation des hérissons a-t-elle évolué en Suisse ces dernières années?

Le principal danger aujourd’hui est le réchauffement climatique. Les hérissons mettent bas une première fois au printemps. Ces premiers jeunes de la saison sont les plus aptes à survivre puisqu’ils sont plus robustes que les nichées suivantes quand vient l’hiver. Or, depuis deux ans, nous connaissons des printemps très froids. Un drame pour les hérissons, qui ne parviennent pas toujours à trouver assez de nourriture et meurent d’épuisement…

Comment réagir si l’on découvre des bébés en danger?

Il s’agit de les abriter au chaud et de les nourrir, jusqu’à ce qu’ils aient repris assez de force pour survivre à l’extérieur. Il peut être utile d’ailleurs d’offrir un peu de nourriture aux hérissons au printemps, par exemple des bananes, noix et raisins secs. Ce sont des aliments que les chats ne mangent pas… S’ils disparaissent de votre jardin, vous pouvez donc être certain que c’est l’œuvre d’un hérisson!

A quel autre point faut-il rester attentif?

L’autre grand danger, ce sont les débroussailleuses. Avant de vous attaquer à un buisson, contrôlez bien qu’aucun hérisson ne s’y cache! Il s’agit aussi d’être très vigilant avec les produits anti-limace qui peuvent se révéler toxiques pour les hérissons, eux qui raffolent de mollusques. Et il y a finalement bien sûr le problème de la route…

La population est-elle aujourd’hui assez sensibilisée?

Le hérisson est généralement très apprécié par la population mais pas toujours connu comme il le faudrait. On imagine par exemple qu’il grouille de parasites… ce qui ne concerne pourtant qu’une minorité de spécimens. Il est important de continuer un travail d’information à propos de cet animal, et principalement avec les enfants.

© Migros Magazine - Alexandre Willemin

Texte: Alexandre Willemin

Photographe: Guillaume Mégevand

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