22 avril 2013

Iles de Brissago: le paradis des plantes subtropicales du Tessin

Sur le lac Majeur, les îles de Brissago jouissent d’un microclimat exceptionnel permettant la culture de 1700 plantes subtropicales originaires d’Australie, du Mexique ou d’Afrique du Sud.

Brissago
Près du palais de Saint-Pancrace, l'une des deux îles de Brissago au Tessin, poussent citronniers, orangers et mandariniers.
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L'arrivée sur les îles de Brissago depuis Ronco est bien plus spectaculaire.
L'arrivée sur les îles de Brissago depuis Ronco est bien plus spectaculaire.

Qui souhaite se rendre sur Saint-Apollinaire et Saint-Pancrace, les deux îles de Brissago qui constituent le jardin botanique du canton du Tessin, embarque généralement à Ascona et s’offre une croisière d’une vingtaine de minutes.

Bien plus spectaculaire est toutefois l’arrivée par Ronco. Ce petit village accroché à flanc de coteau offre une vue plongeante sur ces deux confettis de verdure semblant flotter sur le lac Majeur.

Du parvis de l’église, on pourrait s’étonner de la petitesse des îlots, à peine 2,5 hectares pour le plus grand. Pourtant, les îles de Brissago abritent un monde en soi: 1700 espèces subtropicales provenant du Mexique, d’Afrique du Sud, d’Australie ou d’Asie et dont la culture est rendue possible grâce à des hivers doux – le lac jouant le rôle de tampon thermique contre le froid – et de généreuses précipitations en été.

Pour partir à la découverte du jardin, il suffit de dégringoler l’escalier se faufilant entre les villas et de sauter sur un bateau passant à Porto Ronco et se retrouver en quelques minutes aux portes du paradis.

«Cette année, le printemps a deux ou trois semaines de retard, avertit Daniela Scheggia, l’une des quatre jardinières du parc. Mais le jardin est organisé de sorte qu’il y ait toujours quelque part sur l’île des floraisons à observer.» Les camélias en fleurs mettent les flâneurs en joie à la sortie de l’hiver, et les magnolias sur le point d’exploser promettent un feu d’artifice de toute beauté. Quant aux daphnés, ils envoûtent par leur délicieux parfum.

Daniela Scheggia, jardinière du parc: «Il y a toujours quelque part sur l’île des floraisons à observer.»
Daniela Scheggia, jardinière du parc: «Il y a toujours quelque part sur l’île des floraisons à observer.»

Entourant un fastueux palais, le jardin botanique est divisé par région. Daniela Scheggia s’occupe principalement du secteur méditerranéen dont une partie est actuellement composée uniquement de jeunes plants. «Cet hiver, lorsque le parc était fermé au public, nous en avons profité pour revoir cette partie», explique la pépiniériste de formation. Sur cette plate-bande, de nouvelles plantes et surtout une terre complètement renouvelée doivent permettre de lutter contre la présence de l’armillaire couleur de miel, un champignon parasite que Guido Maspoli et son équipe tente d’éradiquer de l’île.

Pour cela, la préférence est donnée aux méthodes respectueuses de l’environnement. «Que ce soit pour les engrais ou les moyens de prévention, nous privilégions des solutions naturelles. A terme, notre but est de devenir une île bio», se réjouit a jardinière.

Plus loin, la rocaille et les plantes rampantes du pourtour méditerranéen laissent place à des arbres géants dont on ne devine qu’à peine la canopée. «Cet eucalyptus d’Australie qui a environ 140 ans a été planté par la baronne de Saint-Léger, précise la pépiniériste. C’est elle qui a jeté les bases du jardin.»

Propriétaire des îles depuis la fin du XIXe siècle, l’aristocrate voit en effet tout de suite le potentiel exceptionnel de l’endroit. Amoureuse des plantes, elle invite ici sans compter la haute société de l’époque pour lui présenter les splendeurs qu’elle fait ici pousser. Vivant toutefois au-dessus de ses moyens, la baronne s’endette et doit vendre.Un riche marchand hambourgeois, Max Emden, devient alors propriétaire des îles en 1927. Plus porté sur les plaisirs de la chair que le jardinage, il fait construire le palais actuel et s’adonne en compagnie de belles et jeunes femmes au naturisme. Au parc cependant, il ne touchera jamais.

A sa mort, les héritiers peu intéressés à garder ce bien trouvent un acheteur en un agglomérat composé du canton du Tessin, des communes d’Ascona, Brissago et Ronco ainsi que des futurs Patrimoine Suisse et Pro Natura qui décident d’en faire un jardin botanique ouvert à tous. Celui-ci est inauguré en 1950.

Aujourd’hui, environ 100 000 personnes se pressent chaque année de mars à octobre pour admirer les merveilles de la grande île. «L’autre îlot héberge une végétation spontanée et est réservé à la multiplication des plantes», complète Daniela Scheggia.

Sur Saint-Pancrace, il suffit de faire quelques pas pour changer de continent. Nous voici en Asie, où traversant une forêt de bambous, nous apprenons que l’espèce Phyllostachys sulphurea peut pousser jusqu’à 30 centimètres par jour. Plus loin, c’est la protée royale, la fleur nationale d’Afrique du Sud, qui nous accueille. Son inflorescence plus large qu’une main impressionnera les visiteurs à la fin du printemps. Nous traversons ensuite un paysage mexicain où les élégants agaves accrochés sur un rocher brûlant savent se faire attendre en ne donnant leur seule et unique fleur qu’après dix ans. Et à un jet de pierre, voici le sud des Etats-Unis et ses cyprès chauves de la région du Mississippi. Poussant à moitié dans l’eau, les arbres aux racines pneumatophores s’élevant dans les airs forment sur la grève un paysage fantomatique.

Les îles de Brissago, deux confettis flottants sur le lac Majeur.
Les îles de Brissago, deux confettis flottants sur le lac Majeur.
Riche marchand hambourgeois, Max Emden a racheté les îles en 1927. C'est lui qui a fait construire le palais.

Enfin, la visite ne serait pas complète sans un détour dans une étrange forêt de fougères arborescentes. «Nous avons dessiné des empreintes de dinosaures sur le sol pour expliquer aux enfants que ces plantes qui se reproduisent par des spores sont les plus vieilles espèces végétales existantes sur terre», précise Daniela Scheggia.

Malgré la taille modeste de l’île, le passionné de botanique tout comme le flâneur recherchant la quiétude pourra facilement rester toute une journée sur Saint-Pancrace. Dans tous les cas, les visiteurs ne manqueront pas de s’approcher du palais, où se cache une autre merveille: citronniers, orangers et mandariniers y poussent en pleine terre. Et Daniela Scheggia de préciser:

Ils restent dehors même en hiver. C’est vraiment très rare sous ces latitudes. Même à Ascona, il faut les placer sous serre durant la saison froide.

Mais sur les îles de Brissago, le microclimat permet de réaliser des miracles. Des miracles dignes d’un paradis.

Photographe: Claudio Bader

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