12 septembre 2018

Mon enfant n'aime pas sa maîtresse

Votre enfant se plaint de son instit et ronchonne, chaque jour davantage, au moment d’aller en classe. Les conseils éclairés de Philippe Theytaz, coach en relations humaines et ancien directeur des écoles de Sierre, pour éviter que cette situation ne dégénère.

François Maret
Illustration: François Maret.
Temps de lecture 5 minutes

Il y a à peine un mois que votre gosse use ses fonds de culottes sur les bancs de sa nouvelle classe qu’il rechigne déjà à aller en cours. Quand vous lui demandez comment ça se passe à l’école, il se ferme comme une huître. Et à la question «Ta maîtresse est gentille?», il répond par un «Je l’aime pas!» cinglant. Conclusion: le courant passe mal entre lui et sa nouvelle instit.


Bien. Et maintenant que l’on a cerné le problème, comment doit-on réagir en tant que parents? Fermer les yeux en espérant que ça passera, dire à son enfant de faire le dos rond et de serrer les dents, courir chez l’enseignant pour lui sonner les cloches? Philippe Theytaz, coach en relations humaines et ancien directeur des écoles de Sierre, nous explique comment empoigner le problème pour sortir de ce qui n’est heureusement pas encore une impasse.

1. Ne pas paniquer

«Rester calme, car ça peut arriver et ce n’est pas catastrophique si on traite le cas dans une perspective positive de résolution de problème. D’abord, écouter l’enfant en évaluant ce qu’il ressent (de la tristesse? de la colère? de la peur?), puis reformuler ce que l’on pense de son ressenti. Du coup, il se sent entendu, en confiance et peut exprimer les faits qui suscitent les émotions qui l’habitent. Donc, en priorité, s’occuper de l’enfant en évitant de prendre le problème sur soi, car ce serait le priver d’une situation de la vie où il peut apprendre comment faire en pareil cas et ainsi développer sa confiance en lui et se responsabiliser.»

2. Changer de perspective

«Encourager l’enfant à expliquer ce qui se passe, à donner son point de vue, sans prendre parti pour l’élève ou pour l’enseignant. Valider sa version des faits. Lui demander s’il pense que son instit a le même point de vue et l’amener à réfléchir au rôle de ce dernier, au fait qu’il est obligé de remettre à l’ordre un élève distrait ou qui dérange ses camarades et les empêche d’apprendre. Et que, parfois, il doit sanctionner aussi. Ce qui fait qu’un élève peut penser que l’enseignant ne l’aime pas et qu’ainsi le courant ne passe pas. En résumé, recadrer, inscrire les faits dans leur contexte en aidant l’enfant à porter un autre regard – de préférence positif – sur la situation.»

3. Ne pas dénigrer l’instit

«Il est essentiel que l’enfant ait une bonne image de l’enseignant. D’ailleurs, il arrive souvent que les petits s’identifient à leur enseignante, fassent référence à elle à la maison, au point de rendre un peu jalouses les mères. Si l’enfant aime son instit, il aimera l’école. Dévaloriser les profs, c’est casser le goût et le plaisir de connaître, c’est rendre difficile le parcours de l’élève dans sa scolarité. Même chez les plus grands, le processus d’identification (aux parents, aux profs) est un facteur déterminant pour apprendre, grandir et se développer. Ce qui n'empêche pas de découvrir et comprendre, au gré du cursus scolaire, que les profs ne sont pas parfaits et ne font pas toujours juste.  L’important, au final, c’est que le lien de confiance ne soit pas rompu.»
 

4. Impliquer l’enfant

«En marge de ce dialogue, les parents peuvent motiver leur enfant à définir et adopter les comportements qui font qu’il sera apprécié par son enseignant et ses camarades. Ne pas oublier qu’un peu de frustration va l’aider à grandir, à évoluer et à faire face à d’autres difficultés qu’il aura à affronter dans sa vie. C’est une manière de le préparer à accepter qu’il ne peut pas faire ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut. Lui proposer aussi, en fonction de son âge, de donner son point de vue sur la situation – qu’il ne comprend pas et qu’il trouve injuste – directement à l’enseignant. Ainsi, il parle de lui et n’accuse pas son instit en lui disant ce qu’il devrait faire.»

Chercher ensemble différentes solutions et choisir celles qui offrent à l’enfant les meilleures conditions pour apprendre, et cela sans que personne ne perde la face

Philippe Theytaz

5. Rencontrer l’enseignant

«Rien ne bouge? Prenez contact avec l’instit. Sans la présence de l’élève pour ne pas risquer le piège de déterminer qui de l’enseignant ou de l’enfant a raison ou tort. Parler de ce qui a été entrepris à la maison, exprimer les constats observés sans porter d’accusations. Respecter le point de vue de chacun. Chercher ensemble différentes solutions et choisir celles qui offrent à l’enfant les meilleures conditions pour apprendre, et cela sans que personne ne perde la face. Ces solutions induisent donc un changement de comportement chez les deux parties. Ensuite, se donner un certain temps pour voir si la situation évolue… Si ce n’est pas le cas, il reste encore la possibilité d’une médiation dans le cadre de l’école.»
 

6. Éviter de déplacer l’élève

«De préférence, aider l’enfant à s’adapter à la situation de la classe qu’il fréquente, et cela avec la collaboration de l’école et de la famille. Ou encore en consultant un coach éducatif qui peut accompagner l’enfant et les parents dans toutes les démarches proposées. Un changement de classe ou un placement dans une école privée ne devrait donc se faire que s’il y a nécessité d’une pédagogie différenciée (rythme d’apprentissage individualisé, moyens d’enseignement spécialisés…) ou d’une démarche particulière pouvant être utile à l’enfant. Et seulement après avoir pris la précaution d’évaluer les conséquences d’une telle solution pour l’élève, l’enseignant et les parents.»

7. Soigner

«Si l’enfant présente des troubles anxieux, un traitement particulier est mis en place médicalement. Dans les faits, et selon le degré de gravité de la situation, il peut rester scolarisé dans la classe ordinaire avec des moyens adaptés à ses besoins (soutien individuel, coaching, fréquentation partielle de la classe…) ou être placé dans une structure spécialisée pour la durée de la prise en charge spécifique. Enfin, si la cause est due exclusivement (ce qui est peu courant) aux attitudes négatives et néfastes de l’enseignant, soit ce dernier a besoin d’être aidé, soit il doit être remplacé.»

Benutzer-Kommentare

Articles liés

disputes enfantines

Se mêler ou pas des disputes enfantines

Jean-Claude Richoz

«Pour apprendre à s’imposer, les enseignants peuvent s’inspirer des arbitres»

Ne laissez pas votre smartphone sans surveillance. Ou alors configurez le pour qu’il soit sans danger (photo: Getty Images).

Numérique: protégez vos enfants

école

«J’veux pas retourner en classe!»