30 juillet 2018

Horse agility: des jeux, de la complicité, de la liberté

Le horse agility a récemment fait son apparition en Suisse romande. Cette discipline équestre se pratique au sol, avec des chevaux en liberté. Guidés uniquement par la voix et les gestes, ces derniers doivent franchir divers obstacles. 

horse agility
Surmontant sa peur, «Safran» saute par-dessus les parapluies. Un exercice difficile, qu’il n’avait pas fait depuis longtemps. (Photos: Christophe Chammartin)
Temps de lecture 6 minutes

Un paddock de sable clair, parsemé de divers obstacles colorés. Puis un hennissement en réponse à notre coup de sonnette: pas de doute, nous sommes bien à l’Élevage de l’Abrannaz! Situé à Vuisternens-en-Ogoz (FR), ce paradis du cheval est géré d’une main ferme et bienveillante par Valérie Bourrit, épaulée par sa maman, son papa, son mari et ses deux enfants. Passionnée de cheval depuis sa plus tendre enfance, cette dernière a développé au fil des années une approche respectueuse de l’animal, considérant ce dernier comme un partenaire et non comme un «accessoire de sport».

Forte de sa formation sans cesse enrichie en équitation éthologique, la jeune femme propose des cours, fait de l’élevage et se consacre au travail avec les chevaux. En parallèle, elle travaille en tant qu’enseignante spécialisée à 40% – et a accepté il y a un peu plus d’un an d’être la représentante romande d’une toute nouvelle discipline, le horse agility. Basé sur les mêmes principes que celui destiné aux chiens, le horse agility métisse travail au sol et jeux libres. Le parcours est émaillé de plusieurs obstacles, que le cheval doit franchir le plus rapidement possible au pas ou au trot, sans faire de fautes. 

«Comète», «Tempête», et «Safran» prennent la pause...

Des exercices très complexes

Banal, pensez-vous? Au contraire, un exercice d’une grande complexité! Tout d’abord, le cheval est laissé totalement libre et est guidé uniquement par la voix et les gestes. Ensuite, «c’est un animal très claustrophobe et maladroit, qui accepte de franchir un obstacle seulement si c’est son choix. Comme me disait un chuchoteur: il faut donc faire en sorte que notre idée devienne la sienne…» Ainsi, il s’agit de faire preuve d’une persévérance extrême pour le désensibiliser et lui apprendre – d’abord en le guidant avec une longe, puis en le laissant finalement libre de toute entrave – à franchir différents obstacles qui bougent, font du bruit ou ont une forme étrange et donc forcément inquiétante pour lui. «C’est une discipline extraordinaire, qui s’adresse aussi bien aux petits chevaux qu’aux immenses, aux vieux et aux tout jeunes, s’enthousiasme Valérie Bourrit. Elle permet de beaux moments de complicité et de jeux, la différence étant simplement qu’on module l’approche en fonction de chacun. Parfois, je prends même une mère avec son petit qui suit derrière.»

Voilà plusieurs années déjà que la jeune femme s’intéresse au travail au sol. Elle pratique la discipline du horse agility avec concours depuis deux ans en Suisse alémanique, et a ainsi accepté de la faire mieux découvrir en Suisse romande, où on en parle depuis à peine une année. «Pour moi, l’agility est une approche parmi d’autres. Je n’ai vraiment pas l’esprit de compétition et ce que je veux avant tout, c’est que mes chevaux aient du plaisir. Or, ce qu’ils préfèrent, c’est la diversité.»

«Comète» traverse la «Vallée des serpents» en toute zénitude.

Entre tubes en mousse et gros ballon

Pour illustrer ces dires, Valérie Bourrit et sa maman mènent trois de leurs chevaux au paddock: «Safran», dont la robe «pie gris» comporte des taches blanches et des grises, «Comète», au tempérament fantasque et curieux et «Tempête», portante et d’une belle couleur isabelle – «Savez-vous que la couleur vient, dit-on, d’une femme qui jura de ne pas changer de robe tant que son mari ne serait pas revenu de la guerre? Quand il est rentré, la robe blanche était si sale qu’elle avait tourné au beige, et les manches au noir…»

La démonstration commence avec «Comète», qui traverse la «Vallée des serpents» (de longs tubes en mousse, accrochés de part et d’autre de barres en métal) en toute zénitude. Puis accepte de franchir d’un pas nonchalant un espace crépitant de bouteilles en PET écrasées. «Safran» enchaîne en faisant rouler devant lui un gros ballon rouge. «Récré!», lui crie Valérie Bourrit en le laissant alors galoper librement un moment. «Avant, il était dans une bulle, et soudain, il explosait, raconte-t-elle. Puis, à force d’exercices, il est devenu presque blasé et a commencé à faire les choses de manière mécanique, ce qui n’est pas bon non plus. J’ai ainsi appris qu’il était important de lui dire quand commence un exercice et quand il se termine. Cela lui permet de mieux se concentrer lors des moments de travail et de profiter des moments de liberté.» Pour aider ses chevaux à se recentrer avant un exercice, la jeune femme a une stratégie: ils veulent bouger? Elle les incite à le faire encore davantage, jusqu’à ce qu’ils trouvent finalement plus agréable de calmer le jeu et de marcher au pas…

Après l’effort vient le temps des câlins...

Rendre l’imprévisible prévisible

Prochain exercice pour «Safran»: passer sur un tapis entre deux parapluies colorés. «Est-ce que je lui laisse le licol? C’est juste pour la décoration, mais je vais le lui enlever, il se sentira plus libre», remarque son entraîneuse, qui se tient toujours à côté de lui pour ne pas le gêner dans sa progression et ne pas risquer de se faire bousculer.

«Safran» franchit l’obstacle sans encombre, puis prend la pose, crinière au vent et sabot en avant, avant de piétiner d’un air majestueux un matelas par terre. «Les chevaux détestent ce qui est imprévisible, et ce matelas l’est, car il va s’enfoncer dedans, souligne Valérie Bourrit. Mais plus on les entraîne, plus l’imprévisible devient prévisible, ce qui permet aux chevaux d’enchaîner les obstacles de manière fluide.» 

C’est ensuite au tour de «Tempête», passée en mode sieste en cette heure de grosse chaleur, de nous montrer ce qu’elle sait faire. Elle franchit sans problème la planche à bascule, puis pose ses deux sabots avant sur le podium, avant de sauter à travers un cercle dans un roulement de sabots. Pendant ce temps, «Comète», vexée qu’on ne s’occupe plus d’elle, grignote en douce un tube en mousse, avant de franchir d’elle-même un portique d’où pendent de longs rubans de plastique souple.

«Safran», toujours en forme, accepte ensuite de se lancer dans des exercices qu’il n’a pas faits depuis longtemps: il tourne la tête contre le flanc, entourant ainsi son entraîneuse de son cou, avant de sauter par-dessus les parapluies deux fois de suite. «C’est un exercice difficile, commente Valérie Bourrit: il y a une grosse hauteur, les parapluies font peur et il ne doit passer ni à gauche ni à droite.» Une carotte récompense son effort. «Comète» s’approche alors pour une caresse… tout en tendant les lèvres pour attraper elle aussi la friandise. Elle est rejointe par «Tempête» et «Safran», pour un grand câlin général face à l’objectif du photographe. Puis «Comète» s’éloigne en douce, pour faire tomber un obstacle d’un petit coup de hanche. «C’est tout elle, ça, commente Catherine Bourrit avec un sourire: il faut toujours qu’elle sème le chaos partout où elle passe!»

«Tempête», portante et d’une belle couleur isabelle, pose fièrement ses sabots avant sur le podium.

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