30 avril 2012

Il a un cancer, que puis-je lui dire?

Lorsqu’un proche se trouve confronté à une grave maladie, les mots manquent souvent. Pourtant, rester soi-même représente généralement la solution.

Une visiteuse se lance dans un monologue auprès d'un patient
On ne se sent pas toujours à l'aise face à une personne atteinte d'une maladie grave.

«De nos jours, la médecine fait des miracles», «Ça va aller», «T’es pas la seule», «Tes cheveux vont repousser»... Oubliez toutes ces petites phrases la prochaine fois que vous rendrez visite à un proche qui souffre d’une longue maladie, comme le cancer, et que vous voulez lui remonter le moral.

Line Schindelholz, de Courrendlin (JU), en a fait l’amère expérience: «J’ai dit toutes ces phrases à mon père lorsqu’il était hospitalisé. Six mois plus tard, c’était à mon tour d’avoir un cancer. Quand on me les a ressorties, je me suis sentie tellement bête!»

Lorsqu’un proche est hospitalisé, souvent on est confronté à la difficulté de trouver les bons mots pour le réconforter. Pire, parfois l’on ferait mieux de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant sortir des phrases qui n’ont aucun sens. «Le choix des mots est très personnel, constate Sabine Jenny, responsable du Service d’information et de conseil de la Ligue suisse contre le cancer. Le seul conseil que l’on puisse donner est de rester authentique et d’inter­agir comme on l’a toujours fait dans la relation par le passé.»

De l’importance de poser les bonnes questions

Tout se joue au feeling et selon l’intensité du lien qui lie les deux personnes. Peut-il mettre des mots sur sa maladie? La prend-il avec humour? Parle-t-il de la mort? «On me demandait souvent comme j’allais. Non, ça ne va pas, sinon je ne serais pas à l’hôpital! Par contre, j’aurais aimé qu’on me demande plutôt comment je me sentais», raconte Line Schindelholz. De même, la complimenter sur sa bonne mine lui semblait totalement absurde. «Il suffit de mettre un peu de blush et d’ajuster sa perruque pour avoir l’air bien. C’est le crayon qui allait mal, pas sa mine.»

Au-delà des mots, il s’agit surtout d’être là lorsque la personne en a besoin. «Il faut accepter sa manière d’affronter la maladie, même si soi-même on aurait réagi autrement, et se montrer ouvert à la discussion. Eventuellement comprendre ses inquiétudes et ne pas les évoquer en permanence», note Sabine Jenny. S’il est difficile de s’asseoir au bord d’un lit d’hôpital, on peut se rendre utile pour toutes les petites questions de gestion quotidienne.

«Certains proches étaient devenus professeurs spécialistes»

La Jurassienne constate pour sa part que son cancer a fait le tri parmi ses amis qui ne savaient comment se comporter avec elle. Quant aux proches, «certains étaient tout à coup devenus professeurs spécialistes», alors qu’elle ne demandait qu’une présence. Lorsqu’elle a été déclarée en rémission, elle s’est investie au sein de l’association Vivre comme avant, qui vient en aide aux femmes atteintes d’un cancer du sein. «A ces femmes qui disaient qu’elles ne pouvaient plus se regarder dans le miroir à cause de leurs cicatrices, je leur disais simplement Je te comprends, plutôt que, comme les autres, Tu t’y habitueras. Cela fait toute la différence.»

Mais il n’y a pas de cours pour apprendre aux proches à communiquer, constatent les personnes concernées. La Ligue contre le cancer a ouvert un numéro gratuit ainsi qu’une adresse mail sur lesquels l’on peut partager ses inquiétudes et poser ses questions. De plus, la ligue a ouvert un espace de discussion sur internet entre patients, proches et experts. Tout y passe; les grandes interrogations sur la vie comme les petits maux du quotidien.

Les médecins jouent un rôle au travers de leur façon de communiquer

Branka Zei Pollermann, docteur en psychologie (photo DR)
Branka Zei Pollermann, docteur en psychologie (photo DR)

Branka Zii Pollermann, docteur en psychologie, travaille pour Vox Institute, un centre spécialisé dans les compétences orales et le comportement non verbal.

A quoi les médecins devraient-ils prêter attention au moment d’annoncer un diagnostic?

Dans mes formations, je mets l’accent sur les aspects vocaux de la parole: le volume, la hauteur de la voix, le débit... Par exemple, pour obtenir la collaboration, le médecin doit s’adapter un peu au style vocal du patient.

C’est-à-dire?

Plus la voix est modulée, plus grande est la qualité de la communication au niveau de l’implication émotionnelle dans le discours. Plus le débit est lent, plus la tranquillité est perçue. Et plus la voix est grave, plus grande est la qualité de la communication au niveau de la compétence et de l’affection.

Pourquoi la communication est-elle si importante?

Elle fait partie de la pratique médicale et peut avoir un impact décisif sur le diagnostic, l’adhérence thérapeutique, la satisfaction du patient et celle du médecin. Les objectifs du spécialiste sont à la fois relationnels (contact avec le patient, information, empathie) et biomédicaux (poser un diagnostic, traiter). Si le médecin ne maîtrise pas la communication, il donne l’impression de soigner les résultats du laboratoire.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Oreste Vinciguerra

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