23 avril 2018

Soyez narcissique!

Le narcissisme, c'est bon pour la confiance en soi. L’écrivain Fabrice Midal tord le cou aux idées reçues en invitant chacun de nous à cultiver ce vilain défaut.

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Mis en œuvre à bon escient, le narcissisme est de nos jours libéré de son poids honteux. (Illustration: Sylvie Serprix)
Temps de lecture 4 minutes

Ils se prennent en selfie, guettent les likes sur Facebook, donnent leur avis sur Twitter et partagent leurs photos sur Instagram. Depuis l’avènement des réseaux sociaux, jamais cet amour de soi version 2.0 n’a autant fait jaser sociologues, intellectuels ou encore psychologues. Certains y voient un jeu névrotique avec l’image, d’autres le symptôme d’une véritable crise identitaire. Ils sont nombreux à y percevoir le signe d’un narcissisme qu’il s’agirait de clouer au pilori.

Une condamnation dénoncée par Fabrice Midal dans son ouvrage «Sauvez votre peau! Devenez narcissique!» Voilà deux impératifs que cet écrivain à succès et l’un des principaux enseignants de la méditation en France clame partout où il le peut. Un pavé dans la mare des idées reçues. Le narcissisme, ce vilain défaut à la limite du gros mot, était jusqu’ici un trait de personnalité qu’il fallait davantage dissimuler que revendiquer.

Ainsi, plutôt que l’amour de soi, il faudrait privilégier les sens de l’altruisme et du sacrifice. Mais c’est là que le bât blesse pour Fabrice Midal, car pour pouvoir aider et aimer les autres, il serait nécessaire de commencer par soi tout en apprenant à dire non lorsque nous sommes parfois poussés à bout.

Réinterpréter le mythe

Selon l’auteur, nous nous serions trompés sur la définition même du narcissisme qui trouve ses racines dans le mythe bien connu de Narcisse. Un mythe mal compris et qui ne désignerait pas ce jeune homme subjugué par son propre reflet et coupable de ne penser qu’à lui, mais l’être qui apprend à se rencontrer, à se respecter et à se faire confiance.

«Je trouve cette compréhension intéressante, commente Paul Jenny, psychologue à Lausanne. Je travaille justement dans ce sens, sauf que je n’utilise pas le terme de narcissisme avec mes patients. Je reprends leurs termes, ce qui fait du sens pour eux.» Loin d’être un vilain défaut, le narcissisme serait, toujours selon Fabrice Midal, la condition même de l’épanouissement dans une société qui connaît un accroissement de la souffrance au travail comme dans la vie privée.

Injonction de perfection

«Je pense que le burn-out est justement le problème des personnes qui cherchent à atteindre une certaine perfection dans un contexte de vie qui n’offre plus une satisfaction suffisante, poursuit Paul Jenny. Une bonne dose d’estime de soi peut donc être très utile selon les contextes professionnels, surtout si ces derniers n’offrent pas la reconnaissance suffisante aux employés, par des feedbacks ou d’autres formes de considération.»

Il faudrait donc cesser de vouloir être parfait, comme il faudrait cesser de tenter de correspondre à une image qui n’est pas soi. «Les jeunes adolescents en recherche de repères peuvent par exemple vivre des souffrances s’ils cherchent à se comparer à des images d’autres qui leur paraissent ‹mieux›, plus ‹ceci› ou ‹cela›, développe le psychologue. Là, je pense que l’impact des réseaux sociaux peut être négatif. Mais en discutant avec de jeunes patients à ce propos, il revient souvent qu’apprendre à utiliser les réseaux sociaux est important.» Ainsi, ceux qui guettent le moindre like sur leurs écrans sont moins sujets à une forme de narcissisme qu’en proie à une réelle insécurité.

Ne pas confondre les termes

Enfin, il ne faut pas confondre narcissisme et vanité ou nombrilisme, rappelle Fabrice Midal. Le vaniteux étale sa satisfaction de lui-même, attend qu’on le rassure et manque de confiance en lui. Le nombriliste n’est centré que sur lui-même. Le narcissique, lui, libéré de la vanité, se fait confiance et est ouvert à l’autre et à la rencontre. «Se connaître et être capable de se remettre en question sans devenir un autre sont de bonnes conditions pour vivre les relations, explique Paul Jenny. Tout comme être capable de sentir, de définir ses limites et de se diriger vers ce qui est bénéfique pour soi. C’est un processus individuel qui permet de rencontrer l’autre tel qu’il est, d’accepter sa différence et d’oser vivre des désaccords ou des conflits.»

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