13 juin 2019

Un atelier pour apprivoiser ses émotions

Développer son intelligence émotionnelle, c’est possible et même recommandé dès la petite enfance. Des ateliers à Saint-Barthélemy (VD) proposent une approche ludique et sensible pour grandir en toute sérénité

L'escalier de la paix est un des outils utilisés pour développer l'intelligence émotionnelle.
Temps de lecture 4 minutes

Rhéane, 9 ans, s’installe sur le canapé et s’impatiente de commencer la séance. Sur la table, un jeu intitulé «Cap sur la confiance». Devant elle, un petit bateau posé sur la ligne de départ et, en face, un phare à atteindre… Son objectif, qu’elle consigne dans un carnet de bord: «arriver à mieux gérer mes réactions quand mes petites sœurs m’énervent. J’ai trop ­envie de les taper. Je hurle et elles finissent par pleurer. Après je m’en veux.»

Ce jeu d’aventure intérieure, imaginé par deux enseignants romands, a pour but de développer la confiance en soi et une meilleure connaissance de ses émotions. C’est un des nombreux outils utilisés par Christine Bourgeois, animatrice en ­émotions et confiance, qui propose ­différents ateliers pour développer ­l’intelligence émotionnelle des enfants dans un espace cosy à Saint-Barthélemy (VD). Elle reçoit une douzaine d’enfants par ­semaine, qui ont tous entre 5 et 16 ans: «En dessous de 5 ans, je préfère voir les ­parents et leur proposer des pistes. C’est plus constructif de donner une boîte à outils d’autonomie», explique la jeune femme, qui a suivi une formation auprès de la ­psychothérapeute Isabelle Filliozat.

Il n’y a pas d’enfant méchant. Un enfant qui tape, c’est un enfant qui n’a pas d’outils

Certains parents lui amènent leur enfant en disant: «Calmez-le!» La plupart de ses patients sont des élèves introvertis, stigmatisés à l’école, des petits qui utilisent plus ­volontiers les coups que les mots ou des ados hypersensibles qui peinent à s’exprimer. «Il n’y a pas d’enfant méchant. Un enfant qui tape, c’est un enfant qui n’a pas d’outils», résume Christine Bourgeois. Tout son travail consiste dès lors à amener l’enfant à identifier ses émotions et ses besoins, à observer ce qui se passe à l’intérieur de lui, mais aussi à reconnaître ce qui se passe chez l’autre. Pour y parvenir, des peluches expressives (lire encadré) pour les tout-petits, des ­cahiers et divers exercices permettent, par la voie ludique, d’apprendre le b.a.-ba des émotions.

«En tant que parent, on aide ses enfants à marcher, à manger. L’école leur enseigne la lecture et l’écriture. Mais on les laisse se débrouiller avec leur ressenti. Or, l'intelligence émotionnelle permet de mieux gérer le stress et d’être davantage à l’écoute des autres», affirme Christine Bourgeois, «la zone préfrontale du cerveau, qui régule ­l’empathie, se développe vers 5-7 ans et ne finit qu’à 25-28 ans. C’est pourquoi il vaut la peine de l’entraîner pour créer un chemin.»


Un arsenal d’astuces

Rhéane vient de tirer une carte lanterne, qui lui pose une question: «Si les extraterrestres débarquaient sur la planète, qui voudrais-tu qu’ils enlèvent?» La réponse fuse: «Mes sœurs! Mais qu’ils me les ramènent après…», lance la petite fille. Pour arriver à gérer des émotions fortes, Christine Bourgeois ­dispose de tout un arsenal d’astuces et de stratégies, qui vont au-delà du jeu de ­plateau: balles anti-stress, coussin colère, peluche avale-soucis et surtout beaucoup de patience et de pédagogie. Elle recourt aussi parfois à de simples exercices basés sur la thérapie EFT (Emotional Freedom ­Technique), qui consiste à tapoter les points d’acupuncture pour diminuer le stress et se défaire de fausses croyances.

Rhéane, 9 ans, se prête au jeu des émotions.

Changer ses habitudes

La séance se poursuit, alternant des moments de réflexion et de visualisation, et Rhéane fait avancer son petit bateau sur la trajectoire en fonction de son estimation personnelle. «Qu’est-ce que tu peux faire pour mieux gérer tes explosions de colère?» lui demande l’animatrice. «En rentrant de l’école, je pourrais courir dans mon bureau et faire deux ou trois trucs pour me calmer avant de voir mes sœurs», suggère la petite fille. Et d’énumérer une liste de stratégies déstressantes: boire un verre d’eau, serrer son doudou, écrire sur un papier et le déchirer, taper dans un coussin après avoir inspiré  profondément... «Le cerveau a besoin de vingt et un jours pour changer une habitude. C’est pourquoi il faut s’entraîner encore et encore», lui rappelle Christine Bourgeois.

Sur le plateau de jeu, le petit bateau de Rhéane a presque atteint son objectif. En tout cas sa maman, Mélanie Rottermann, en est convaincue: «Elle était trop sensible aux remarques et au regard des autres. Chaque fois qu’elle se faisait embêter à l’école, elle perdait ses moyens. Je voyais que c’était lourd pour elle. Depuis qu’elle suit cet ­atelier, elle a fait un travail sur elle-même et ça se passe beaucoup mieux.»

Après quatre séances d’une demi-heure avec, à chaque fois, quinze minutes de ­feed-back aux parents, l’enfant pourra ­compter les pierres précieuses reçues au fil du jeu et ouvrir le coffre au trésor. Une autre façon de dire qu’en apprenant l’alphabet de ses émotions, il aura peut-être vaincu ses blocages et retrouvé foi en ses capacités. «J’aime bien l’ambiance, c’est chaleureux ici. Et ça me donne des outils que je peux ­utiliser à la maison», sourit Rhéane. 

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