16 mars 2018

L’hermine, animal de l'année

Désigné Animal Pro Natura 2018, le petit mustélidé est un amie méconnue des paysans: il débarrasse les cultures des campagnols qui, certaines années, y pullulent.

hermine
L’hermine est un petit animal solitaire, qui ne se laisse pas facilement apercevoir. (Photo: iStock)

Vive et jolie, la petite hermine s’aperçoit difficilement. Surtout en cette saison où, à part son bout de queue toujours noir, sa robe se pare entièrement de blanc. «Une mue adaptative, comme le lièvre variable, qu’elle adopte à la fin de l’automne. Et qui lui permet de se faire discrète dans la neige puisqu’elle reste active tout l’hiver», explique Quentin Kohler, membre de Pro Natura Neuchâtel. Pour elle, le danger vient souvent du ciel: oiseaux de proie, hérons et chouettes s’en régalent. Sur terre, chiens et chats la pourchassent. «Mais son principal prédateur reste l’homme», rappelle le jeune biologiste qui s’occupe dans le Gros-de-Vaud du programme de conservation et de promotion consacré au lézard agile, à l’hermine et à la belette encore plus menacée.

«Même s’il est très difficile de quantifier la population des hermines en Suisse, on sait qu’elle diminue lentement mais sûrement», poursuit-il. En cause, une diversité du paysage en berne avec la pression grandissante de l’habitat et de l’agriculture sur les enrochements naturels, les prairies permanentes et autres zones en jachère. Dédaignant la forêt, l’hermine vit dans des paysages variés et ouverts, comme celui où nous nous trouvons aujourd’hui, entre Sottens (VD) et Peyres-Possens (VD).

L’hermine aime se cacher avec ses petits dans les tas de pierres appelés murgiers

Animal territorial, le petit mustélidé est aussi solitaire, mâle et femelle ne se rencontrant qu’en période de reproduction. La maman se voit souvent accompagnée de ses petits, le mâle cherchant d’autres femelles pour s’accoupler. Même proche de la route, les champs non cultivés constituent une zone de vie intéressante. Mais, premier problème, les structures fonctionnelles dans lesquelles la femelle peut se cacher avec ses petits font défaut. «Dans sa zone de reproduction, l’hermine a idéalement besoin de quatre ou cinq endroits, tas de bois ou de pierres appelés murgiers Autrefois, ces tas de pierres se constituaient naturellement à partir de celles que l’on avait ôtées de la prairie pour faciliter le fauchage ou le pâturage. «L’idée est d’en recréer en collaboration avec les agriculteurs qui acceptent la démarche», ajoute Quentin Kohler. Car l’hermine constitue un excellent auxiliaire d’agriculture. Bonne chasseuse, elle se nourrit adulte d’un à deux campagnols par jour. Les années où ceux-ci pullulent dans les champs, elle contribue donc à éviter leur prolifération. Mais pour cela, elle a besoin d’une «bonne connectivité spatiale entre sa zone de vie et sa zone de chasse parfois distante de plusieurs kilomètres. Il faut des haies, une bande d’herbes non fauchée, des arbres qui lui permettent de circuler de l’une à l’autre en se cachant.»

Recréer les axes de migration

Là aussi, l’agriculture intensive et le mitage du territoire ont fait disparaître une bonne partie de ces axes de migration que le programme vise à recréer. «Plus il y aura d’agriculteurs et d’agricultrices prêts à aménager et entretenir ce type de petites structures, plus l’hermine pourra remplir son office de chasseuse de souris. Sans compter que ces petites structures offrent aussi un habitat naturel à nombre d’autres espèces animales», explique-t-on à Pro Natura, qui ajoute que, comme pour beaucoup d’autres espèces, passerelles et tunnels de migration doivent éviter l’hécatombe des voies de communication.

Pro Natura suit l’évolution de l’animal sur le territoire.

Financer la construction de murgiers

Le projet du Réseau Hermine a débuté l’an dernier par une analyse détaillée de cette partie du Gros-de-Vaud avec la délimitation d’endroits où, comme ici, le milieu naturel pourrait être adapté avec peu d’efforts. «Nous avons également pris contact avec des forestiers et des agriculteurs via les réseaux agro-biologiques et les mesures de promotion de la biodiversité qui constituent l’un des étages des paiements directs à l’agriculture. » Le projet prévoit de financer tout ou partie de la construction de ces murgiers (on dit aussi murgers), ainsi naturellement que des conseils suivis de la part de professionnels qui accepteront d’entrer dans la démarche. 

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